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mardi 19 juillet 2022

Mgr de Galarreta : manipuler sans se faire remarquer

Nous revenons aujourd'hui sur un personnage clé de la nouvelle FSSPX. Il ne s'agit pas de Mgr Fellay qui, lui, n'a jamais caché son jeu du ralliement complet de l'œuvre de Mgr Lefebvre. Nous voulons parler de Mgr Alfonso Ruíz de Galarreta Genua, né à Torrelavega (Cantabrie, Espagne) le 14 janvier 1957. Le Figaro du 11 juillet 2018 ne se trompe pas quand il affirme que l'élection de Mgr de Galarreta comme assistant de l'abbé Pagliarani ralentira l'accord avec Rome, il ne parle pas d'annuler. Entretenant avec l'abbé Pagliarani un double langage pour neutraliser toute résistance, il est sans doute le pire des pires parmi ceux qui ont trahi en toute connaissance de cause l'œuvre de Mgr Lefebvre.

L'évêque très fier devant son église madrilène au style plutôt cabalistique

(Eric Van den Bavière)

Source : Le Chevalier du Christ-Roi n°5 (15 mai 2019)

Mgr de Galarreta plaît parce qu'il affirme ne rien vouloir céder devant le modernisme. Pourtant il a tout fait pour faciliter le rapprochement avec la Rome moderniste. C'est pourquoi il est dangereux, plus que Mgr Fellay. Or c'est cet homme dangereux qui vient d'être promu 1er assistant de la Fraternité Saint Pie X.

Mgr de Galarreta est perçu comme un homme fort et clairvoyant qui ne lâchera pas devant la Rome moderniste

Personne ne peut nier que Mgr de Galarreta soit profondément clairvoyant sur les conséquences d'un accord avec une Rome non- convertie du modernisme.

Mgr de Galarreta a mis en garde, sur une longue période et de manière très détaillée, contre les dangers d'un accord avec la Rome non-convertie du modernisme. Il ne peut avoir oublié ses arguments:

-l'atteinte à la confession de la Foi: « Comment alors ne pas aller contre la confession et la défense publiques de la foi, contre la nécessairement publique protection des fidèles et de l'Église ? »[1]

- la perte des générations futures et de sa propre âme : la lucidité sur ce point est poignante et tous ne pourront qu'être saisis par le rapprochement entre ce passage et l'actuelle conduite de Mgr de Galarreta : « Vous me direz : c'est très dur. Oui, c'est très dur mais ce sera plus dur de perdre les générations qui viendront après nous et perdre notre âme. »[2]

- la soumission à des mauvaises autorités:« Obéir à qui, à quoi ? Comment nous soumettre et obéir à des autorités qui continueront à penser, à prêcher, et à gouverner en modernistes ? »[3]

- l'incorporation à un mauvais cadre: « Il faut regarder le cadre dans lequel ils entendent nous incorporer. Un accord est, qu'on le veuille ou non, nous intégrer dans leur système. »[4]

- la coopération au mal des conciliaires : « Je dis que nous ne pouvons pas coopérer avec ceux qui vont contre la foi catholique, c'est ce que dit l'apôtre saint Paul. » [5]

-l'exemple de la dévastation de Campos: « C'est dans ce contexte précis qu'on nous propose un accord purement pratique. Chose qui a été faite avec Campos, et nous en voyons sur trois ans les effets dévastateurs. »[6]

- une « Mise en garde autorisée - L'avertissement du R. P. Ferrer, secrétaire du Card. Cañizares : « Ne faites pas d'accord avec Rome, elle ne pourra pas tenir ce qu'elle vous promettra».  Nous avons reçu d'autres avertissements similaires à Rome. »[7]

- la duplicité des autorités de la Fraternité Saint Pie X : « Tout accord purement pratique supposerait une contradiction de notre part, une dissociation entre la foi qu'on a dans le cœur et la foi qu'on a aux lèvres. »[8]

- le non-respect de sa parole et de ses engagements : « Aller dans le sens d'un accord pratique serait renier notre parole et nos engagements devant nos prêtres, nos fidèles, Rome et devant tout le monde. »[9]

- l'encouragement à la mondanité : « Cela nous protège par exemple du désir immodéré du succès, des réussites, ce qui a été une occasion de chute pour beaucoup. (. ..) C'est là aussi la clef pour résoudre les problèmes de toutes les familles catholiques. »[10]

- le rapprochement du monde : « Il y a une préservation, un éloignement, une séparation donc un renoncement qui est inévitable si on ne veut pas être contaminé par l'esprit du monde. [11]

Pas mal pour un seul évêque ...

Il paraît fort parce qu'il a souvent répété qu'il refusait tout accord pratique sans accord doctrinal

Cette formule est une constante de ses prédications et écrits majeurs, comme les sermons d'ordinations de 2004, 2008, 2011 et le document de travail d'Albano d'octobre 2011.

Il paraît fort parce qu'il a su s'opposer publiquement à Mgr Fellay

Mgr de Galarreta a gagné ses galons de conservateur opposé à Mgr Fellay à l'occasion de sa présentation du document d'Albano de 2011 et sa signature au bas de la lettre des trois évêques de 2012, co-signée avec NNSS. Tissier de Mallerais et Williamson.

Il plaît parce qu'il veut éviter l'éclatement de la Fraternité Saint Pie X et de la Tradition, favorisant la paix et l'union des familles

Les citations de Mgr de Galarreta sont nombreuses, montrant l'importance capitale qu'il attache au sujet : « Le simple fait de s'engager dans cette voie engendrera chez nous le doute, des disputes, méfiances, partis, et surtout la division. », « provoquera la division et, par réaction, une guéguerre, l'anarchie. », il faut « éviter la division ». La mise en garde est constante chez Mgr de Galarreta, dans les années 2000 et 2010, et le distingue parmi ses confrères. Pour mémoire, Mgr Fellay n'avait pas peur de voir partir un nombre même élevé de récalcitrants.

Pour des familles traditionnelles déjà durement éprouvées depuis les années soixante par des divisions nombreuses, cette préoccupation était la bienvenue. Le risque de nouvelles séparations était redouté par beaucoup, dans un monde qui marginalise les traditionalistes.

Mgr de Galarreta a pourtant tout fait pour faciliter l'accord

Il a fait taire les oppositions et les opposants

Aux prêtres qui s'appuient sur les consignes données par Mgr Lefebvre après les sacres pour refuser l'accord avec Rome qui se profilait déjà (vers 2008-2010), il répondait en substance : Mgr Lefebvre est mort, ce n'est plus lui qui dirige la Fraternité, maintenant c'est nous. Or la situation a changé, et c'est à nous de prendre les nouvelles orientations.

Les témoignages sont nombreux.  Mgr de Galarreta a pratiqué cette démarche pour casser les oppositions auprès des communautés religieuses dont il était l'évêque référent : Dominicains, Capucins, Bénédictins ... Il a bien évidemment fait la même chose auprès des prêtres, religieux, religieuses et oblates de sa propre congrégation : l'abbé Mérel, à Unieux, pourrait témoigner, pour ne citer qu'un seul exemple. Il a également fait la même chose auprès des fidèles, comme par exemple à Bailly, près de Versailles, en 2016.[12]

Il n'a pas pris la défense de Mgr Williamson lors de l'exclusion de celui-ci de la Fraternité Saint Pie X.

Il justifie par avance toutes les dérives ...

... car, selon lui, la Fraternité Saint Pie X a raison même quand elle se trompe! Voici une citation de Mgr de Galarreta, le 13 octobre 2012 à Villepreux, que Dieu a dû apprécier à sa juste valeur : « Il est presque impossible que la majorité des Supérieurs de la Fraternité se trompe dans une matière prudentielle. Et si cela, par un hasard impossible, cela arrive, et bien, tant pis, de toute façon on va faire ce que la majorité pense. » La dernière phrase a généralement été effacée des retranscriptions, mais j'ai écouté l'enregistrement original, le passage y est. Le plus étonnant est que la foule ne l'interpelle pas avec colère, car il s'agit de la trahison pure et simple de sa charge pastorale par l'acceptation à l'avance d'une décision erronée prise à la majorité du Chapitre Général.

C'est lui qui a trouvé l'astuce des « conditions préalables» (autorisation universelle de la messe traditionnelle, «levée» des excommunications, discussions doctrinales), ce qui a per- mis d'enclencher le processus d'accord

À Écône, en 2008, à l'occasion du sermon des ordinations, il avoue : « Ce que nous demandons depuis longtemps, ce sont les étapes avec les préalables ». Pourtant ces conditions prouvent que Rome veut un accord, mais non pas qu'elle soit sortie du modernisme, ce qui est la seule condition pour un rapprochement légitime.

C'est lui qui a trouvé la distinction entre les points négociables et les points non négociables du Chapitre Général de 2012, ce qui a rassuré les inquiets.

Il défend cette distinction avec une grande chaleur le 13 octobre 2012, à Villepreux. Pourtant, il admet, le même jour, qu'au moins un point négociable ne l'était pas (l'autorité des évêques modernes). Mais il n'a rien changé par la suite, s'est justifié, et a continué de plus belle à favoriser l'accord.

Sa phrase «pas d'accord pratique sans accord doctrinal» est un écran de fumée

Il a approuvé tous les accords pratiques sans accord doctrinal avec pour conséquence d'accepter la doctrine moderniste.

Ces accords pratiques ont entraîné la reconnaissance du code de « droit » canonique moderne pour  les mariages en 2017.

Il a justifié l'accord sur les ordinations en 2016 et trouve normal que, en contrepartie, la Fraternité communique à Rome le nom des prêtres ordonnés. Imagine-t-on  Cadoudal communiquant à Napoléon le nom des chefs de la chouannerie en échange d'une reconnaissance ?

Il n'a pas élevé la voix contre la reconnaissance des absolutions données par les prêtres de la Fraternité Saint Pie X, et ce, par deux fois, en 2014 et 2015, à l'occasion de l'année de la «miséricorde».

Il n'a pas non plus protesté contre les autres reconnaissances, plus discrètes, sur des points d'administration et de procédure judiciaire, qui engendrent une présence de plus en plus forte du nouveau code de « droit » de 1983 au sein de la Fraternité.

Il a tout avalisé et défendu. Voici les faits, le reste est illusion et conjecture.

Comment comprendre cette apparente contradiction

Ce qui gêne Mgr de Galarreta n'est pas de changer, mais de changer au mauvais moment.

La meilleure lumière pour comprendre cette contradiction réside dans cette phrase, écrite par lui en 2011 : « Ce n'est pas le moment de changer la décision du Chapitre de 2006 (pas d'accord pratique sans solution de la question doctrinale) et il n'est pas correct ni prudent de se lancer à préparer les esprits dans le sens contraire, avant qu'il n'y ait chez nous la conviction, le consensus et la décision de changer. »

Cette phrase montre la fourberie du personnage : on rassure pour changer les mentalités plus à son aise et, ainsi, favoriser l'accord.

Par ailleurs, le lecteur averti appréciera à sa juste valeur de subversion et de désobéissance à Mgr Lefebvre l'incise suivante : « préparer les esprits dans le sens contraire ».

 Mgr de Galarreta n'a jamais été, par principe et malgré toutes ses belles paroles, opposé à un accord purement pratique et ce, bien avant 2012.

Nous sommes malheureusement bien obligé de le constater et de lui arracher son masque publiquement comme nous devons le faire pour les libéraux qui ont une influence dans l’Éֹglise.

En 2004, à Écône, il prédit que l'accord viendra « en son temps» et qu'il ne sera « pas purement pratique ». Que l'accord soit venu en son temps, nous le concédons. Mais que veut dire son fameux «pas d'accord purement pratique », alors qu'il a fait tout le contraire?  Il s'agissait d'une phrase rassurante, diplomatique, conciliante.

En 2008, nous avons vu qu'il dit avoir endossé « depuis longtemps » l'initiative des « conditions préalables », dont l'octroi par Rome s'est soldé par une triple injure. Première injure, envers la messe de toujours : « rite extraordinaire », placé après le nouveau, dit« ordinaire ». Deuxième injure, l'exaltation du nouveau rite « canonisé » et placé au-dessus de celui de toujours. Troisième injure, l'impiété envers NNSS Lefebvre et de Castro Mayer jamais réhabilités par Rome et dont l'excommunication ne fut pas retirée, et envers les prêtres de la Fraternité Saint Pie X toujours considérés par Rome comme suspens a divinis.

En outre, ce n'est pas la levée des excommunications qu'il fallait demander puisqu'elles ne valaient rien, mais que Rome déclare leur nullité et leur injustice.

En 2011, dans le document d'Albano où il se pose en soi-disant opposant, Mgr de Galarreta écrit qu'un accord est par principe envisageable. Il est envisageable moyennant une majorité du Chapitre Général. Il est envisageable malgré  tout ce que Mgr de Galarreta entrevoit de destruction de la foi traditionnelle. Il donne le change, et cela montre sa malice, en ce que 99 % du document est contre l'accord, et 1 %  pour. Mais le principe de l'accord est à dessein contenu dans le 1 % .

Nous avons rapporté également que le jeu des conditions « préalables », « négociables» et « non-négociables », est sorti de sa boîte à outils.

De 2012 à 2018, il contresigne tous les actes de forfaiture de Mgr Fellay, comme vu plus haut.

Esprit faux, il a l'art de vider les mots de leur sens, alors qu'il n'est pas nominaliste comme Mgr Fellay.

Pour subvertir, il faut changer le sens des mots, et Mgr de Galarreta ne s'en prive pas.

Ainsi, dans le sermon d'ordinationà Écône en 2017, que veut dire « sainteté du prêtre » ? Le prêtre peut-il être « saint» en laissant approcher les loups du troupeau?

Que veut dire « Mgr Lefebvre est un modèle» (2004) ? Un modèle de prudence surnaturelle ou un modèle d'accord « en son temps » avec les ennemis de l'Église?

Et « la reconnaissance des ordinations est unilatérale » (2016), alors que cette reconnaissance se fait moyennant la communication des noms des futurs prêtres?

Que veut dire « zèle amer » pour qualifier la conduite des opposants à un accord (2011) ?

La liste est longue.

Conclusion

Mgr de Galarreta est un homme faible qui, en paroles, s'oppose au loup, mais qui, en acte, tremble devant son ombre. N'osant pas s'en prendre au loup, il ne lui reste, pour maintenir son autorité, qu'à s'en prendre aux brebis qui condamnent sa lâcheté. C'est donc le complice idéal.

Il a été le complice et faux-opposant de Mgr Fellay, ce qui a permis à cet évêque ambitieux de rester au sommet de sa congrégation en 2018 malgré les résultats catastrophiques de son discret travail de subversion : arrimage et soumission à une Rome plus destructrice que jamais de la foi et des mœurs.

Cette explication donne une grande clarté à l'ensemble de l'œuvre de l'évêque depuis 20 ans. Si Mgr Fellay était le promoteur officiel de l'accord, Mgr de Galarreta en était, lui, le promoteur officieux. La gauche triomphante contre la droite discrète. Le Monde-Fellay contre Le Figaro-Galarreta. Pourquoi Le Figaro ? Parce qu'il n'a pas d'esprit de combat. Parce que ses oppositions sont feutrées et ses idées sans nerf. Parce que les aveux publics de ses discrètes trahisons se font toujours au compte- gouttes, en milieu bourgeois et convenu: Albano, Paris 5ième , Versailles, Villepreux ... pour ne surtout pas se faire lyncher par une assemblée de fidèles de base trop attachés à la foi et à Mgr Lefebvre ...

Que les résistants de l'intérieur cessent de s'appuyer sur Mgr de Galarreta tant qu'il ne sera pas revenu de son « accordisme ». Qu'ils prient plutôt pour qu'il devienne un bon évêque et un modèle de vraie sainteté sacerdotale, c'est-à-dire un pasteur qui protège le troupeau contre le loup au lieu de le lui livrer.

Monseigneur, nous ne cherchons qu'à vous aider sur le chemin d'une conversion qui ferait le plus grand bien à l'Église, à la Fraternité Saint Pie X et aux âmes.


[1] Document de travail, Albano, oct. 2011

[2] Sermon, Écône, 29 juin 2004

[3] « Obéir à qui, à quoi? Comment nous soumettre et obéir à des autorités qui continueront à penser, à prêcher, et à gouverner en modernistes? Nous avons des fins et des buts contraires (...) : acceptation du Concile Vatican II et ses principes libéraux. Pour l'essentiel rien n'est changé, il n'y a pas de « retour». Mgr Lefebvre [disait] : « Ce ne sont pas les sujets qui font les supérieurs, mais les supérieurs qui font les sujets» (Fideliter n°70, p. 6). Albano, octobre 2011

[4] « Il faut regarder le cadre dans lequel ils entendent nous incorporer. Un accord est, qu'on le veuille ou non, nous intégrer dans leur système. ( ... ) En particulier il y aura sous-entendus trois principes que nous accepterions implicitement: 1. Relativisme de la vérité, même dogmatique (...) 2. On peut interpréter tout Vatican II en accord avec la Tradition. (...) C'est « l'herméneutique de la continuité». (...) 3. La vérité de foi évolue, les dogmes aussi (...) la Tradition est vivante (...) ». Albano, octobre 2011

[5] « Je dis que nous ne pouvons pas coopérer avec ceux qui vont contre la foi catholique, c'est ce que dit l'apôtre saint Paul ( ... ) il ne s'agit pas seulement de refuser une confusion du point de vue doctrinal, du point de vue théologique de la foi, du point de vue du culte, mais même du point de vue pratique de l'action, nous ne pouvons pas travailler ensemble parce que nous allons dans un sens contraire, absolument contraire, et il s'agit de la foi. » Sermon, Écône, 29 juin 2004

[6] Sermon, Écône, 29 juin 2004

[7] Albano, octobre 2011

[8] « Tout accord purement pratique supposerait une contradiction de notre part, une dissociation entre la foi qu'on a dans le cœur et la foi qu'on a aux lèvres.  Autrement dit, entre la foi catholique et la confession de la foi catholique. Cela nous met dans une duplicité, cela relève de l'astuce, et non pas de la prudence. Car il faudrait - au moins publiquement - faire croire que nous admettons ce qui se passe actuellement dans l'Église à Rome. » Sermon, Écône, 29 juin 2004

[9] Albano, octobre 2011

[10] Sermon, Écône, 29 juin 2004

[11] « Il y a une préservation, un éloignement, une séparation donc un renoncement qui est inévitable si on ne veut pas être contaminé par l'esprit du monde. C'est comme s'il y avait la peste qui se généralise. Une fois qu'on a attrapé la peste, c'est très difficile de s'en sortir. Le meilleur remède c'est de ne pas l'attraper, de l'éviter. Et pour l'éviter, il faut prendre des mesures ». Écône, 29 juin 2004

[12] Cette conférence de Bailly de 2016 est intéressante en ce que Mgr de Galarreta présente la trame de sa justification: dans la vie il faut prendre des risques sans tenter Dieu. Or l'ennemi abandonne des tranchées, donc nous nous en saisissons. Mgr de G. croit-il à ce qu'il dit? En octobre 2011, il disait exactement le contraire dans la conclusion de son document de travail: « Nous ne devons pas devancer la Providence, c'est Elle qui résoudra la crise. ( ... ) Il nous faut plus de raisons pour changer que pour rester dans la ligne sûre et éprouvée que nous avons. Or, c'est le contraire qui arrive. » Nous avons montré que c'est en 2011 qu'il ne croyait pas à ce qu'il disait - ce qui ne l'empêchait pas d'être lucide sur les conséquences. Sermon à Saint- Nicolas du Chardonnet.

mercredi 18 août 2021

Guérison de l’abbé Chazal - remerciements et encouragements

M. l'abbé Chazal semble sorti d'affaire après sa lourde maladie qui semble être une conséquence des campagnes vaccinales massives. Sa rapide  guérison lui permet de remercier tous ceux qui ont prié pour lui,  y compris ceux qu'il a pas mal tancés depuis des années.  En retour, il  leur rappelle charitablement de ne rien concéder aux sirènes modernistes. Toujours optimiste malgré les apparentes défaites, l'abbé nous signale des avancées encourageantes pour la Tradition. 

Mise à jour du 30 août : l'abbé Chazal nous informe que Mgr De Galarreta a été "vacciné"; nous avons appris qu'il n'en est rien !  Il a reçu une FAUSSE vaccination pour obtenir le PASS !  Peut-on mentir ?



Abbé Chazal : sermon du 15 août 2021

(Traduction rapide)

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Mes chers amis,

En ce beau jour de l’Assomption de Notre-Dame, lorsque l’Arche d’Alliance a pris place en son propre et éternel endroit, en ce beau jour, je vous remercie vraiment pour vos prières pour moi, vous tous, partout. J’ai reçu l’assurance de tant de personnes priant pour moi ! Je vais mieux même si je me sens comme une personne de 70 ou 80 ans, très fatigué; j’aurai probablement encore besoin de plusieurs semaines de repos avant que je reprenne une vie normale. Je souhaite remercier aussi tous ceux qui ne nous aiment pas beaucoup mais qui prient quand même pour moi, comme des personnes de la FSSPX qui ont prié pour moi. Je n’ai pas été très tendre envers la FSSPX au cours des années écoulées, parce que j’aime toujours la FSSPX. Je reconnais qu’ils ont prié pour moi et je leur en suis reconnaissant. Je demande instamment à nos fidèles de prier pour l’abbé Bourmaud de la FSSPX qui ne se porte pas trop bien pour les mêmes raisons mais il ne va pas si bien.

J’espère que la FSSPX va s’améliorer et, certainement avec l’aide de François, elle va réaliser que c’est impossible de collaborer avec l’Eglise conciliaire. François nous aide, il nous unit en déclarant que nous sommes contre l’unité de l’Eglise en raison de trois points qu’il affirme dans son horrible Motu Proprio. Il dit que nous sommes dans l’erreur parce que nous affirmons qu’il existe une Eglise conciliaire qui est l’opposée de l’Eglise catholique; deuxièmement, il dit que nous prétendons que la messe traditionnelle est la seule vraie messe, alors qu’il affirme que la seule règle de la prière est la messe de Paul VI; troisièmement, il dit que nous prétendons erronément que Vatican II est faux et dangereux pour l’Eglise. Ce sont donc les trois points que François présente.

mardi 4 juillet 2017

Voici le programme de Mgr Fellay

Dans les lignes suivantes, M l'abbé Pivert analyse les derniers événements survenus dans les rapports mouvementés entre Rome et la FSSPX, apparemment mouvementés car la réalité est sans doute tout autre.

  1. Il est certain que Mgr Fellay refusera ces conditions. Il pouvait chercher un accord avec les modernistes tout en prétendant ne pas trahir la doctrine, mais il ne peut reconnaître le modernisme ouvertement et en tant que tel.
  2. Il va ainsi restaurer ou se donner une image de « tradi » et va pouvoir blâmer tout ceux qui se sont méfiés de lui et lui ont prêté l’intention de trahir. C’étaient bien eux les subversifs qui, en s’en prenant à une honnête autorité toujours fidèle, ont risqué l’éclatement de la Fraternité Saint Pie X.
  3. Il coupe l’herbe sous les pieds de ceux qui espéraient profiter du prochain chapitre général pour se débarrasser de lui en l’accusant de trahison. Certes, certains pourraient voir la manœuvre et voter malgré tout contre sa réélection, mais ils perdent les accusations les plus voyantes. Au contraire, les défenseurs de Mgr Fellay auront beau jeu de louer son habileté d’avoir maintenu le cap dans des discussions difficiles et délicates.
  4. Les bons prêtres qui ne veulent pas se rallier et qui ont comme seul critère de refuser l’accord signé en bonne et due forme perdent leur unique argument.
  5. Or, le problème est loin d’être résolu et le ralliement loin d’être écarté. C’est toujours le nouveau code moderniste qui régit la vie de la Fraternité Saint Pie X et de ses fidèles. Celle-ci ne forme toujours pas une élite capable de tout sacrifice jusqu’au martyre pour affronter les combats à venir. Et je ne parle pas de l’islam, je parle de la pression du modernisme, de celle du libéralisme, du monde moderne.
  6. Pendant ce temps, Mgr Fellay continuera à soupirer après la reconnaissance de Rome. Une porte lui est fermée, il cherchera une fenêtre par où passer. Il a suffisamment montré vers quoi tendaient son cœur et son esprit. Il a suffisamment montré sa duplicité notamment dans sa lettre de 2012 dont il reconnaissait lui-même qu’elle était plus qu’ambiguë et qu’on pouvait lui donner des significations contradictoires. Il a suffisamment déclaré que Rome demandait de mettre une sourdine aux critiques et qu’elle avait raison. Cette sourdine lui permettra de préserver l’avenir des négociations en attendant des temps meilleurs.
  7. Mgr de Galarreta continuera à faire des sermons convenus, comme celui du 29 juin dernier. Il connaissait pourtant déjà les exigences de Rome et il recommanda aux futurs prêtres « la sainteté de sacerdoce » qu’il présenta comme unique remède à tous les problèmes. Comme si on pouvait être un saint prêtre sans protéger le troupeau contre le loup, même et surtout lorsque le loup fait mine de s’éloigner. Comme si un saint prêtre ne devrait pas rendre compte au souverain juge du nombre de brebis qui lui furent confiées. On est loin des sermons de Mgr Lefebvre lors des ordinations : « À qui aurai-je affaire à Rome ? À des francs-maçons ? »
  8. Mgr Tissier de Mallerais continuera à prêcher la soumission aux supérieurs qui ont grâce d’état. Lui qui, en 1988, dans une lettre qu’il m’écrivait, me déclarait qu’on ne pouvait pas justifier les sacres, mais seulement suivre Mgr Lefebvre qui était le seul à savoir ce qu’il faisait ! Ce qu’il déclara de nouveau dans Fideliter. Lui qui déclarait à M. l’abbé Chazal que ce n’était pas au simple soldat de faire des remontrances à ses chefs. Oh, que l’apparente fermeté de Mgr Fellay semblera lui donner raison de lui avoir fait confiance !
  9. Et tout ce concert engraissera le libéralisme lequel est à deux niveaux. Celui de ceux qui aiment le monde, mais refusent ses excès, celui de ceux qui n’aiment pas le monde, mais jugent plus prudent de ne pas se le mettre à dos. La Fraternité Saint Pie X sera obèse de libéralisme.
  10. La Fidélité Catholique sera protégée de la troisième voie, de ceux qui souhaitaient une voie intermédiaire entre le ralliement à Rome et ce qu’ils appellent la désobéissance subversive des résistants.
       
    Vigilate et orate, dit Notre Seigneur à ses apôtres au moment où arrive la grande tribulation de la Passion : Veillez et priez.

    vendredi 8 juillet 2016

    Unilatéral ?



    Les supérieurs de la FSSPX nous répètent à l'envie qu'il ne s'agit pas vraiment d'un accord avec Rome, mais plutôt d'une reconnaissance de la part de Rome, reconnaissance unilatérale qu'on ne peut donc refuser car ne dépendant pas de nous.
    Nous achevions il y a quelque jours notre article Du pape à la Providence... en affirmant que l'acceptation d'un acte unilatéral lui fait perdre beaucoup de son unilatéralité. Et que dire quand l'acte unilatéral est demandé, accepté avec les remerciements des bénéficiaires ?

    Un nouveau fait montre clairement que cette prétendue "unilatéralité" n'est qu'un leurre pour rassurer ceux qui veulent l'être. Il s'agit du sermon de Mgr de Galarreta à Saint Nicolas (Paris) pour l'ordination de l'abbé Sabur, le 2 juillet dernier.
    L'évêque argentin y confirme que les ordinations sacerdotales de la FSSPX sont, non seulement tolérées, mais acceptées par Congrégation pour la Doctrine de la Foi (dont dépend Ecclesia Dei) comme le disait le communiqué de l'évêque de Ratisbonne et son commentaire par Ennemond. L'unique demande de la CDF est que la FSSPX donne les noms des ordonnés; demande acceptée bien sûr.

    Il semble que cet acte romain ne soit pas une surprise de juin, car dès avril-mai derniers, nous avions été mis au courant de l'autorisation romaine (peut être était elle seulement probable à ce moment) pour les ordinations par la famille d'un ordinand.

    Conséquence de cette décision romaine: après les confessions et l'extrême onction, voilà les ordinations reconnues par Rome, et ainsi intégrées à la juridiction conciliaire.


    Voici l'extrait du sermon de Mgr de Galarreta (source):
    Or le Pape lui-même dit que la Fraternité, nous sommes des catholiques. Alors nous sommes des catholiques ou nous sommes des schismatiques ? J’ai avec moi la lettre qui m’a été donnée par Son Excellence Monseigneur Fellay, où la Congrégation de la doctrine de la Foi nous dit, a dit à Monseigneur, que nous pouvons procéder aux ordinations sans demander la permission des Ordinaires du lieu ; qu’il suffit de leur donner les noms des ordonnés, chose que nous ferons bien sûr, opportunément. Alors nous ne sommes ni schismatiques, ni des illégaux.

    jeudi 10 mars 2016

    "Je pense que le pape va aller dans le sens d’une reconnaissance unilatérale" (Mgr de Galarreta)

    Source: DICI

    Mgr Alfonso de Galarreta a donné une conférence à Bailly, près de Versailles, le 17 janvier 2016. Il y a exposé la situation actuelle de l’Eglise et a informé ses auditeurs de l’état présent des relations entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X. Il avait dirigé la commission des théologiens de la Fraternité Saint-Pie X, lors des entretiens doctrinaux avec Rome, entre 2009 et 2011. Voici les extraits les plus significatifs de sa conférence, transcrits par DICI.
     
    5_galarreta-econe
    Mgr Alfonso de Galarreta.

     
    Une aggravation de la crise de la foi qui suscite des réactions publiques

    Dans une première partie, Mgr de Galarreta constate que se développe à Rome « une volonté de tirer toutes les conséquences contenues dans les principes du concile Vatican II ». Les idées conciliaires d’œcuménisme, de liberté religieuse et de collégialité étant désormais acquises, selon les autorités romaines, c’est la morale qui est maintenant atteinte par une forme d’évolutionnisme : « Cela est vrai déjà pour le dogme, pour la vérité (selon les progressistes) ; cela est vrai déjà pour l’œcuménisme, la liberté religieuse, la collégialité, tout l’esprit libéral révolutionnaire… alors pourquoi pas pour la morale aussi ? Au fond, c’était une incohérence de ne pas appliquer l’évolution à la morale également », cette dernière est donc amenée à s’adapter aussi « en fonction de la vie de l’homme, les mœurs, les lois, l’évolution des choses … ».
    Néanmoins le prélat argentin reconnaît que, face à ce désastre, une réaction se manifeste : « Maintenant c’est dans l’Eglise actuelle, officielle, qu’il commence à y avoir des réactions. Et des réactions qui vont en profondeur, car certains se rendent compte quand même qu’il y a un problème doctrinal, un problème de foi. Ils se rendent compte qu’il y a un problème aussi dans le magistère conciliaire et postconciliaire. Ils commencent à se poser des questions et, aspect très important, ils comprennent que pour s’opposer à cette rupture totale avec la Tradition, il faut réagir, et nécessairement s’opposer aux autorités qui sont les diffuseurs de ces erreurs. C’est ainsi qu’on voit des cardinaux, des évêques, des prêtres, des laïcs qui commencent à réagir, et dans le bon sens et dans un très bon sens même, quelquefois avec beaucoup de fermeté. »


    Une double proposition romaine : doctrinale et canonique

    mercredi 9 mars 2016

    Le piège de la reconnaissance unilatérale de la FSSPX



    La reconnaissance « unilatérale » de la FSSPX par le pape, annoncée par Mgr de Galarreta et  facilitée par la « sourdine » mise par cette institution vis-à-vis des autorités vaticanes, ne va pas ne pas poser de problème à ses fidèles et à ses prêtres….
    Mgr de Galarreta analyse comme effet positif l’immense champ d’apostolat qui s’ouvrira alors à lui. Mais l’épiscopat français et en général le clergé aurait bien tort de ne pas en faire autant vis à vis des fidèles de la FSSPX : il y a quelques années, en Corse, le prieur de la Fraternité Saint-Pie X s’était fait exclure pour avoir accueilli l’évêque du lieu qui s’était proposé de venir conférer le sacrement de confirmation dans le rite traditionnel aux jeunes paroissiens du prieuré dont il avait la responsabilité… Une fois la reconnaissance « unilatérale » faite, une telle sanction pourra-t-elle frapper une semblable attitude ?
    Ceci sera d’autant plus compliqué, que la FSSPX reconnue sera soumise à la même procédure d’appel des sanctions que n’importe quelle autre congrégation. En admettant donc que la même cause produise les mêmes effets, il serait bien étonnant qu’un tribunal de la rote la confirme.
    Ainsi donc seront ouverts les champs jusque là bien gardés de fidèles qui pourront se voir prêcher la bonne parole du concile Vatican II, un peu comme leurs pères se virent prêcher l’avant et l’après concile avant qu’ils ne réagissent et n’aident Mgr Lefebvre à élever la muraille de la citadelle –jusque là inexpugnable – de la FSSPX.
    II y a un peu moins de trente ans, Mgr Lefebvre se sentant vieillir, sacrait quatre évêques. La même situation se reproduira d’ici vingt ans. Reconnue « unilatéralement », la FSSPX devra nécessairement passer par Rome pour sacrer. Ce qui ne manquera pas de poser les mêmes problèmes qu’en 1988 : le ou les candidats devront être agréés et adoubés par Rome. Il sera intéressant d’analyser alors les profils retenus. A moins qu’à cette occasion, un ou des évêques plus traditionnel venant d’instituts comme ceux  de la Fraternité Saint Pierre soient estimés parfaitement capables d’assurer leur ministère aussi bien dans leur prieuré que dans ceux de la FSSPX.
    Par prudence, Mgr de Galarreta estime qu’un accord n’est pas souhaitable car d’une manière ou d’une autre, Rome « veut nous faire accepter Vatican II ». Reste donc pour le Vatican,  la carte de la reconnaissance « unilatérale », si peu unilatérale qu’elle s’est troquée par un silence dont à Rome même on se réjouit.

    Comment en effet ne pas reconnaître un acte légal émanant d’une d’une autorité légale ?
    Un nouvel acte abusivement qualifié d’illégal comme un sacre immédiat des successeurs des évêques de 1988 refroidirait sans doute pour un moment la naissance de l’acte légal et même son intérêt pour l’autorité tentée de l’émettre. C’est aussi pour régler ce piège que Mgr Lefebvre avait procédé aux sacres en 1988, mettant fin au chantage canonique romain et donnant à la FSSPX les moyens essentiels de continuer son apostolat.

    jeudi 8 janvier 2015

    "Excommunication d'une religieuse à Saint Nicolas du Chardonnet

    Source: France Fidèle
     
                   Dimanche 28 décembre, à la paroisse Saint-Nicolas-du-Chardonnet, pendant la messe, vers la fin du Credo, Monsieur l’abbé de La Rocque vient me trouver et me demande de le suivre à la sacristie. Afin d’éviter tout scandale, j’obtempère. Une fois dans son bureau, il m’explique qu’il a eu Mgr de Galarreta au téléphone. Celui-ci lui  confirme (ce qu’il savait déjà) qu’une lettre m’a été adressée, le 8 septembre dernier, me signifiant mon renvoi de la congrégation des Dominicaines de Brignoles et, partant, le relèvement de mes vœux. Je dois en conséquence quitter immédiatement l’habit que je porte indûment. Aussi Monsieur le curé a-t-il prévenu  tous ses vicaires de ne plus désormais  me donner la communion. Mgr de Galarreta pourra éventuellement me réduire à l’état de pieuse laïque à vœux privés. J’objecte que, selon nos propres constitutions, seul le Pape  peut me délier de mes vœux. Alors Monsieur l’abbé de La Rocque se fâche, indigné : « Depuis quarante ans, tous les religieux et religieuses de la Tradition jouissent de la juridiction de suppléance, mais quand on a un différend avec ses supérieurs, on ne reconnaît plus cette juridiction ! » J’émets alors le dessein d’écrire à Mère Générale. Et j’apprends que c’est à la demande de celle-ci – s’étant plainte à Suresnes de la tolérance du clergé parisien à mon endroit- qu’on me refuse désormais la communion. Monsieur l’abbé de La Rocque ajoute que, eu égard à l’état de santé de ma mère très malade que je veille depuis un mois et qu’une telle mesure tuerait, on me tolérera encore quelques semaines en habit et que lui-même pourrait me communier en privé … à la condition de n’en point parler et de raser les murs. Je le remercie pour sa sollicitude, quitte la place et rejoins ma chaise à la fin de la consécration. Plus tard, je conduis Maman au banc de communion. Pour moi, je suis excommuniée par la FSSPX.

                     En la fête du Saint Nom de Jésus 2015.
                                                     Sœur Marie-Laetitia

    lundi 8 juillet 2013

    Réponse de Mgr Fellay aux trois évêques - 14 avril 2012

    + Menzingen, le 14 avril 2012
    A NN. SS. Tissier de Mallerais, Williamson et de Galarreta,

    Excellences,

    Votre lettre collective adressée aux membres du Conseil général a retenu toute notre attention. Nous vous remercions pour votre sollicitude et votre charité.

    Permettez-nous à notre tour dans le même souci de charité et de justice de vous faire les observations qui suivent.

    Tout d’abord la lettre mentionne bien la gravité de la crise qui secoue l’Eglise et analyse précisément la nature des erreurs ambiantes qui pullulent. Cependant la description est entachée de deux défauts par rapport à la réalité de l’Eglise; elle manque de surnaturel et en même temps elle manque de réalisme.

    Elle manque de surnaturel. A vous lire, on se demande sérieusement si vous croyez encore que cette Eglise visible dont le siège est à Rome est bien l’Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ, une Eglise certes défigurée horriblement a planta pedis usque ad verticem capitis, mais une Eglise qui a quand même et encore pour chef Notre Seigneur Jésus-Christ. On a l’impression que vous êtes tellement scandalisés que vous n’acceptez plus que cela pourrait encore être vrai. Pour vous, Benoit XVI est-il encore pape légitime ? S’il l’est, Jésus-Christ peut-il encore parler par sa bouche ? Si le pape exprime une volonté légitime à notre sujet, qui est bonne, qui ne donne pas un ordre à l’encontre des commandements de Dieu, a-t-on le droit de négliger, de renvoyer d’un revers de main cette volonté ?

    Et sinon, sur quel principe vous basez vous pour agir ainsi ? Ne croyez-vous pas que si Notre Seigneur nous commande, il donnera aussi les moyens de continuer notre œuvre ? Or le pape nous a fait savoir que la préoccupation de régler notre affaire pour le bien de l’Eglise était au cœur même de son pontificat, et aussi qu’il savait bien que ce serait plus facile et pour lui et pour nous de laisser la situation présente en l’état. Donc c’est bien une volonté arrêtée et juste qu’il exprime.

    Avec l’attitude que vous préconisez, il n’y a plus de place ni pour les Gédéons ni pour les David, ni pour ceux qui comptent sur le secours du Seigneur. Vous nous reprochez d’être naïf ou d’avoir peur, mais c’est votre vision de l’Eglise qui est trop humaine et même fataliste; vous y voyez les dangers, les complots, les difficultés, vous ne voyez plus l’assistance de la grâce et du Saint-Esprit. Si l’on veut bien accepter que la divine Providence conduit les affaires des hommes, tout en leur laissant leur liberté, il faut alors aussi accepter que les gestes de ces dernières années en notre faveur sont sous sa gouverne. Or ils indiquent une ligne – pas toute droite – mais clairement en faveur de la Tradition. Pourquoi subitement celle-ci s’arrêterait, alors que nous faisons tout pour conserver notre fidélité et que nous accompagnons nos efforts d’une prière peu commune ? Le bon Dieu nous laisserait-Il tomber au moment le plus crucial ? Cela n’a pas beaucoup de sens. Surtout que nous n’essayons pas de lui imposer une quelconque volonté propre, mais que nous essayons de scruter à travers les événements ce que Dieu veut, étant disposés à tout, comme il Lui plaira.

    En même temps, elle manque de réalisme, et quant à l’intensité des erreurs et quant leur amplitude.

    Intensité: dans la Fraternité, on est en train de faire des erreurs du Concile des super hérésies, cela devient comme le mal absolu, pire que tout de la même manière que les libéraux ont dogmatisé ce concile pastoral. Les maux sont déjà suffisamment dramatiques pour qu’on ne les exagère pas davantage (cf Roberto de Mattei, Une histoire jamais écrite, p. 22; Mgr Gherardini, Un débat à ouvrir, p, 53, etc.,)

    Il n’y a plus aucune distinction. Alors que Monseigneur Lefebvre a fait plusieurs fois les distinctions nécessaires au sujet du libéral. Ce manque de distinction conduit l’un ou l’autre d’entre vous à un durcissement« absolu ». Cela est grave parce que cette caricature n’est plus dans la réalité et elle aboutira logiquement dans le futur à un vrai schisme. Et peut-être bien que ce fait est l’un des arguments qui me pousse à ne plus tarder à répondre aux instances romaines.

    Amplitude: d’une part on fait endosser aux autorités présentes toutes les erreurs et tous les maux que l’on trouve dans l’Eglise en délaissant le fait qu’elles essaient au moins en partie de se dégager des plus graves d’entre elles (la condamnation de « l’herméneutique de la rupture » dénonce des erreurs bien réelles). D’autre part, on prétend que TOUS sont enracinés dans cette pertinacité (« tous modernistes », « tous pourris »). Or cela est manifestement faux. Une grande majorité est toujours emportée dans le mouvement, mais pas tous.

    Au point qu’à la question cruciale entre toutes, celle de la possibilité de survivre dans les conditions d’une reconnaissance de la Fraternité par Rome, nous n’arrivons pas à la même conclusion que vous.

    Qu’il soit noté au passage que NOUS N’AVONS PAS CHERCHE un accord pratique. Cela est faux. Nous n’avons pas refusé a priori, comme vous le demandez, de considérer l’offre du pape. Pour le bien commun de la Fraternité, nous préférerions de loin la solution actuelle de statu quo intermédiaire, mais manifestement, Rome ne le tolère plus.

    En soi, la solution de la Prélature personnelle proposée n’est pas un piège. Cela ressort tout d’abord de ce que la situation présente en avril 2012 est bien différente de celle de 1988. Prétendre que rien n’a changé est une erreur historique.

    Les mêmes maux font souffrir l’Eglise, les conséquences sont encore plus graves et manifestes qu’alors; mais en même temps on peut constater un changement d’attitude dans l’Eglise, aidé par les gestes et actes de Benoît XVI envers la Tradition. Ce mouvement nouveau, né il y a au moins une dizaine d’années, va se renforçant. Il touche bon nombre (encore une minorité) de jeunes prêtres, de séminaristes et même déjà un petit nombre de jeunes évêques qui se distinguent nettement de leurs prédécesseurs, qui nous disent leur sympathie et leur soutien, mais qui sont encore passablement étouffés par la ligne dominante dans la hiérarchie en faveur de Vatican II. Cette hiérarchie est en perte de vitesse. Cela est objectif et montre qu’il n’est plus illusoire de considérer un combat «intra muros », dont nous sommes bien conscients de la dureté et difficulté. J’ai pu constater à Rome combien le discours sur les gloires de Vatican II que l'on va nous ressasser, s’il est encore dans la bouche de beaucoup, n’est cependant plus dans toutes les têtes. De moins en moins y croient.

    Cette situation concrète, avec la solution canonique qui est proposée, est bien différente de celle de 1988. Et quand nous comparons les arguments que Mgr Lefebvre avait donnés à l’époque, nous concluons qu’il n’aurait pas hésité à accepter ce qui nous est proposé. Ne perdons pas le sens de l’Eglise, qui était si fort chez notre vénéré fondateur.

    L’histoire de 1′Eglise montre que la guérison des maux qui la frappent se fait de manière habituelle graduellement, lentement. Et quand un problème est terminé, c’en est un autre qui commence… oportet haereses esse, Prétendre attendre que tout soit réglé pour arriver á ce que vous appelez un accord pratique n’est pas réaliste. II est bien probable á voir comment se déroulent les choses que la fin de cette crise prendra encore des dizaines d’années. Mais de refuser de travailler dans le champ parce qu’il s’y trouve encore de la mauvaise herbé, qui risque d’étouffer, de gêner la bonne herbé trouve une curieuse leçon biblique ; c’est Notre Seigneur lui-même qui nous fait comprendre avec sa parabole de l’ivraie qu’il y aura toujours, sous une forme ou une autre de la mauvaise herbe à arracher et à combattre dans son Eglise…

    Vous ne pouvez pas savoir combien votre attitude ces derniers mois – bien différente pour chacun d’entre vous – a été dure pour nous. Elle a empêché le supérieur général de vous communiquer et faire partager ces grands soucis, auxquels il vous aurait si volontiers associés, s’il ne s’était pas trouvé devant une incompréhension si forte et passionnée. Combien il aurait aimé pouvoir compter sur vous, sur vos conseils pour soutenir cette passe si délicate de notre histoire. C’est une grande épreuve, peut-être la plus grande de tout son supériorat. Notre Fondateur vénéré a donné aux évêques de la Fraternité une charge et des devoirs précis. Il a bien montré que le principe qui fait l’unité dans notre société, c’est le Supérieur Général. Mais depuis un certain temps déjà, vous essayez – chacun de manière différente – de lui imposer votre point de vue, même sous formes de menaces, et même publiquement Cette dialectique entre vérité/foi et autorité est contraire à l’esprit sacerdotal. Au moins aurait-il espéré que vous essayiez de comprendre les arguments qui le poussent à agir comme il a agi ces dernières années, selon la volonté de la divine providence.

    Nous prions bien pour chacun d’entre vous, pour que dans ce combat qui est loin d’être terminé, nous nous retrouvions tous ensemble, pour la plus grande gloire de Dieu et pour l’amour de notre chère Fraternité.

    Daigne Notre Seigneur ressuscité et Notre Dame vous protéger et vous bénir.

    +Bernard Fellay
    Niklaus Pfluger+
    Alain-Marc Nély+

    jeudi 4 juillet 2013

    Lettre des trois évêques à Mgr Fellay - Avril 2012

     Le 7 avril 2012

    Monsieur le Supérieur Général,
    Monsieur le Premier Assistant,
    Monsieur le Second Assistant,

    Depuis plusieurs mois, comme beaucoup de monde le sait, le Conseil général de la FSSPX considère sérieusement des propositions romaines en vue d’un accord pratique, étant donné que les discussions doctrinales de 2009 à 2011 ont prouvé qu’un accord doctrinal est impossible avec la Rome actuelle. Par cette lettre les trois évêques de la FSSPX qui ne font pas partie du Conseil Général souhaitent lui faire savoir, avec tout le respect qui convient, l’unanimité de leur opposition formelle à tout accord semblable.

    Bien sûr, des deux côtés de la division actuelle entre l’Église Conciliaire et la FSSPX beaucoup désirent que l’unité catholique se refasse. Honneur à ces gens, de part et d’autre. Mais la réalité qui domine tout, et à laquelle tous ces désirs sincères doivent céder, c’est que depuis Vatican II les autorités officielles de l’Église se sont séparées de la vérité catholique, et aujourd’hui elles se montrent tout aussi déterminées que toujours de rester fidèles à la doctrine et pratique Conciliaires. Les discussions romaines, le « préambule doctrinal » et Assise III en sont des exemples éclatants.

    Le problème posé aux catholiques par le second concile du Vatican est profond. Dans une conférence qui semble avoir été comme le dernier testament doctrinal de Mgr Lefebvre, donnée à des prêtres de sa Fraternité à Ecône une demi-année avant sa mort, après avoir brièvement résumé l’histoire du catholicisme libéral sortant de la Révolution française il a rappelé comment les Papes ont toujours combattu cette tentative de réconciliation entre l’Église et le monde moderne, et il a déclaré que le combat de la Fraternité contre Vatican II était exactement le même combat. Il a conclu :
    « Plus on analyse les documents de Vatican II et leur interprétation par les autorités de l’Église, et plus on se rend compte qu’il ne s’agit ni d’erreurs superficielles ni de quelques erreurs particulières comme l’œcuménisme, la liberté religieuse, la collégialité, mais plutôt d’une perversion totale de l’esprit, de toute une philosophie nouvelle fondée sur le subjectivisme… C’est très grave ! Une perversion totale !… C’est vraiment effrayant. »
    Or, la pensée de Benoît XVI est-elle meilleure à cet égard que celle de Jean-Paul II ? Il suffit de lire l’étude de l’un de nous trois sur La Foi au Péril de la Raison pour se rendre compte que la pensée du Pape actuel est également imprégnée de subjectivisme. C’est toute la fantaisie subjective de l’homme à la place de la réalité objective de Dieu. C’est toute la religion catholique soumise au monde moderne. Comment peut-on croire qu’un accord pratique puisse arranger un tel problème ?

    Mais, nous dira-t-on, Benoît XVI est vraiment bienveillant envers la Fraternité et sa doctrine. En tant que subjectiviste il peut bien l’être, parce que les libéraux subjectivistes peuvent tolérer même la vérité, mais pas si elle refuse de tolérer l’erreur. Il nous accepterait dans le cadre du pluralisme relativiste et dialectique, à condition de rester dans la « pleine communion », par rapport à l’autorité et envers les autres « réalités ecclésiales ». Voilà pourquoi les autorités romaines peuvent tolérer que la Fraternité continue d’enseigner la doctrine catholique, mais ils ne supporteront absolument pas qu’elle condamne la doctrine conciliaire. Voilà pourquoi un accord même purement pratique ferait nécessairement taire progressivement, de la part de la Fraternité, toute critique du Concile ou de la nouvelle messe. En cessant d’attaquer ces victoires les plus importantes de toutes de la Révolution, la pauvre Fraternité cesserait nécessairement de s’opposer à l’apostasie universelle de notre lamentable époque et elle s’enliserait elle-même. En dernière instance, qui nous garantira de rester tels que nous sommes en nous protégeant de la curie romaine et des évêques ? Le Pape Benoît XVI ?

    On a beau le nier, ce glissement est inévitable. Ne voit-on pas déjà dans la Fraternité des symptômes de cet amoindrissement dans la confession de la Foi ? Aujourd’hui, hélas, c’est le contraire qui serait « anormal ». Juste avant les Consécrations de 1988 lorsque de nombreux braves gens insistaient auprès de Mgr Lefebvre pour qu’il fit un accord pratique avec Rome qui ouvrirait un grand champ d’apostolat, il dit sa pensée aux quatre consécrands : « Un grand champ d’apostolat peut-être, mais dans l’ambiguïté, et en suivant deux directions opposées à la fois, ce qui aurait fini par nous pourrir. » Comment obéir et continuer à prêcher toute la vérité ? Comment faire un accord sans que la Fraternité « pourrisse » dans la contradiction ?

    Et lorsqu’une année plus tard, Rome semblait faire de vrais gestes de bienveillance envers la Tradition, Mgr Lefebvre se méfiait toujours. Il craignait qu’il ne s’agisse que de « manœuvres pour séparer de nous le plus grand nombre de fidèles possible. Voilà la perspective dans laquelle ils semblent céder toujours un peu plus et même aller très loin. Nous devons absolument convaincre nos gens qu’il ne s’agit que d’une manœuvre, qu’il est dangereux de se mettre entre les mains des évêques conciliaires et de la Rome moderniste. C’est le plus grand danger qui menace nos gens. Si nous luttons depuis 20 ans pour résister aux erreurs conciliaires, ce n’était pas pour nous mettre maintenant entre les mains de ceux qui professent ces erreurs. » À la suite de Mgr Lefebvre le propre de la Fraternité est, plus que de dénoncer les erreurs par leur nom, de s’opposer efficacement et publiquement aux autorités romaines qui les diffusaient. Comment pourrai-t-on concilier un accord et cette résistance publique aux autorités, dont le Pape ? Et après avoir lutté pendant plus de quarante ans, la Fraternité devra-t-elle maintenant se mettre entre les mains de modernistes et libéraux dont nous venons de constater la pertinacité ?

    Monseigneur, messieurs les abbés, veuillez faire attention, vous conduisez la Fraternité à un point où elle ne pourra plus rebrousser chemin, à une profonde division sans retour et, si vous aboutissez à un tel accord, à des puissantes influences destructrices qu’elle ne supportera point. Si jusqu’à présent les évêques de la Fraternité l’ont protégée, c’est précisément parce que Mgr Lefebvre a refusé un accord pratique. Puisque la situation n’a pas changé substantiellement, puisque la condition émisse par le Chapitre de 2006 ne s’est nullement réalisée (changement doctrinal de Rome qui permettrait un accord pratique), écoutez encore votre Fondateur. Il a eu raison il y a 25 ans. Il a raison encore aujourd’hui. En son nom, nous vous en conjurons : n’engagez pas la Fraternité dans un accord purement pratique.

    Avec nos salutations les plus cordiales et fraternelles, in Christo et Maria,

    Mgr. Alfonso de Galarreta
    Mgr. Bernard Tissier de Mallerais
    Mgr. Richard Williamson