mardi 14 avril 2026

Lettre de Broadstairs 11 (Avril 2026)

Voici la nouvelle Lettre de Broadstairs, rédigée par Mgr Paul Morgan qui poursuit l'apostolat à Broadstairs depuis le décès de Mgr Williamson. Il est désormais possible de recevoir la version française des lettres et documents publiés sur Respice Stellam (Apostolat de la Maison de la Reine des Martyrs à Broadstairs) en en faisant la demande à lettredebroadstairsfrancais@gmail.com

Nova et vetera

L’avènement du souverain Juge

Il est superflu de chercher l'heure précise du retour de Notre Seigneur, car c'est un secret impénétrable, inconnu de toute créature.

Toutefois, ce moment suprême, qui mettra fin au monde actuel de péché sera précédé de signes frappants qui captiveront l'attention des croyants comme des impies : la persécution de l'Antéchrist et l'apparition d'Énoch et d'Élie. Saint Paul affirme que le Jésus-Christ terrassera l'Antéchrist du souffle de Sa bouche, comme si le châtiment de l'homme de péché coïncidait avec le Second Avènement. Cependant, cette interprétation n'est pas partagée par tous, car les paroles de saint Paul pourraient signifier que la destruction de l'Antéchrist ne serait consommée qu'au jour du Jugement général, bien que sa mort soit déjà survenue quelque temps auparavant.

De plus, les Évangiles laissent clairement entendre qu'il y aura un certain laps de temps, quoique relativement bref, entre le châtiment du monstre et la consommation de toutes choses. Saint Thomas d'Aquin [Suppl. qu. 81, art. 1] répand une vive lumière sur le temps qui s'écoulera entre la mort de l'Antéchrist et la venue du Seigneur : « Avant l'apparition des signes du jugement, les impies se croiront en paix et en sécurité, car ils ne verront pas la fin du monde telle qu'ils l'imaginaient auparavant. » Dès lors, il est possible de formuler les conjectures plausibles suivantes, bien qu'elles ne relèvent que du domaine des simples probabilités.

Nous avons déjà parlé du triomphe retentissant de l'Église après la défaite de l'Antéchrist et de la façon dont elle ouvrira son cœur et ses bras à tous, à ses enfants, aux Juifs convertis, aux hérétiques convertis, aux descendants des enfants de Noé (Cham, Sem et Japhet) ; en un mot, réalisant la grande unité acquise par le Sang de l'Agneau de Dieu, lorsqu'il n'y aura qu'un seul troupeau et un seul berger.

Il y aura sans doute encore des personnes mauvaises et impies, même en ce temps de triomphe, mais il est permis de penser qu'elles seront cachées dans l'immensité de l'exaltation publique.

Cependant, ces jours merveilleux ne dureront que jusqu'à ce que les gens commencent à oublier ces événements solennels qui les ont conduits au bonheur, et alors une certaine tiédeur s'installera après la ferveur initiale, et cette transition se produira rapidement étant donné que l'Église n'aura plus d'ennemis à combattre.

Le même thème est développé par l'abbé Arminjon dans son ouvrage « Fin du monde présent. Mystères de la vie future ». Il écrit : « L'humanité, par un abus criminel des grâces, retournera à ses souillures. Tournant ses aspirations vers le monde, elle se détournera de Dieu Tout-Puissant, au point de ne plus voir le Ciel et ne plus se souvenir de Ses justes jugements. Toute foi sera éteinte dans les cœurs. La Divine Providence jugera qu'il n'y a plus aucun remède. »

« Ce sera comme au temps de Noé, lorsque les hommes vaquaient à leurs occupations habituelles jusqu'à ce que le déluge arrive et submerge le monde entier. De même, la catastrophe finale surviendra lorsque le monde se sentira le plus en sécurité, la civilisation sera à son apogée, l'argent abondant, avec des fêtes nationales et de grandes expositions. L'humanité se complaira dans une prospérité matérielle sans précédent, à l'image de cet homme de l'Évangile qui, se croyant à l'abri, ses greniers remplis, entendra soudain, au milieu de la nuit, un grand tumulte et une voix s'écrier : « Dieu est là, sortez à Sa rencontre ! » (Matthieu 25,6). »

Et l'auteur ajoute que ces hommes n'auront pas le temps de se repentir, bien que nous devions diverger sur ce point car la grande catastrophe sera en effet précédée de signes effrayants qui, ensemble, constitueront un appel suprême de la Miséricorde divine.

Le soleil s'obscurcira, la lune ne brillera plus et les lois du mouvement des astres sembleront suspendues. Les mers seront en proie à une grande turbulence, accompagnée de vagues gigantesques, et la terre sera secouée par des tremblements de terre, si bien que les hommes ne sauront où se réfugier. Enfin, la terre s'ouvrira et crachera un brasier infernal, tandis que dans le ciel apparaîtra une croix éclatante, annonçant la venue du Juge Souverain.

Nul ne peut dire combien de temps dureront ces signes. L'Écriture sainte affirme seulement que les hommes seront saisis de crainte, mais que certains se convertiront, comme au temps du Déluge, selon saint Pierre.

Quant aux justes, ils lèveront la tête avec confiance, et la croix resplendissante les comblera de joie. Ainsi l'Église aura accompli sa mission terrestre et le monde aura attendu qu'elle ait moissonné le dernier des élus.

(à suivre.)

Note reçue de Respice Stellam (sur telegram) :

Nous avons le plaisir de vous présenter le nouveau site Respice Stellam, entièrement remanié. Vous y trouverez les archives officielles de la « Lettre de Broadstairs » ainsi que tous les « Commentaires Eleison » en plusieurs langues, regroupés dans une base de données consultable. N’hésitez pas à le visiter pour vous familiariser avec son fonctionnement. Ce site comporte également une page dédiée aux dons en ligne destinés à soutenir la suite de l’apostolat de Mgr Williamson. Que Dieu vous bénisse.

lundi 13 avril 2026

Sermon de Mgr Michael Stobnicki pour la Vigile de la Pâques 2026

Sermon pour la Vigile de Pâques de S.E. Mgr  Michael Stobnicki - Evêque polonais de la Résistance Catholique 


Voici la traduction intégrale de ce sermon polonais en français :



+

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il


Nous nous réunissons en cette sainte nuit pour méditer le mystère de la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ. Pour méditer ce moment qui a changé le cours de l’histoire, ce moment où la mort a été vaincue, écrasée. Le vainqueur de la mort, de l'enfer et de Satan sort du tombeau comme un chef triomphant, comme celui qui nous conduit aux portes du Ciel qui ont été ouvertes.

Le Vendredi Saint, lorsque le Christ est mort sur la croix, comme l’a décrit l’apôtre saint Jean dans son Évangile, un centurion a ouvert son côté avec une lance. Il ne l’a pas transpercé ou blessé par hasard, mes chers frères, mais il l’a ouvert, car le coeur de Jésus est la porte du Ciel. En ce Vendredi Saint, alors que le Seigneur achevait son sacrifice expiatoire et payait la dette de l’ancienne faute, ces portes du Ciel se sont à nouveau ouvertes pour nous.

C'est à juste titre que saint Jean l'Évangéliste utilise ce verbe pour exprimer la réalité surnaturelle : l’ouverture des portes du Ciel. Et il ajoute que de ce coeur sont sortis du sang et de l'eau. Cela n'a pas seulement coulé, cela est sorti. À travers une porte, on sort et on entre. Par la porte ouverte du coeur de Jésus, la grâce de Dieu est sortie sur ce monde.

1) Le sang et l'eau symbolisent les sacrements de l'Église

En premier lieu, le thème principal de cette liturgie du Samedi Saint : le sacrement du baptême. Le baptême qui lave l'âme du péché originel. Le baptême qui verse la grâce de Dieu dans l'âme.

Chers fidèles, nous célébrons cette nuit bénie, la seule nuit qui fut digne de connaître l'heure de la résurrection. Cette nuit où le Christ a anéanti la mort. Cette nuit qui est étroitement liée au Vendredi Saint. On ne peut séparer le Vendredi Saint du matin de la Résurrection. On ne peut séparer la croix du Christ, sa passion et sa souffrance, de la gloire et de l'éclat de sa résurrection.

2) Le Mystère de la Chapelle d'Adam

Ceux d'entre vous qui ont eu la chance de visiter la Terre Sainte et la basilique du Saint-Sépulcre ont peut-être vu deux endroits particuliers qui expriment le mystère de cette nuit : le Calvaire et la chapelle d'Adam. Il s’avère, mes chers, que la chapelle d'Adam se trouve au pied du Calvaire, exactement sous le lieu de la crucifixion du Christ. Nous nous souvenons tous que les Évangiles indiquent qu’au moment où le Christ a expiré, il y eut un puissant tremblement de terre. Le rocher du Calvaire, sur lequel le Christ fut crucifié, s'est fendu. Cette fissure est encore visible aujourd'hui à travers plusieurs mètres de roche.

Ce tremblement de terre n'était pas un hasard. Lorsque le rocher s'est fendu, le sang qui coulait des plaies de Jésus et de la croix a coulé à travers cette fissure jusqu'au tombeau d'Adam, lavant son crâne.

Ainsi, ce lieu exprime de manière unique le mystère de la Rédemption. Notre premier père Adam, par qui la mort est entrée dans le monde, reposait précisément là où, des millénaires plus tard, la rédemption devait être accomplie. Et en ce Vendredi  Saint, le sang du Christ, le "Nouvel Adam", le Sauveur qui apporte la vie au monde, a coulé sur les restes d'Adam.

3) L'Exsultet

C'est pourquoi la Sainte Église proclame aujourd'hui dans l'Exsultet ces paroles qui nous semblent parfois impénétrables :

"Ô nuit, où le Christ, brisant les liens de la mort, est remonté victorieux des enfers. Car notre naissance ne nous aurait servi de rien, si nous n'avions pas été rachetés... Ô l'inestimable tendresse de ton amour ! Pour racheter l'esclave, tu as livré le Fils ! Ô faute d'Adam, certainement nécessaire, qui fut effacée par la mort du Christ ! Ô bienheureuse faute, qui nous a mérité un tel et si grand Rédempteur !"

Chers fidèles, nous nous penchons aujourd'hui sur le mystère de la rédemption. La Sainte Église nous fait prendre conscience de ce à quoi la passion de Jésus doit nous conduire. Qu'est-ce que la Rédemption ? La rédemption signifie pour nous une nouvelle naissance. Le Christ paie la dette de nos péchés et les lave de son propre sang, tout comme il a lavé les restes d'Adam.

4) Méditons  sur la Grâce du Baptême. 

Elle sera liée à une ferme résolution de garder et de préserver la grâce que nous avons reçue par le Saint Baptême. Une grâce insondable : ce lavage des fautes, cette libération du péché.

Prenons conscience de ce qu'est le Saint Baptême et de ce qu'il accomplit en nous. En méditant cette nuit sainte, où le Christ est descendu aux enfers pour en faire sortir les âmes des justes de l'Ancienne Alliance qui attendaient depuis des millénaires,  réalisons quelle grande grâce c'est pour nous tous d'avoir été baptisés et d'être catholiques.

Rappelons nous de la valeur du Sacrement . C'est une grâce insondable que, mes chers, nous méprisons souvent, que nous n'apprécions pas assez et que nous traitons comme quelque chose d'ordinaire. Pourtant, le sacrement du Saint Baptême n'est rien d'ordinaire, de banal ou de commun. Car dans le sacrement du Saint Baptême se produit exactement ce qui s'est passé le Vendredi Saint au Calvaire : le rocher du péché et de la servitude dans lesquels tu es né se fend. Ce rocher se brise et le sang du Christ lui-même coule sur toi. Il te lave.

Si seulement nous réalisions quelle grâce nous a touchés, nous désirerions vivre de cette grâce de Dieu, de cette grâce sanctifiante, et ne jamais la perdre. Car qui d'entre nous peut avoir la garantie qu'il aura encore l'occasion de retrouver cette grâce ?

5) Un Appel dans des Temps Difficiles

Nous vivons des temps difficiles, et des temps encore plus difficiles nous attendent. Ce Samedi Saint doit être pour nous tous une occasion, un appel à la ferme résolution de vivre par la grâce du Saint Baptême et de demeurer dans la grâce sanctifiante.

Ce n'est pas une évidence : c'est un don immense que nous avons reçu de la Très Sainte Trinité. Vivre de la grâce sanctifiante est quelque chose d'inouï : avoir en soi la vie de Dieu lui-même, devenir participant à la vie surnaturelle de la Sainte Trinité.

Persévérance et repentir

Ayons cette résolution de demeurer dans cette grâce baptismale et d'y persévérer jusqu'à la mort. Que celui qui demeure encore dans le péché s'en détache au plus vite ; que celui qui demeure dans le péché se lave au plus tôt par le "petit baptême", le sacrement de la sainte confession, et qu'il demeure dans la vigilance. Car nous ne connaissons ni le jour, ni l'heure. Cet avertissement du Seigneur Jésus devient particulièrement actuel et terrifiant, suscitant la crainte en nos temps.

6) Conclusion

En ce Samedi Saint de l'an du Seigneur 2026, je vous en prie ardemment : méditez ce qu'est la grâce du Saint Baptême. Méditez l'histoire d'Adam. Ce n'est pas un hasard si ses restes reposaient exactement à cet endroit ; c'était le plan de la Providence Divine pour nous faire comprendre ce qui s'accomplit par le baptême, le premier sacrement de la Nouvelle et Éternelle Alliance.

Cette fissure dans le rocher du Calvaire devient le témoignage de l'immense amour de Dieu et de l'action de sa Providence. Dieu réveille chacun par son inspiration à la conversion, à la rupture avec le péché et à la vie dans la grâce sanctifiante.

Ce qui est commun et quotidien finit par devenir banal, et nous cessons de l'apprécier. C'est ce qui est arrivé à notre foi catholique, au très saint sacrifice de la Messe et aux sacrements. Nos pères et nos ancêtres n'ont pas assez estimé ce grand don et cette grande grâce que Dieu a donnés à l'homme. Alors Dieu punit l'homme en lui retirant ce que celui-ci n'apprécie pas.

Puissions-nous ne pas expérimenter cette amère punition. Puisqu'il nous a été donné de connaître, par la grâce de Dieu, l'immensité de son amour et de sa foi catholique, une grande obligation nous incombe : vivre de cette foi et la professer jusqu'à la mort. Une  foi non falsifiée, non diluée ou adaptée aux besoins de l'homme moderne, fier et libéral.

Cette foi dont l'un des dogmes est : Extra Ecclesiam nulla salus — Hors de l'Église, point de salut. Celui qui ne professera pas la foi catholique et ne se lavera pas dans le sang de l'Agneau ne pourra pas entrer dans le royaume des Cieux.

Gardons cela devant les yeux et prenons aujourd'hui cette ferme résolution de vivre dans la grâce sanctifiante. Et s'il nous arrive de pécher, hâtons-nous vers le trône de la miséricorde, vers le sacrement de la confession.

"Ô bienheureuse faute, qui nous a mérité un tel et si grand Rédempteur !" Heureux l'homme qui a connu ce Rédempteur et Sauveur. Heureux l'homme qui, par ce Sauveur, a été appelé à l'Église, arche du salut, hors de laquelle il n'y a pas de salut.


Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il .



vendredi 10 avril 2026

Gustavo Corçao

Source





Par S.E. Mgr Thomas d’Aquin O.S.B.

Le 3 avril 2026

De constitution athlétique, de haute stature, environ 1,80 m, regard ferme mais plein de bonté, visage bien proportionné et agréable. D’un esprit très vif, avec des paroles pleines de grâce et d’une fine ironie qui ne blessait que les ennemis de l’Église. Avec ses amis, il était franc et direct, mais sans blesser. Intelligence étonnante. On dit qu’il était capable de jouer aux échecs avec trois adversaires en même temps, en tournant le dos à l’échiquier, gardant tous les coups en mémoire.

Il avait une gentillesse infinie envers ceux qui venaient le consulter. Il ne disait jamais non. Il interrompait son travail, ses articles ou ses livres, pour recevoir ceux qui le visitaient. Il était redouté par les communistes et les progressistes, mais il était la bonté même avec ses amis. Son honnêteté intellectuelle fut remarquable dans sa découverte des erreurs de Maritain et, par conséquent, dans la reconnaissance de ses propres erreurs en tant que disciple de Maritain.

Il écrivit Le Siècle du Néant (Le Siècle de l'Enfer, dans l'édition française) pour se rétracter de ses erreurs et proclamer hautement qu’il s’était laissé tromper par les catholiques libéraux. « Ils nous ont menti » fut le titre de l’un de ses articles à cette époque, qui s’étend approximativement de peu après la fin du Concile jusqu’à sa mort en 1978. Corção défendit admirablement la Tradition et combattit avec courage et talent les partisans des doctrines modernistes et de la théologie de la libération. Il aida d’innombrables âmes à demeurer fermes dans la vraie Foi.

mercredi 8 avril 2026

Mgr Marcel Lefebvre

 Source

Par S.E. Mgr Thomas d’Aquin O.S.B.

Le 28 mars 2026

Il existe une certaine ressemblance entre Mgr Lefebvre et Gustavo Corção. Tous deux étaient intrépides dans le combat et d’une immense bonté dans leurs rapports avec autrui. Tous deux ne refusaient jamais de recevoir ceux qui frappaient à leur porte et les écoutaient avec patience et bienveillance.

J’ai vu en Mgr Lefebvre, la première fois qu’il est venu dans notre monastère en France, une grande sérénité. Dans son sermon, il nous parla du livre de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, L’Amour de la Sagesse éternelle, et dit que cet ouvrage était très utile pour comprendre la véritable place de la dévotion à la Sainte Vierge dans l’ensemble de la vie spirituelle. Il prêchait avec une grande paix, et c’est cela qui m’a le plus impressionné. À cette occasion, il conféra les ordres mineurs à deux de nos frères. Les modernistes ne nous ont pas pardonné cette visite de Mgr Lefebvre. Notre supérieur, Dom Gérard, fut suspendu a divinis (peine qui interdit à un prêtre d’exercer les actes du pouvoir d’ordre, comme célébrer la messe, entendre les confessions et administrer les autres sacrements), et notre communauté fut exclue de l’ordre bénédictin. Comme le disait le grand écrivain français Louis Veuillot : « il n’y a rien de plus sectaire qu’un libéral ».

Je profite pour dire un mot sur les catholiques libéraux, que Pie IX considérait comme les pires ennemis de l’Église, parce qu’ils sont dans l’Église, possèdent souvent la foi, mais agissent d’une manière contraire aux principes qu’ils professent comme catholiques. Mgr Lefebvre voit dans cette psychologie des libéraux l’explication que les sédévacantistes n’acceptent pas. Un pape libéral peut avoir la foi et agir contrairement aux principes de la foi. Voilà pourquoi Pie IX les accusait d’être les pires ennemis de l’Église. Il est regrettable que les sédévacantistes n’écoutent pas Mgr Lefebvre.

Après cette première rencontre à Bédoin, en France, j’ai pu voir Mgr Lefebvre plusieurs fois dans ma vie. Mais pour donner une description rapide de sa personnalité, je ne vois rien de mieux que de citer partiellement ce que François Brigneau a écrit et que Mgr Tissier a reproduit dans son livre sur la vie de Mgr Lefebvre :


L’âge n’a pas ralenti son pas. Le peu de temps dont il dispose pour accomplir l’immense tâche qui lui a été confiée ne l’a pas davantage précipité. Monseigneur a le pas serein des hommes qui savent ce qu’ils veulent et où ils vont. Ce qui frappe en lui, c’est la bonté. Je veux dire, le rayonnement de la bonté. Son sourire est comme la chaleur d’une main. Il nous émeut. Aussitôt, il nous donne le désir de devenir meilleurs. D’être moins indulgents envers nous-mêmes, envers nos fautes et nos défauts. D’être plus dignes du respect que, devant lui, nous éprouvons. Un seul homme m’a inspiré un sentiment semblable : le maréchal Pétain. Monseigneur Lefebvre et lui partagent la même majesté naturelle, la même autorité bienveillante et la même simplicité supérieure. Ce sont de ces hommes (…) qui suscitent spontanément des dévouements pouvant aller, sans effort, jusqu’au sacrifice, parce que nous savons d’instinct, avec une conviction profonde et immédiate, qu’ils se sont sacrifiés, dès le début, à leur devoir.

Toute la page mérite d’être lue. Pétain et Mgr Lefebvre sont ce qu’ils sont parce qu’ils se sont sacrifiés : l’un pour la patrie, l’autre pour Dieu.

C’est pourquoi nous aimons et suivons ce grand évêque que beaucoup ignorent ou, le connaissant, ne suivent pas ses enseignements. Puissions-nous, au moins, savoir tirer tout le profit du trésor que Dieu nous a donné en sa personne.