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vendredi 5 juin 2026

Même les saints ont eu leurs défaillances ! A notre tour d'être forts !

 Source

Pour une raison bien mystérieuse, le Bon Dieu permet aux saints ou aux saints personnages de tomber provisoirement dans des fautes assez graves. Pensons à la trahison de Saint Pierre, la signature de Sainte Jeanne d'Arc et, plus proche de nous, une signature bien troublante de Mgr Lefebvre le 5 mai 1988. Signature bien vite rétractée et regrettée.

Pourquoi s'agissait-il d'une faute de Monseigneur Lefebvre ?

Ce document était en effet en rupture avec toute sa ligne de conduite depuis le concile.

Si l'on cherche les éléments objectifs du protocole qui paraissent en tension avec sa ligne habituelle, on en trouve principalement quatre.

1. Acceptation du magistère de Vatican II

Le protocole signé affirme :

« Nous déclarons accepter la doctrine contenue dans le n° 25 de Lumen Gentium sur le Magistère ecclésiastique et l'adhésion qui lui est due ».

Or Mgr Lefebvre avait passé près de vingt ans à dénoncer certains enseignements de Vatican II, notamment sur :
  • la liberté religieuse ;
  • l'œcuménisme ;
  • la collégialité épiscopale.
Dans sa célèbre Déclaration du 21 novembre 1974, il écrivait :

« Nous refusons et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante. »

Cette déclaration est devenue le texte de référence de la FSSPX.

Ce protocole ne se contente pas de dire que certains textes du concile sont acceptables ; il reconnaît explicitement le principe d'adhésion au magistère décrit par Vatican II.

2. Fin de la polémique publique contre Rome

Le protocole stipule :

« nous nous engageons à avoir une attitude positive d'étude et de communication avec le Siège apostolique, en évitant toute polémique ».

Ceci contraste fortement avec les sermons, conférences et ouvrages de Mgr Lefebvre durant les années 1970-1980, où les critiques contre les réformes postconciliaires étaient extrêmement directes.

Le protocole l'engageait à une démarche beaucoup plus diplomatique avec Rome.

3. Reconnaissance explicite de la validité de la nouvelle messe

Le protocole affirme :

« Nous déclarons reconnaître la validité du Sacrifice de la messe (...) selon les rites promulgués par les papes Paul VI et Jean-Paul II ».

Est-ce une rupture ?
Oui, car Mgr Lefebvre déclarait que le nouveau rite était dangereux pour la foi et portait une orientation protestantisante. Reconnaître la validité semblait cohérent avec beaucoup de ses déclarations mais donnait l'impression d'une approbation pratique du rite.

4. Réconciliation canonique avec Rome

Le protocole prévoyait :
  • une reconnaissance officielle de la FSSPX ;
  • un statut canonique stable ;
  • une commission romaine ;
  • la possibilité d'un évêque issu de la Fraternité.
Pourquoi cela paraît-il contradictoire ?

Depuis plusieurs années, Mgr Lefebvre affirmait que les autorités romaines étaient profondément marquées par les erreurs postconciliaires.  Lui-même expliquera, dès le lendemain de la signature, qu'il avait perdu confiance dans les garanties proposées par Rome, surtout concernant la date de nomination d'un évêque. C'est l'une des raisons principales pour lesquelles il revint sur sa signature.

Si l'on cherche le point le plus délicat, ce n'est pas la nouvelle messe, mais plutôt l'article sur Lumen Gentium n°25 et l'acceptation du cadre magistériel de Vatican II.

Le raisonnement des critiques est : pendant vingt ans, Mgr Lefebvre a présenté certains enseignements conciliaires comme incompatibles avec la Tradition ; puis il signe un texte affirmant accepter la doctrine sur le magistère enseignée par Vatican II.

Conclusion

Si l'on compare le texte du protocole à la ligne publique de Mgr Lefebvre depuis 1974, les points qui peuvent être considérés comme des ruptures sont :
  • l'acceptation de la doctrine de Lumen Gentium n° 25 ;
  • l'engagement à éviter la polémique contre Rome ;
  • l'intégration canonique sous l'autorité romaine ;
  • dans une moindre mesure, la formulation sur la validité des rites réformés.
Le piège du protocole vient du fait qu'il contient simultanément des concessions à Rome et la reconnaissance explicite que certains enseignements de Vatican II paraissaient toujours « difficilement conciliables avec la Tradition ». C'est précisément cette ambiguïté qui explique pourquoi il a pu être signé le 5 mai puis rejeté par Mgr Lefebvre dès le lendemain.

Si Dieu a permis ce faux pas de Mgr Lefebvre dans le combat de la Foi contre les modernistes romains, n'est-ce pas pour nous apprendre à notre tour à ne pas tomber dans leurs pièges ?
Abbé Salenave

lundi 16 février 2026

La stratégie de la main tendue ou du petit chaperon rouge

Nous avons eu quelques réactions suite à cette caricature. Il est sans doute opportun de l'expliquer car la plupart des catholiques ne comprennent pas le danger du dialogue ou de la main tendue. Il s'agit d'une stratégie communiste en vue de neutraliser l'adversaire. Cette stratégie est aussi celle des modernistes : elle a été celle du Pape François, et elle est maintenant celle de Léon XIV et de ses agents. Explications.

La stratégie néo-communiste de « la main tendue » - avec Gramsci, Togliatti et Berlinguer – a attrapé les chrétiens naïfs qui ont été le cheval de Troie introduit dans le Sanctuaire et ont commencé le phénomène des « chrétiens pour le socialisme ». Ces chrétiens naïfs ont mordu à l’hameçon, en s’appuyant sur la fausse présomption selon laquelle chaque doctrine, bien qu’erronée à l’origine, peut évoluer vers le « bien », mais non nécessairement vers la vérité, laquelle n’intéresse plus les chrétiens pragmatiques du néo modernisme, comme pour les marxistes.

En bref, du domaine des principes modernistes kantiens immanentistes (Benoît XVI, 2005-2013), nous sommes passés au domaine marxiste de la théologie de la libération et de la primauté absolue de la pratique et de la rencontre personnelle (François Ier). Pour cette raison, depuis 2013, on ne parle plus de la continuité de Vatican II avec la Tradition (herméneutique de la continuité), de la pleine orthodoxie de la messe de Paul VI, mais on se rencontre, on se parle, on fraternise et à la fin, on finit par penser comme on agit (« agere sequitur esse »).

Malheureusement, les plus fragiles et vulnérables sont les catholiques fidèles puisque, contrairement aux modernistes, ils sont honnêtes, droits et peut-être un peu naïfs, alors que le modernisme, comme le marxisme, ne s’occupe pas du bien et du vrai, de la métaphysique et de la morale, mais seulement du résultat pratique.

Il ne faut donc pas s’étonner qu’il arrive aux fidèles naïfs ce qui est écrit dans l’histoire du Chaperon rouge qui répond naïvement au loup (comme Eve répondit naïvement au serpent) qui l’invite à entrer dans sa tanière : « Que vous avez de beaux yeux ! - C’est pour mieux te voir. – Que vous avez une belle bouche ! – C’est pour mieux te manger… » C’est dans la nature des choses que le grand poisson mange le petit, que le loup dévore l’agneau, que le chien haït le chat, que le modernisme édulcore et transforme tout doucement, insensiblement, le christianisme de l’intérieur, en laissant seulement les apparences (la belle liturgie) sans plus la substance (la philosophie, la théologie, l’ascétique et la mystique). Pourtant, au temps d’Arius, pour un seul iota (homousios/homoiusios), les catholiques ont été excommuniés et même martyrisés, mais aujourd’hui nous ne voyons pas de Saint Athanase dans la hiérarchie.

En 1945, Palmiro Togliatti (Discours au Comité central du Parti Communiste Italien, 12 avril) relança avec grand style l’idée léniniste/gramscienne de la rencontre, dans les pays à majorité chrétienne, des masses communistes et catholiques, au-dessus des dissensions théoriques, dans les actions syndicales, sociales et pacifistes. Sachant bien que le marxisme ou pratique pure n’avait rien à perdre, alors que le christianisme, dans lequel la primauté est à la théorie, aurait perdu de son sel et serait devenu insipide. « Quand le sel perd sa saveur, il n’est plus bon qu’à être jeté à terre et foulé aux pieds. » (Mt, V, 13)

Togliatti a proposé la rencontre entre communistes et catholiques (comme François Ier le propose entre modernistes et traditionalistes) uniquement sur le plan de l’action, sans aucune référence à l’idéologie (de même François Ier ne fait aucune référence à la théologie). Togliatti disait clairement : « Si on ouvre une discussion théologique, moi je ne veux pas y entrer. » Il en va de même pour François Ier. Togliatti n’a rien cédé de la doctrine communiste, comme François Ier ne cède rien de la théologie ultra-moderniste. Initialement, l’important est d’agir ensemble pour arriver finalement au leadership du mouvement marxiste sur les chrétiens et du modernisme pratique sur le catholicisme romain. A titre d’exemple, lorsque le Pô se jette dans la mer Adriatique, les eaux du fleuve restent bien distinctes sur les premiers mètres bien qu’ « édulcorées », mais après, la mer l’a annexé. Donc si les traditionalistes entrent ou se jettent dans les bras du mondialisme moderniste, au début, ils pourront maintenir leur identité bien qu’un peu édulcorée, mais après ils seront engloutis dans la globalisation du modernisme mondialiste.

L’imprudence, la confiance, l’optimisme exagéré, la présomption de soi-même, l’utopisme malsain ont amené les chrétiens dans la gueule du marxisme, comme cela arriva au Petit Chaperon Rouge qui finit dans la gueule du loup. Espérons que cela puisse servir d’exemple aux traditionalistes.

Antoine Gramsci, en 1920, écrivait : « En Italie, à Rome, il y a le Vatican, le Pape ; l’Etat libéral a dû trouver un système d’équilibre avec l’Eglise ; de la même manière, l’Etat ouvrier doit trouver un équilibre avec le Vatican. » Bergoglio dit : aujourd’hui, dans le Nouvel Ordre Mondial, il reste encore une bonne partie de catholiques non modernistes et non globalisés, donc il faut trouver un système d’équilibre pour les neutraliser. Pour celui-ci, comme pour Hegel, « la ruse de la raison est l’unique principe qui justifie ou non l’action », et Bergoglio est très rusé et très autoritaire. Attention à ne pas le sous-évaluer !

Dans le livre d’interview écrit par Sergio Rubin et Francesca Ambrogetti, intitulé  Jorge Bergoglio- Pape François, le nouveau Pape se raconte (Florence/Milan, Edition Salani, 2013), on lit : « L’obsession de Bergoglio peut se résumer en deux mots : rencontre et unité » (p 7). En effet, Bergoglio se définit lui-même comme le théoricien de « la culture de la rencontre » (p 107). Selon lui, il est nécessaire de donner « la priorité aux rencontres entre les gens, de marcher ensemble. Ce faisant, il sera plus facile d’abandonner les différences » (p 76). En outre, selon Bergoglio, il est bon « de ne pas se perdre dans de vides réflexions théologiques » (p 39).

Le programme proposé par François Ier est de désidéologiser au début, de se rencontrer, de construire des ponts, d’abattre les palissades, d’éviter de stériles discussions doctrinales, mettant en avant le « dialogue, dialogue, dialogue… », agir ensemble pour arriver par la suite à penser accidentellement de la même manière. (« Cogitare sequitur esse »). Ainsi le modernisme, qui, désormais occupe les sommets du milieu catholique et ecclésiastique, demande aux catholiques fidèles à la tradition d’agir ensemble pour vaincre le matérialisme, l’athéisme et de faire partie de la globalisation, du mondialisme et du Nouvel Ordre Mondial. Quelques catholiques fidèles de bonne foi se laissent convaincre et, par le biais d’un transbordement idéologique inaperçu, agissent de concert avec les modernistes et ils finissent par être mangés par eux, comme « le plus petit poisson est mangé par le plus grand ».

Togliatti encore, dans un discours à la conférence de Bergame (20 mars 1963), disait : « Désormais l’Eglise accepte que l’ère constantinienne est terminée avec ses anathèmes, ses discriminations religieuses. »

Dans la proposition communiste et moderniste du « compromis historique », on rend publiques et concrètes des garanties pour l’exercice de la foi catholique, mais délibérément, on ne pense pas à la question qui surgit spontanément : « Et après ? » Ce fut la question précise que Saint Philippe Néri posa au jeune Vincent Zazzera qui lui avait dit qu’il voulait devenir prêtre, puis évêque, cardinal et aussi Pape. Alors Saint Philippe lui demanda  « - Et après ? ».  Le malheureux ne l’écouta pas ; il n’a pas dit comme Saint Philippe Néri  « Je préfère le Paradis ».  Il ne pensa pas à l’éternité, mais à la carrière ; il devint évêque mais ne trouva pas la paix avec le Seigneur. On voit donc la malhonnêteté de la promesse marxiste/moderniste et, au minimum, la naïveté de l’acceptation catholique en ne pensant pas au « et après ? » sur cette terre et dans l’au-delà.

La crise interne au milieu catholique post-conciliaire des années 60/70, qui était favorable à la collaboration pratique avec le marxisme, est similaire à celle que l’on voit aujourd’hui, de façon claire, dans le monde catholique anti-moderniste qui veut fusionner avec le super-modernisme.

En bref, comme on disait dans les années 60, le Christ et Marx ne peuvent aller ensemble, mais les chrétiens et les marxistes peuvent se retrouver ensemble pour collaborer à la conduite des affaires publiques ; ainsi, aujourd’hui, on dit que le modernisme et le catholicisme sont inconciliables, mais les catholiques et les modernistes peuvent marcher ensemble et collaborer dans la conduite de l’Église, l’aidant à surmonter cette longue période de crise et à jeter les fondements d’un Nouvel Ordre Mondial, dans lequel il y aura un seul temple religieux, dans une seule République universelle.

L’important c’est, comme le disait Lénine : « ne pas attaquer l’ennemi frontalement, mais l’engluer dans les compromis. »

En résumé et au sens du présent article, on peut appliquer à Léon tout ce qui est dit de Bergoglio-François.