vendredi 19 avril 2024

L'épiscopat est-il en train de disparaître ?

Aujourd'hui, Mgr Williamson revient sur la question de Mgr Huonder. Il nous explique pourquoi il ne s'agit pas d'une question anodine qui peut être évacuée d'un revers de main au prétexte que Mgr Huonder était gentil, aimait sincèrement la FSSPX et voulait être enterré à Ecône. Pour juger la portée d'un problème et ne pas faire de sentimentalisme, il faut revenir sans cesse aux fondamentaux que sont les principes théologiques traditionnels. Mgr Williamson nous les présente.  A nous d'en tirer les justes conclusions.

Comme le précise Mgr Williamson, ce texte a été rédigé avant le décès de Mgr Vitus Huonder survenu le 3 avril dernier. Ses obsèques ont été célébrées ce mercredi 17 avril 2024 à Ecône par Mgr Felay, en présence de l'actuel évêque de Coire (photos ci-dessous).

KE 874 (13 avril 2024) 


On remarquera la présence de Mgr Bonnemain, actuel évêque de Coire, mais aussi de Mgr Eleganti, ancien évêque auxiliaire de ce diocèse. (Source : https://riposte-catholique.fr/archives/188731)

Quoi ? Plus d’épiscopat ? Monseigneur, vous pensez !
Vous verrez, quand demain vous serez dépassés !

L’automne dernier, un ancien confrère m’a envoyé la lettre qui suit (légèrement abrégée ci-dessous.) Il est toujours prêtre de la FSSPX (peut-être parce que de l’extérieur il pourrait être plus menaçant pour ses Supérieurs qu’il ne l’est de l’intérieur, où il continue à respecter leur ‘autorité’). Que Dieu ait pris avec Lui Mgr Huonder, qui est décédé après la rédaction des lignes ci-dessous !  On peut estimer qu’il était moins rusé que les malfaiteurs qui se sont servis de lui.

Par rapport à ce qu’elle a été pendant 21 ans sous Mgr Lefebvre (1970–1991), la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X est devenue très libérale, abandonnant de fait depuis 2012, et à tous les échelons, la voie tracée par son fondateur. C’est mettre le nom en accord avec la réalité que de l’appeler aujourd’hui ‘Néo-fraternité’, hélas. Je pense que tous les problèmes de cette ‘Néo-fraternité’ ont trouvé pour le moment un point d’orgue avec l’installation de Mgr Huonder.

1. Il a été ordonné prêtre et évêque selon les nouveaux rites d’ordination et de consécration. Or, ceci n’est plus considéré comme un problème dans la ‘Néo-fraternité’. Un appel pour qu’il se laisse réordonner et re-consacrer sous condition est malheureusement resté sans suite. La Néo-fraternité a abandonné le principe, ancien dans l’Église, du ‘tutiorisme’, qui consiste à aller toujours au plus sûr chaque fois qu’il y a le moindre doute sérieux quant à la validité des sacrements reçus, comme c’est le cas pour les consécrations d’évêques dans la nouvelle Église, et peut-être même pour l’ordination des prêtres.

2. Mgr Huonder critique le pape François, Vatican II et la nouvelle messe, mais sans enthousiasme. Et cela suffit pour qu’une grande partie des laïcs de notre Néo-fraternité l’appellent ‘l’homme ou l’évêque qu’il nous faut’. Mais en réalité, il n’a jamais expressément condamné ni Vatican II (1789 dans l’Église) ni la nouvelle messe (la messe de Luther). Mgr Huonder a déclaré à quelqu’un qu’il disait la nouvelle messe avec dignité et qu’il la considérait comme une forme tout à fait louable de la messe. Ceci manifeste sans ambiguïté comment il entend réconcilier l’ancienne messe avec la nouvelle église, tout à fait dans l’esprit du pape Benoît XVI, mais en opposition totale avec Mgr Lefebvre.

3. Dans ses conférences, Mgr Huonder admet ouvertement que sa tâche est de ramener la Néo-fraternité sous l’autorité de Rome. Il est donc un agent infiltré du pape François. Mgr Huonder s’est fixé exactement la même tâche que le pape François : attirer la Néo-fraternité dans le Moloch qu’est la nouvelle Église (François l’a fait en légitimant les confessions, les mariages et les ordinations dans la Néo-fraternité, utilisant la tactique du salami pendant trois années consécutives, de 2015 à 2017). Et tout comme les Supérieurs de la Néo-fraternité, lors de la légitimation officielle de leurs confessions, ordinations et mariages, se sont écriés : «Oh, Saint-Père, nous vous remercions ! », de même nos Supérieurs s’inspirent maintenant de Mgr Huonder, et se réjouissent qu’un évêque de la Nouvelle église ait trouvé son chemin vers la Néo-fraternité, qu’il vive dans l’une de nos maisons, et rejoigne ouvertement la Néo-fraternité comme un sous-marin. Nos Supérieurs sont devenus bien aveugles.

4. Mgr Huonder a écrit sa thèse de doctorat sur une question d’exégèse juive au Moyen-Âge. Mgr Huonder a introduit dans l’Église suisse le « Jour du Judaïsme ». Aucun membre de la Néo-fraternité ne semble s’être demandé si la relation de Mgr Huonder avec les Juifs correspondait à la vision traditionnelle de l’Église catholique.

5. Un collègue m’a écrit que si le nouveau rite de consécration des évêques s’avérait invalide, cela aurait des conséquences désastreuses. Depuis le début des années 1970, il n’y aurait plus de prêtres ou d’évêques valides. Cela impliquerait que toutes les congrégations de rite traditionnel officiellement reconnues dans la Nouvelle Église, comme Saint-Pierre ou le Christ-Roi, n’auraient pas non plus de prêtres valides et que l’Église du Christ n’existerait plus que dans la Néo-fraternité. Ni le pape Benoît XVI ni Mgr Viganò n’auraient été des évêques valides. Ces conclusions, qui relèvent d’une certaine logique, doivent être prises au sérieux.

Le Supérieur Général de la Néo-fraternité, l’abbé Pagliarani, a soulevé cette question lors de sa Conférence à Ecône le 8 septembre dernier. Or si la Néo-fraternité veut absolument l’amour et la reconnaissance de la Rome maçonnique et moderniste, alors mieux vaut ne pas évoquer le problème. C’est pourquoi il a explicitement pris position en faveur de la validité des Consécrations dans le nouveau rite. Une conclusion aussi grave peut-elle être vraie ? On nous répète constamment que Bergoglio a l’intention de réformer la nouvelle messe, et que dans la réforme de la réforme, il n’y aura plus de mots de consécration prononcés sur le pain ou le vin, ce qui signifierait la disparition complète de la messe. D’ailleurs, à mon avis, environ deux tiers des nouvelles messes sont déjà invalides, parce que les prêtres ne croient plus à la Présence Réelle du Christ. Mais si la disparition totale de la Messe est une éventualité, pourquoi pas aussi la disparition totale des évêques consacrés validement ?

Kyrie eleison

Mgr Bonnemain aux obsèques de Mgr Huonder à Ecône



Après la cérémonie, Mgr Fellay s'entretient avec l'évêque et l'évêque auxiliaire de Coire


samedi 13 avril 2024

Les humanités classiques

KE 871 (23 mars 2024)

Voulez-vous éduquer vos enfants à l’épreuve ?

Le latin et le grec ont déjà fait leur preuve.

La place des auteurs païens classiques dans l’éducation catholique fait l’objet d’une controverse. Mgr Gaume, célèbre catholique antilibéral du 19ème siècle, jugeait par exemple ces auteurs classiques trop impudiques pour être enseignés dans les écoles catholiques. Mais cette position semble excessive car, pour éduquer au plan naturel, les humanités païennes possèdent trop de qualités réelles pour être écartées sans appel. Ces humanités sont le produit d’hommes intelligents et réfléchis qui ont mûrement médité sur la vie des hommes et qui exposent, moyennant un don de Dieu, beaucoup de vérités sur la vie et la nature humaines. Certes, l’impureté se dissémine un peu partout dans les œuvres, mais elle n’en est pas l’essentiel et relève plutôt du détail. À cet égard, L’Énéide de Virgile constitue un exemple remarquable : sa valeur morale est si élevée que l’œuvre était largement consultée à l’apogée du Moyen-Âge pour l’idéal de vie qu’elle proposait.

En résumé, la société chrétienne est surnaturellement supérieure à la société des classiques de l’Antiquité, mais cette dernière est, du point de vue naturel, bien supérieure à la société moderne dégénérée. En ce qui concerne l’éducation, rien n’est plus facile que d’argumenter en faveur de la supériorité totale du latin et du grec sur les langues ou les sciences modernes. Une bonne éducation doit apporter à la fois la discipline pour le cœur et l’esprit, la culture pour l’âme et l’histoire pour la conduite de la vie. Le latin et le grec fournissent à eux seuls ces trois éléments, le latin offrant les fondements pratiques et le grec la théorie.

DISCIPLINE : le latin est une langue extrêmement logique, qui demande beaucoup de réflexion pour démêler le sujet, le verbe, l’objet, etc. Certes, l’apprentissage des mathématiques, de la physique, de la chimie, de l’informatique, de la technologie, etc., est également une discipline, mais tout y est matériel, déterminé, inhumain, faisant précisément et orgueilleusement abstraction de tout ce qui est spirituel, libre ou humain. Et ce que les jeunes ne peuvent plus apprendre à l’école, ni auprès de leurs grands-parents voire de leurs parents, ils doivent le trouver dans le caniveau, fourni par Hollywood ou par l’Internet sur leur smartphone, etc. Heureux celui qui a ne serait-ce qu’un entraîneur sportif . . . humain ! Dans le désert spirituel de l’éducation ‘scientifique’, quelle influence positive peut avoir ce simple entraîneur humain !

CULTURE : Quand il s’agit d’éduquer et de former chez les jeunes les cœurs et les âmes (qu’ils ont, et avec des besoins impérieux), alors les ‘sciences’ énumérées ci-dessus sont ni plus ni moins vouées à l’échec, tandis que les langues modernes sont un second choix. Car depuis la ‘Réforme’, toute la modernité avec sa culture est plus ou moins entachée d’apostasie et de guerre contre Dieu. Bien sûr, les cultures latine et grecque ne sont pas exemptes du péché originel, mais elles sont parfaitement exemptes de la ‘Réforme’ et de toutes ses conséquences, et présentent donc une vision plus simple et plus pure des fondements de la nature et de la vie humaines. Une aide précieuse pour la jeunesse.

L’HISTOIRE : Le latin et le grec sont tout ancrés dans l’histoire de la civilisation occidentale, alors qu’il est aujourd’hui trop tard pour que la culture d’une autre langue le soit. Le latin et le grec furent deux des trois langues attachées sur la Croix de Notre Seigneur. Le grec fut la langue du Nouveau Testament. Rome devint bientôt le centre de l’Église. « L’histoire est maîtresse de vie », dit un vieil adage, et apprendre le latin et le grec revient nécessairement à apprendre un peu d’histoire grecque ou romaine. Dans 1984, George Orwell écrivait : « Qui maîtrise le passé maîtrise l’avenir ; qui maîtrise le présent maîtrise le passé ». Ainsi, ceux qui maîtrisent nos écoles aujourd’hui maîtrisent notre avenir. Ces personnes actuellement à l’œuvre remisent le latin et le grec, et font commencer l’histoire à la Seconde Guerre mondiale, histoire qui est beaucoup plus facile à manipuler que l’histoire ancienne. Que devons-nous conclure sur l’éducation moderne ? Elle n’est pas bonne. Elle forme des suiveurs de l’Antéchrist.

Kyrie eleison

vendredi 5 avril 2024

Vigile Pascale en Inde

Message transmis par l'abbé Pio (CMSPX en Inde)

Cher père et chers fidèles,

Je vous souhaite des fêtes de Pâques joyeuses et bénies.

Cette année, la Divine Providence nous a gratifié d'un cadeau spécial, encourageant : alors que nous étions sur le point de perdre espoir, nous avons eu 200 communions le Jeudi Saint et 225 à la Vigile de Pâques dans la paroisse du village. C'est la seule paroisse de village en Inde à avoir une messe en latin. Tous les assistants n'ont pas été inspirés par la dévotion de Pâques mais quelques uns d'entre eux ont eu des problèmes avec l'évêque local.

Néanmoins, la retraite s'est déroulée sans encombre et nous avons eu une foule importante pour le Chemin de Croix. 

Je remercie les fidèles australiens qui ont prié pour ce village, en particulier le groupe du Rosaire de Melbourne et les membres du Tiers Ordre franciscain.

J'espère que des vocations en sortiront et qu'ils continueront à soutenir la messe en latin.

Nous avons vu trop de déceptions et nous ne sommes donc pas exaltés dans le sens du monde mais dans le sens spirituel : tant de personnes se sont confessées et ont reçu Notre Seigneur.

Que le Dieu de l'Espérance élève nos esprits à la puissance de la Résurrection.

Dans l'Immaculée, 

Abbé Pio