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mercredi 20 décembre 2017

Entretien avec M.l'abbé Paul Morgan

Un intéressant entretien avec M. l'abbé Paul Morgan vient de paraître.  Nous recommandons vivement l'écoute (ou la lecture) de cet entretien qui fera grand bien chez les prêtres et les fidèles qui hésitent encore à quitter le Titanic.




Entretien avec l’abbé Paul Morgan, ancien supérieur du district de Grande-Bretagne de la FSSPX – 7 décembre 2017 

Source : MPI

Le style parlé de la vidéo a été légèrement amélioré.

Présentation

Je suis l’abbé Paul Morgan, ordonné par Mgr Lefebvre à Ecône, en 1988. Après cela, j’ai été 4 ans dans la maison du district à Londres, comme assistant. Suivant cela, j’ai été le 1er supérieur de la Fraternité Saint-Pie X dans les Philippines pendant 4 ans, jusqu’à 1996. Puis 2 ans comme directeur d’école à St Mary’s School en Angleterre et puis 5 ans en tant que prieur à Postfalls dans l’Idaho aux Etats-Unis. Et puis 12 ans comme supérieur de district de la Grande-Bretagne, de l’Irlande et la Scandinavie, jusqu’en 2015. Puis année sabbatique à Montgardin, que j’avais demandée. Et puis 2016-2017, prieur à Vancouver au Canada.

MCI : Quelles est votre situation actuelle ?

Abbé Morgan : Maintenant je me trouve en dehors de la Fraternité, puisque j’ai donné ma démission le 9 août de cette année [2017] à cause de l’affaire des mariages.

Pourquoi l’affaire des mariages vous a poussé à la démission ?


mardi 10 mai 2016

Entretien de Monseigneur Fellay avec "Conflict Zone" - Cinquième et dernière partie

Note du traducteur: l'anglais de Monseigneur Fellay étant souvent maladroit, nous avons voulu conserver ce style maladroit dans la traduction de ses propos.

La partie IV est disponible ICI

Partie V : L’homosexualité, le féminisme et la liberté religieuse

CZ : Je voudrais vous parler, si je le peux, de votre attitude envers l’homosexualité. Pourquoi vitupérez-vous contre les gens qui sont attirés par leur sexe ?

MF : Nous distinguons deux choses. D’abord, nous sommes obligés, en tant que catholiques, de représenter l’enseignement de l’Eglise sur ce point, et nous pas ce que nous pensons, mais ce que l’Eglise enseigne à travers les siècles, et nous parlons la de morale, qui ne change pas.
Nous distinguons deux choses, qu’il est très important de distinguer.
La première c’est, disons, que chaque personne qui née dans ce monde vient au monde avec une terrible marque, un terrible héritage, qui est le péché originel. Tout le monde, tous les hommes.

CZ : Est-ce pour cela que vous dites que les droits de l’homme ne sont pas absolus ?

MF : Euh, non, c’est parce que les droits de Dieu viennent avant les droits de l’homme. Dans ce sens, disons. Mais les deux coïncident.
Mais disons que tout le monde vient au monde avec des tendances mauvaises. Et il peut y avoir des gens qui viennent au monde avec de mauvaises tendances contre nature. Ok, ils les ont, ils ne sont pas mauvais pour cela. Mais ils doivent faire ce qu’ils peuvent pour les combattre, devenir des martyrs, pour ainsi dire.

CZ : D’accord. Mais vous avez dit en 2010, « le problème de l’Eglise n’est pas le célibat mais l’homosexualité. Si l’on veut éviter les abus l’on doit éloigner les homosexuels de la prêtrise ».

MF : Et je maintiens toujours cela.

CZ : Mais vous confondez deux choses, parce l’abus est fait par des pédophiles, ce qui est un crime, et l’homosexualité est une orientation sexuelle.

MF : Je suis d’accord que nous avons besoin de distinguer, et plusieurs fois malheureusement cette distinction n’est pas faite entre…

CZ : Mais vous n’avez pas fait cette distinction, n’est-ce-pas ?

MF : Et bien avec le temps on devient plus précis, mais il y a eu un temps où nous avons dit, ou si quelqu’un disait « homosexuel », il voulait dire les actes, pas seulement la tendance. On doit distinguer entre les actes homosexuels et l'homosexualité. On doit distinguer et dire des « actes homosexuels », des « actes pédophiles », bien sûr, je fais la distinction entre les deux.

CZ : Mais comment l’Eglise catholique, Evêque, peut-elle prêcher des principes sur la sexualité alors que ses membres ont caché leurs propres crimes et délits dans ce domaine pendant si longtemps ? D’où tient-elle l’autorité morale pour faire cela ??

MF: Distinguons de nouveau. La loi de l'Eglise a toujours été très claire. Vous avez cité la loi canonique, vous pouvez voir que dans la loi canonique, la pédophilie, pas seulement l'homosexualité mais aussi la pédophilie ont toujours été très fortement condamnées.

CZ: Mais il y en a eu, il y en a eu, et il y en a eu pendant des années.

MF: Oui, ces gens-là n'ont pas respecté la loi de l'Eglise. Ils ont été infidèles à la loi qu'ils étaient tenus de suivre.

CZ: Avez-vous honte de cela?

MF: Oui, je ne suis vraiment pas content de cela.

CZ: Vous baissez la tête de honte?

MF: Oh oui!

CZ: Et qu'en est-il de l’égalité, Monseigneur Fellay?

MF: Que voulez-vous dire?

CZ: L’égalité entre les hommes et les femmes par exemple... Pie X avait des vues très particuliers sur l’égalité, n'est-ce pas...

MF: Oui...

CZ: …entre les hommes et les femmes. Il ne pensait pas qu'ils étaient égaux, n'est-ce pas ?

MF: Euh, c’est faux, faux.

CZ (citant Saint Pie X): "Les femmes ne peuvent jamais être les égales des hommes », a-t-il dit, « et donc elles ne peuvent pas bénéficier de droits égaux (aux hommes). Peu de femmes désireraient jamais légiférer, et celles qui le voudraient seraient classées comme excentriques"....

MF: Oui... il faut distinguer certaines choses quand vous parlez de droits.

CZ: Mais vous êtes d'accord avec cela?!

MF: Faisons de nouveau une distinction. Je pense que beaucoup de choses peuvent être expliquées si l’on fait des distinctions. Et sur cette question disons des femmes et des hommes, il est clair qu'un homme n'est pas une femme et qu'une femme n'est pas un homme donc...

CZ (interrompant) : Ce n'est pas ce qu'il [St Pie X] essayait de dire...

MF: Chaque [sexe] a des capacités ou des qualités qui les rendent meilleurs pour certaines tâches, certaines actions...

CZ: Donc vous êtes d'accord avec ce qu'il disait?

MF: Je vous explique ce qu'il voulait dire!

CZ: Il disait "peu de femmes désireraient légiférer"! Les parlements du monde entier sont pleins de femmes qui légifèrent!

MF: De nos jours oui...

CZ: Donc vous ne pouvez pas être d'accord avec cette affirmation, n'est-ce pas? Vous ne pouvez pas continuer à l'approuver, c'est démodé n'est-ce pas? C'est dépassé!

MF: C'est ce qu'il voulait dire qui est important. Il [Saint Pie X] a fait une application pour ce temps-là, mais le sens fondamental de cette distinction entre les hommes et les femmes. En tant qu'humains ils sont absolument égaux ; le sens fondamental de cette distinction entre les hommes et les femmes est qu'en temps qu'êtres humains ils sont absolument égaux, je le maintiens. Et Saint Pie X aurait dit la même chose, en temps qu’êtres humains...

CZ (interrompant): Mais il ne l'a pas fait. Le fait est qu'il n'a pas dit cela.

MF: ...en temps qu'êtres humains ils ont exactement les mêmes droits.

CZ: mais ce que je veux dire, c'est que ces affirmations et ces attitudes auxquelles vous restés attachés en tant qu'elles font partie du traditionalisme, elles ont besoin d'être mises à jour, n'est-ce pas?

MF: Sur certains points, oui.

CZ: Et pourtant vous êtes antimodernistes, vous avez dit « nous écrirons notre credo dans notre sang et nous signerons le serment antimoderniste »!!!

MF: Mais qu'est-ce que l’anti-modernisme? C'est dirigé vers une erreur...

CZ (Interrompant): C'est choisir ce que vous voulez ou non observer.

MF: Le modernisme est une erreur religieuse! C'est une erreur religieuse qui n'a rien à voir avec le monde moderne. Nous prenons l'avion, nous utilisons des ordinateurs, nous avons des smart phones, si c'est cela le modernisme, alors pas de problème!

CZ: Le modernisme c'est aussi parler avec les autres religions, et vous n'aimez pas cela.

MF: Mais si, mais si bien sûr! Nous le faisons! Nous le faisons tout le temps! Mais si! Mais en sec... discrètement... Nous avons, j'ai des amis juifs, pas de problème!

CZ: Cela a pris presque 50 ans pour que le Vatican reconnaisse l'état d'Israël!

MF: Oui, cela est normal, cela ne me dérange pas.

CZ: Evêque, vous parlez beaucoup de péché, et d'hérésie, quels sont vos péchés?

MF: Mes péchés? ………. Je parle probablement un peu trop, je dirais.

CZ: Parler trop?

MF: Oui………………………………………………………….…………………….. Je donne l'impression d'être trop sûr de moi…………..………………… Peut-être que je reste trop seul, je ne suis pas assez avec les autres, oui....... il faut que je m'améliore, c'est sûr!

CZ: Monseigneur Fellay, ce fut bon de vous avoir sur Conflict Zone, merci beaucoup.

MF: Je vous en prie.

Tableau en version originale de Mr l'Abbé Chazal (traduction de la rédaction)

vendredi 1 avril 2016

Entretien de Monseigneur Fellay avec "Conflict Zone" - Quatrième partie

Note du traducteur: l'anglais de Monseigneur Fellay étant souvent maladroit, nous avons voulu conserver ce style maladroit dans la traduction de ses propos.



Partie IV : Le pape François et vérité vs charité

CZ : Le pape François, qu’avez-vous contre lui, pour dire qu’il est un tel ‘désastre’ ? Est-ce qu’il dit, que l’Eglise est obsédée par l’avortement, le mariage gay et la contraception ? Est-ce cela que vous n’aimez pas chez lui?
MF : Ce n’est pas une question de ne pas aimer. Il a charge du gouvernement de l’Eglise. Il a la charge de faire faire à l’Eglise son devoir, et le devoir de l’Eglise est de sauver les hommes ; c’est le principal devoir de l’Eglise, d’amener les âmes au ciel. Et de rappeler au monde les commandements de Dieu, parce que l’Eglise est la voix de Dieu. Et lorsqu’il fait cela, et il le fait beaucoup et souvent, je suis très content.
CZ : Il a reproché à l’Eglise de faire passer le dogme avant l’amour, et de mettre en priorité les doctrines morales au lieu de servir les pauvres et les marginalisés. N’est-ce pas ce que vous faites-vous ?
MF : Non !
CZ : Vous ne mettez pas le dogme avant l’amour ?
MF : Non ! Les deux vont ensemble ! Il n’est pas bien de les mettre en contradiction ! Ils vont ensemble. La vérité sans l’amour ne fait rien. Mais l’amour sans la vérité n’est pas bon non plus. Il faut les deux. On a besoin du dogme et de l’amour.
 CZ : Et que passez-vous votre temps à faire ? Vous parlez de doctrine à l’intérieur de l’Eglise, de la messe en Latin, des maux de Vatican II, mais vous semblez ignorer que dans 100 pays à travers le monde les chrétiens sont persécutés tous les jours.
MF : Oh, mais nous souffrons avec eux !
CZ : Vous souffrez avec eux, mais nous ne dites jamais rien à leur propos !
MF : Si si.
CZ : Quand ?
MF : Vous pouvez regarder, depuis le début.
CZ : J’ai regardé, et je n’ai rien trouvé.
MF : Nous avons parlé des persécutions des communistes contre les chrétiens ; Les persécutions contre les chrétiens ne datent pas d’hier.
CZ : Mais ils souffrent plus en ce moment que jamais dans l’histoire moderne.  Regardez les rapports.
MF : Maintenant les choses sont très dures, oui.
CZ : 102 pays !
MF : C’est énorme, oui.
CZ : Et par quoi pensez-vous que Dieu soit le plus concerné ? La messe en Latin ou les persécutions des Chrétiens ? Par quoi pensez-vous qu’il soit le plus concerné ?
MF : Il a est concerné par tout.
CZ : Est-ce du dogme ou de l’amour ? Selon le Pape François ?
MF : Vous opposez deux choses qui ne peuvent pas être opposées, donc je refuse d’entrer dans ce genre de raisonnement antagoniste. Ce n’est absolument pas ma position. Comme je l’ai dit, Dieu est le Dieu de la Vérité mais aussi le Dieu de l’amour. Cela va si loin que Saint Jean a dit « Celui qui aime Dieu Le connait ». Donc Dieu est charité.

mercredi 23 mars 2016

Entretien de Mgr Tissier de Mallerais pour la Porte Latine

Source: La Porte Latine

A l'occasion du vingt-cinquième anniversaire du Dies natalis de Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la FSSPX,Mgr Bernard Tissier de Mallerais, évêque auxiliaire de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, a bien voulu répondre aux questions que nous lui avons posées.

Mgr Tissier de Mallerais, vous êtes l’un des premiers parmi nous à avoir connu et suivi Monseigneur Lefebvre. De plus, vous êtes son biographe. Que vous évoque Monseigneur Lefebvre 25 ans après sa mort ? Quel fut son grand « mot d’ordre » ?
Mgr Tissier de Mallerais -  Le nom de Monseigneur Lefebvre évoque à ma mémoire l’homme doux et humble de cœur et à la fois le prélat fort et violent, de cette violence dont le Seigneur dit que ceux qui l’ont s’emparent du Royaume des cieux. Son mot d’ordre fut sans nul doute sa devise épiscopale « Credidimus caritati » : « Nous avons cru en l’amour. » Il voulait dire avec saint Jean : « Nous avons reconnu l’amour de Dieu pour nous et nous y avons cru » (1 Jn 4, 16), ou encore avec l’‘Adeste Fideles’ de Noël. « Sic nos amantem, quis non redamaret ! » ce qui signifie : « Celui qui nous a tant aimés, qui ne l’aimerait de retour ? »
Toute sa vie a donc été une question de donner ou de rendre à Dieu amour pour amour : depuis sa vocation sacerdotale à 17 ans jusqu’à sa mort comme excommunié. Le cardinal Oddi, qui le connaissait, disait de lui : « Il a trop aimé l’Eglise ! », c’est-à-dire : il a poussé l’amour de l’Eglise et de Notre Seigneur à l’extrême en s’exposant aux censures ecclésiastiques les plus graves, suspense et excommunication, pour sauver le sacerdoce et la permanence du saint sacrifice de la messe dans l’Eglise. Il a suivi son divin Maître : « Propter nimiam caritatem qua dilexit nos Deus… » : « A cause de la charité excessive par laquelle il nous a aimés, Dieu… » (Antienne des Vêpres du 1er janvier).

Pouvez-vous nous rappeler l’héritage qu’il a reçu, jeune séminariste à Rome ?

mardi 22 mars 2016

Interview de Mgr Felly a DICI: Où en sont les rapports de la Fraternité Saint-Pie X avec Rome ?

Source: DICI 

1 – Les rapports de la Fraternité Saint-Pie X avec Rome depuis l’an 2000 

Les rapports avec Rome – en fait – sont constants, mais le mot n’est pas tout à fait juste… dans le sens où ils n’ont jamais été interrompus, ils n’ont surtout jamais été rompus, bien qu’à une fréquence variable, une intensité variable aussi… On peut dire que, depuis l’an 2000, il y a des contacts avec Rome. C’est Rome qui a demandé ces contacts, avec l’intention d’arriver à régulariser la situation de la Fraternité. Il y a eu des hauts et des bas, comme je dis, mais à partir du cardinal Castrillon Hoyos, en l’an 2000, ces contacts – pour un temps – ont été assez soutenus. Après qu’on a bien établi nos fameux préalables[2], il y a eu un temps… je ne veux pas dire suspendu, mais presque. En 2005, il y a eu un contact. Et après 2009, c’est-à-dire au moment du retrait, – ce que nous appelons le retrait des excommunications, disons : la correction de ce décret d’excommunication -, il y a eu des relations plus suivies, surtout avec les discussions doctrinales, qui étaient demandées des deux côtés, et qui ont duré deux ans environ[3]. Ensuite il y a eu de nouveau, on pourrait dire une nouvelle phase, cette fois-ci autour d’une proposition de solution, qui était double : il y avait une déclaration doctrinale, et il y avait une solution canonique. Cela a duré à peu près une année, et cela n’a pas abouti.

Ensuite, pendant deux ans, ces relations ont été espacées, pour recommencer – je pense qu’on peut le dire – avec le retour de Mgr Pozzo à Ecclesia Dei. Sous Mgr Di Noia il y a eu des contacts, c’est vrai, mais sous Mgr Pozzo il y a eu une nouvelle phase, double cette fois encore. D’une part, des discussions qui ont repris, discussions doctrinales, sous une forme plus souple, donc pas tout à fait officielle, mais plus qu’officieuse puisque ce sont des évêques qui ont été envoyés par Rome. Ces discussions continuent. J’estime que cela en vaut la peine. Et en même temps, à un autre niveau, un peu en parallèle, il y a eu au mois de juillet dernier une nouvelle proposition, une invitation à réfléchir pour voir comment nous pourrions arriver à cette régularisation canonique. Et là aussi, ces discussions, ces réflexions font leur chemin. Il n’y a pas de précipitation, c’est certain. Est-ce qu’on avance vraiment ? Je pense que oui. Je pense que oui, mais c’est très certainement lent.

2- Les nouvelles propositions romaines étudiées par les supérieurs majeurs de la Fraternité Saint-Pie X

Nous avons voulu impliquer un grand nombre de confrères, dont les supérieurs d’abord, dans la réflexion sur les nouvelles propositions romaines. Je pense que c’est important. Nous avons retenu certaines leçons de l’année 2012 qui avait causé des frictions à l’intérieur de la Fraternité. Je pense que l’une des raisons était un manque de communication. C’était une période un peu difficile. Donc cette fois-ci nous avons choisi un autre chemin pour aborder ces questions qui demandent beaucoup de réflexion.

Quand on voit la situation de Rome, de l’Eglise, évidemment on n’est pas incité à faire quelque chose. L’invitation de Rome arrive de façon compréhensible puisque nous posons problème à l’Eglise. Quand on voit tous les efforts en faveur de l’œcuménisme – pour Dieu sait quelle unité ! -, et quand on voit comment dans l’Eglise nous sommes traités, évidemment nous posons problème. Nous sommes même une grosse épine dans tout le système œcuménique actuel. Rien que cela pourrait déjà expliquer (la démarche romaine). Je pense qu’il n’y a pas que cela mais, en tout cas – sans considérer directement quels sont les motifs -, il y a un mouvement de Rome qui essaye de régler ce problème.

D’autre part, nous constatons la situation dramatique de l’Eglise, où il n’y a vraiment pas grand chose qui nous invite à aller de l’avant. Donc, il faut une réflexion approfondie, et cela ne se fait pas tout seul. Il y a besoin de plusieurs yeux pour bien observer, réfléchir sur tous les tenants et aboutissants de ces questions. C’est pourquoi nous avons voulu demander à tous les supérieurs leurs réflexions sur cette matière.

3- « Etre acceptés tels que nous sommes », sans ambigüités ni compromis

Il faut absolument éviter toute compromission, ‘compromission’ dans deux sens. Dans le sens du compromis où chacun cède quelque chose pour se garantir autre chose. Cela, depuis le début, je l’avais dit à Rome : ‘je ne veux pas d’ambiguïtés. Si vous voulez arriver à un consensus sur un texte que chaque partie comprend d’une manière différente, c’est préparer un chaos, peu de temps après’. Donc il faut absolument éviter cela. Il est presque évident, au départ, que dans la situation actuelle, vu les divergences, le texte aura cette tendance à l’ambigüité. Et nous n’en voulons pas.

Evidemment cela nous rend rigides, si l’on peut dire. En tout cas assez rigides, ce qui rend la chose plus difficile, mais il n’y a pas pour nous de solution facile. On peut dire : ‘oui, en théorie, c’est la solution de la vérité, mais il faut que la vérité soit pleine et entière’.

C’est la première approche que j’ai tenu à avoir avec Rome. Déjà du premier texte, j’ai dit : ‘il est ambigu, cela ne marchera pas, nous n’en voulons pas !’ C’était le premier texte, en 2011. Cette fois-ci, il me semble que c’est beaucoup mieux. Il y a vraiment un grand progrès de ce côté-là, contre l’ambigüité. Cela ne veut pas dire que toute ambigüité soit levée…

A côté de la question de la clarté du texte, il y a une autre question beaucoup plus profonde, beaucoup plus importante, et c’est celle-ci : quelle amplitude, quelle liberté, nous serait donnée ou nous sera donnée, dans le cas d’une régularisation ? Et, dans ce cadre, je suis parti d’une phrase, et de l’exigence pratique de Mgr Lefebvre qui la considérait comme une condition sine qua non d’une régularisation, à savoir précisément que nous soyons acceptés tels que nous sommes.

Aussi j’ai tenu à leur dire (à Rome) : ‘si vous nous voulez, nous sommes ainsi, il faut que vous nous connaissiez, que vous ne nous disiez pas ensuite que nous vous avons caché quelque chose. Nous sommes ainsi et c’est comme cela que nous resterons.’ Nous resterons comme nous sommes, pourquoi ? Ce n’est pas une volonté propre, ce n’est pas que nous pensions que nous sommes les meilleurs, c’est l’Eglise qui a enseigné ces choses, qui a exigé ces choses, il n’y a pas seulement la foi, il y a aussi toute une discipline qui est en parfait accord avec cette foi, et c’est cela qui a fait le trésor de l’Eglise, qui a fait les saints dans le passé, et cela, nous ne sommes pas prêts à le lâcher. J’ai beaucoup insisté auprès de Rome pour dire, en donnant même des exemples concrets : ‘voilà ce que nous sommes, voilà ce que nous pensons’, et si Rome estime que ces pensées, que cette attitude doivent être rectifiées, doivent être changées, alors il faut qu’ils nous le disent maintenant. Tout en leur précisant que, dans ce cas-là, nous n’irons pas plus loin.

4- Le pape et la Fraternité Saint-Pie X : une bienveillance paradoxale 

Il faut ici utiliser le mot ‘paradoxal’, le paradoxe d’une volonté d’avancer vers on peut presque dire ‘Vatican III’, dans le pire sens qu’on puisse donner à cette expression, et d’autre part la volonté de dire à la Fraternité : ‘vous êtes les bienvenus’. C’est vraiment un paradoxe, presqu’une volonté d’associer les contraires. Je ne crois pas que ce soit par œcuménisme. Certains pourraient le penser. Pourquoi je ne pense pas que ce soit par œcuménisme ? Parce qu’il suffit de regarder l’attitude générale des évêques sur ce sujet de l’œcuménisme, ils ont les bras grands ouverts pour tout le monde, sauf pour nous ! Très souvent on nous a expliqué pourquoi nous étions ostracisés, en disant : ‘vous on ne vous traite pas comme les autres parce que vous prétendez être catholiques. Or, avec cela vous créez la confusion chez nous, donc on ne vous veut pas’. Nous avons entendu plusieurs fois cette explication qui exclut l’œcuménisme. Alors ! si cette disposition qui consiste à dire : ‘on accepte tout le monde dans la maison’, ne vaut pas pour nous, qu’est-ce qu’il reste ? Je pense qu’il reste le pape.

Si d’abord Benoît XVI, et maintenant le pape François n’avaient pas un regard particulier sur la Fraternité, différent de cette perspective œcuménique que je viens d’évoquer, je pense qu’il n’y aurait rien. Et même plutôt qu’on serait déjà de nouveau sous le coup des peines, des censures, de l’excommunication, de la déclaration de schisme, et toute cette volonté d’éliminer un groupe gênant. Alors pourquoi Benoît XVI, pourquoi maintenant le pape François sont-ils tellement bienveillants envers la Fraternité ? Je pense que l’un et l’autre n’ont pas nécessairement la même perspective. Chez Benoît XVI, je crois que c’était son côté conservateur, son amour pour l’ancienne liturgie, son respect pour la discipline antérieure dans l’Eglise. J’ai pu constater que beaucoup, je dis bien beaucoup de prêtres, et même de groupements qui avaient des problèmes avec les modernistes dans l’Eglise, et qui avaient fait recours à lui lorsqu’il était encore cardinal, ont trouvé chez lui – d’abord comme cardinal, ensuite comme pape -, un regard bienveillant, une volonté de protection, de les aider au moins autant qu’il pouvait.
Chez le pape François on ne voit pas cet attachement ni à la liturgie, ni à la discipline ancienne, on pourrait même dire : bien au contraire, avec beaucoup d’affirmations contraires, c’est ce qui rend encore plus difficile, plus compliquée la compréhension de cette bienveillance. Et cependant je pense qu’il y a quand même plusieurs explications possibles, mais j’avoue que je n’ai pas le dernier mot. Une des explications est la perspective du pape François sur tout ce qui est marginalisé, ce qu’il appelle les « périphéries existentielles ». Je ne serais pas étonné qu’il nous considère comme une de ces périphéries auxquelles il donne manifestement sa préférence. Et dans cette perspective-là, il emploie l’expression « faire un cheminement » avec les gens en périphérie, en espérant qu’on arrivera à améliorer les choses. Donc ce n’est pas une volonté arrêtée d’aboutir immédiatement : un cheminement, cela va où ça va…, mais enfin on est assez paisible, gentil, sans trop savoir ce qui pourrait aboutir. Probablement que c’est une des raisons les plus profondes.

Une autre : on voit aussi chez le pape François une accusation assez constante contre l’Eglise établie, le mot anglais est establishment, – cela se dit aussi de temps en temps en français -, qui est un reproche fait à l’Eglise d’être auto-satisfaite, satisfaite d’elle-même, une Eglise qui ne cherche plus la brebis égarée, celle qui est dans la peine, à tous les niveaux, que ce soit d’un côté la pauvreté, même physique… Mais on voit chez le pape François que ce souci n’est pas seulement, malgré les apparences criantes, un souci matériel… On voit très bien que chez lui, lorsqu’il dit ‘pauvreté’, il inclut aussi la pauvreté spirituelle, la pauvreté des âmes qui sont dans le péché, qu’il faudrait en sortir, qu’il faudrait reconduire vers le Bon Dieu. Même si ce n’est pas toujours exprimé de manière assez claire, on trouve un certain nombre d’expressions qui l’indiquent. Et dans cette perspective-là, il voit dans la Fraternité une société très active, – surtout quand on la compare à la situation de l’establishment -, très active c’est-à-dire qui cherche, qui va chercher les âmes, qui a ce souci du bien spirituel des âmes, et qui est prête à se retrousser les manches pour cela.

Il connaît Mgr Lefebvre, il a lu deux fois la biographie écrite par Mgr Tissier de Mallerais, ce qui montre, sans aucun doute, un intérêt ; et je pense que cela lui a plu. De même que les contacts qu’il a pu avoir en Argentine avec nos confrères, chez qui il a vu une spontanéité, et aussi une franchise, car on n’a absolument rien caché. Bien sûr, on essayait d’obtenir quelque chose pour l’Argentine où nous étions en difficulté avec l’Etat en ce qui concerne les permis de séjour, mais on n’a rien caché, on n’a pas essayé de biaiser, et je pense que cela lui plaît. C’est peut-être plutôt le côté humain de la Fraternité, mais on voit que le pape est très humain, il donne beaucoup de poids à ce regard-là, et cela peut expliquer, cela pourrait expliquer une certaine bienveillance. Encore une fois je n’ai pas le dernier mot sur cette question, et certainement que derrière tout cela il y a la Divine Providence. La Divine Providence qui se débrouille pour mettre de bonnes pensées chez un pape qui, sur beaucoup de points, nous effraye énormément, et pas seulement nous, on peut dire que tout ce qui est plus ou moins conservateur dans l’Eglise est effaré par ce qui se passe, par ce qui se dit, et néanmoins la Divine Providence se débrouille pour nous faire passer à travers ces écueils, d’une manière très surprenante. Très surprenante, car il est très clair que le pape François veut nous laisser vivre et survivre. Il a même dit à qui veut l’entendre que jamais il ne ferait de mal à la Fraternité. Il a aussi dit que nous étions catholiques. Il a refusé de nous condamner pour schisme, en disant : ‘ils ne sont pas schismatiques, ils sont catholiques’, même si après il a utilisé une parole un peu énigmatique, à savoir que nous sommes en cheminement vers la pleine communion. Ce terme ‘pleine communion’, on aimerait bien une fois en avoir une définition claire, parce qu’on voit qu’elle ne correspond à rien de précis. C’est un sentiment…, c’est on ne sait pas trop quoi. Même tout récemment, dans une interview donnée par Mgr Pozzo sur nous, il reprend une citation qu’il attribue au pape lui-même – on peut donc la prendre comme une position officielle -, le pape qui a confirmé à Ecclesia Dei que nous étions catholiques en cheminement vers la pleine communion[4]. Et Mgr Pozzo de préciser comment cette pleine communion peut se réaliser : par l’acceptation de la forme canonique, ce qui est assez étonnant, une forme canonique résoudrait tous les problèmes de communion !

Un peu plus loin, dans la même interview, il dira que cette pleine communion consiste à accepter les grands principes catholiques[5], c’est-à-dire les trois niveaux d’unité dans l’Eglise, qui sont la foi, les sacrements et le gouvernement. Et en parlant de la foi, il parle ici plutôt du magistère. Mais nous n’avons jamais remis en cause aucun de ces trois éléments. Et donc nous n’avons jamais mis en cause notre pleine communion, mais l’adjectif ‘pleine’ nous le balayons, en disant tout simplement : ‘nous sommes en communion selon le terme classique utilisé dans l’Eglise ; nous sommes catholiques ; si nous sommes catholiques nous sommes en communion, parce que la rupture de communion c’est le schisme précisément.’

5- La juridiction accordée aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X : conséquences canoniques

Si l’on considère le droit de l’Eglise, ne peut être sujet d’un pouvoir ordinaire de juridiction dans l’Eglise que celui qui est parfaitement en règle. Donc celui qui n’est pas sous le coup d’une censure. Rome a toujours dit et maintenu que nos prêtres étaient sous la censure de la suspense, parce qu’ils ne sont pas incardinés. Nous disons bien sûr qu’ils sont incardinés dans la Fraternité, injustement ou invalidement supprimée à l’époque par le non-respect des propres lois de l’Eglise, mais néanmoins Rome a maintenu et maintient jusqu’à aujourd’hui qu’il y aurait une suspense sur nos prêtres. La suspense, qu’est-ce que cela veut dire ? C’est précisément l’interdiction pour le prêtre d’exercer son ministère, qu’il s’agisse de la Messe, qu’il s’agisse des autres sacrements, dont la confession. Et donc accorder une juridiction ordinaire pour confesser[6], non pas d’une manière exceptionnelle, comme ce serait par exemple le cas pour un danger de mort. L’Eglise, en effet, prévoit ces cas : si quelqu’un est en danger de mort, s’il est en train de mourir sur la route, tout prêtre, peu importe son état, même excommunié, même un orthodoxe qui n’est même pas catholique, mais qui est validement prêtre, peut à ce moment-là non seulement validement mais licitement, entendre cette confession et donner l’absolution. Ce sont des cas exceptionnels. Ce n’est pas un pouvoir ordinaire. Ici nous parlons d’un pouvoir ordinaire. Pour pouvoir bénéficier et exercer un pouvoir ordinaire de juridiction il faut, encore une fois, être libéré de toute censure. Du moment que le pape déclare qu’il nous donne ce pouvoir ordinaire, il implique par là-même l’effacement, la suppression de la censure. C’est le seul moyen de comprendre selon le droit, – pas seulement selon la lettre de tel ou tel canon, mais selon l’esprit du droit de l’Eglise -, cette disposition.

6 – Les visites de prélats envoyés par Rome : des questions doctrinales ouvertes ?
Ces visites ont été très intéressantes. Evidemment, par un certain nombre de personnes chez nous, elles ont été perçues avec passablement de méfiance : ‘que viennent faire ces évêques chez nous ?’ Eh bien ! ce n’était pas ma perspective. L’invitation est venue de Rome, peut-être suite à une idée que je leur avais donnée, et qui était celle-ci : ‘vous ne nous connaissez pas ; nous discutons ici dans un bureau à Rome, venez nous voir sur place ; vous ne nous connaîtrez vraiment que si vous nous voyez’. Ce n’est pas une déclaration – qu’elle soit fracassante ou non sur Internet – ni un communiqué qui peuvent nous faire connaître tels que nous sommes ; parce que, la plupart du temps, dans ces communiqués nous sommes obligés de prendre position, et même éventuellement de condamner l’une ou l’autre phrase, ou tel acte posé dans l’Eglise d’aujourd’hui, mais notre vie de catholiques ne se résume pas qu’à cela. Et même on peut dire que l’essentiel est ailleurs. L’essentiel est dans la volonté de vivre notre catholicisme en suivant les commandements de Dieu, en veillant à nous sanctifier, en évitant le péché, pour vivre selon toute la discipline de l’Eglise. Nos écoles, nos séminaires, nos prêtres, notre vie sacerdotale, tout cela forme un ensemble qui est la réalité, la réalité vraie de notre Fraternité.

Donc j’ai beaucoup insisté, j’ai dit plusieurs fois : ‘venez donc nous voir’. Ils n’ont jamais voulu. Puis, tout d’un coup, il y a eu cette proposition d’envoyer des évêques pour nous rencontrer. Et, quelle que soit l’idée première poursuivie par Rome, pour ma part j’ai convenu que c’était une bonne idée. Pourquoi ? Parce qu’ainsi, effectivement, ils nous verraient comme nous sommes. C’était vraiment le mot d’ordre que j’ai donné partout où ils venaient : ‘nous ne changeons rien, nous ne cherchons pas à embellir les choses, nous sommes comme nous sommes, et qu’ils nous voient tels quels !’ Et, de fait, un cardinal, un archevêque et deux évêques sont venus nous voir, nous visiter, dans des circonstances différentes, il y a eu des séminaires, il y a eu aussi un prieuré. Les premières impressions, les remarques faites pendant ces discussions, pendant ces rencontres et après, sont très intéressantes. Et je pense qu’elles confirment que j’ai eu raison d’appuyer cette invitation romaine.

La première chose qu’ils nous ont dite, tous – est-ce que c’était un mot d’ordre ou leur sentiment particulier ? Je n’en sais rien, mais c’est un fait -, tous ont dit : ‘ces discussions se passent entre catholiques ; cela n’a rien à voir avec des discussions œcuméniques ; nous sommes entre catholiques’. Donc, au départ, on balaye toutes ces idées comme : ‘vous n’êtes pas complètement dans l’Eglise, vous êtes à moitié, vous êtes dehors – Dieu sait où ! -, schismatiques…’ Non ! Nous discutons entre catholiques. C’est le premier point qui est très intéressant, très important. Malgré ce qui, dans certaines instances, se dit encore à Rome aujourd’hui.

Le deuxième point – je pense encore plus important -, est que les questions abordées dans ces discussions sont les questions classiques sur lesquelles on achoppe. Qu’il s’agisse de la liberté religieuse, de la collégialité, de l’œcuménisme, de la nouvelle Messe, ou même des nouveaux rites des sacrements… Eh bien ! tous nous ont dit que ces discussions avaient pour objet des questions ouvertes. Je pense que c’est une réflexion capitale. Jusqu’ici on a toujours insisté pour dire : vous devez accepter le Concile. Il est difficile de donner exactement la portée réelle de cette expression « accepter le Concile ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Parce que, c’est un fait que les documents du Concile sont totalement inégaux, et que leur acceptation se fait selon un critère gradué, selon un barème d’obligation. Si un texte est un texte de foi il y a une obligation pure et simple. Mais ceux qui, d’une manière totalement erronée, prétendent que ce concile est infaillible, ceux-là obligent à une soumission totale à tout le Concile. Alors si « accepter le Concile » veut dire cela, nous disons que nous n’acceptons pas le Concile. Parce que, précisément, nous nions sa valeur infaillible. S’il y a certains passages du Concile qui répètent ce que l’Eglise a dit autrefois, et d’une manière infaillible, il est évident que ces passages sont et restent infaillibles. Et nous l’acceptons, il n’y a aucun problème. C’est pourquoi lorsqu’on dit « accepter le Concile », il faut bien distinguer ce que l’on entend par là. Néanmoins, même avec cette distinction, jusqu’ici on a senti de la part de Rome une insistance : ‘vous devez accepter ces points ; cela fait partie de l’enseignement de l’Eglise, et donc vous devez les accepter’. Et on voit – pas seulement à Rome, mais chez la grande majorité des évêques -, cette attitude jusqu’à aujourd’hui, ce grand reproche qui nous est fait : ‘vous n’acceptez pas le Concile’.

Et voilà que tout d’un coup, sur ces points qui sont les points d’achoppement, les envoyés de Rome nous disent que ce sont des questions ouvertes. Une question ouverte est une question dont on peut discuter. Et cette obligation d’adhésion est fortement et même peut-être totalement atténuée ou même enlevée. Je pense que c’est un point capital. Il faudra bien voir dans la suite si cela se confirme, si vraiment on peut discuter librement, disons honnêtement, avec tout le respect qu’il faut à l’égard de l’autorité, pour ne pas aggraver encore la situation actuelle de l’Eglise qui est tellement confuse, précisément sur la foi, sur ce qu’il faut croire, et là nous réclamons cette clarté, cette clarification, aux autorités. Nous la réclamons depuis longtemps. Nous disons : ‘il y a des points ambigus dans ce Concile, et ce n’est pas à nous de les clarifier. Nous pouvons exposer le problème, mais celui qui a l’autorité pour les clarifier c’est bel et bien Rome’. Néanmoins, encore une fois, le fait que ces évêques nous disent que ce sont des questions ouvertes est pour moi capital.

Les discussions elles-mêmes se sont déroulées, selon la personnalité de nos interlocuteurs, avec plus ou moins de bonheur, car il y a eu aussi de beaux échanges [où nous n’étions] pas nécessairement d’accord… Néanmoins l’appréciation, je crois, est unanime, de la part de chacun de ces interlocuteurs : ils étaient satisfaits des discussions. Satisfaits aussi de leurs visites. Ils nous ont félicité pour la qualité de nos séminaristes, en disant : ‘ils sont normaux, (heureusement ! il faut commencer par là…), ce ne sont pas des gens étriqués, obtus, mais bien vivants, ouverts, joyeux, normaux, tout simplement. Et cela a été une remarque exprimée par tous. C’est le côté humain, c’est indéniable, mais il ne faut pas l’oublier non plus.

Pour moi, ces discussions, ou plus exactement cet aspect plus facile des discussions est important. Car l’un des problèmes est la méfiance. Cette méfiance, il est certain que nous l’avons. Et je pense que l’on peut aussi dire qu’il est certain que Rome l’a par rapport à nous. Et tant que règne cette méfiance, la tendance naturelle est de prendre de travers ou de réfléchir à la pire des solutions possibles sur ce qui est dit. Et tant que nous sommes dans ce régime de méfiance, nous n’avancerons pas énormément. Il faut arriver à une confiance minimale, à un climat de sérénité, pour éliminer ces accusations a priori. Je pense que c’est encore le régime dans lequel nous nous trouvons, dans lequel se trouve Rome. Et cela prend du temps. Il faut que des deux côtés on arrive à apprécier correctement les personnes, leurs intentions, pour arriver à dépasser cela. Je pense que cela prendra du temps.

Cela demande aussi des actes où se manifeste une bonne volonté qui ne soit pas celle de nous détruire. Or c’est toujours un peu cette idée-là qui est chez nous, c’est ce qui est répandu d’une manière assez courante : ‘s’ils nous veulent, c’est pour nous étouffer, et éventuellement nous détruire, nous absorber totalement, nous désintégrer’. Ce n’est pas une intégration, c’est une désintégration ! Evidemment, tant que cette idée règne, on ne peut s’attendre à rien.

7 – L’état présent de l’Eglise : inquiétudes et espoirs

J’ai beaucoup de peine à voir une ligne de conduite dans ce qui est en train de se passer. Ce que je vois c’est une confusion grandissante, une confusion qui vient précisément d’éléments contradictoires, de dilution de la doctrine, de la morale, de la discipline. On en arrive à un régime du chacun pour soi. Les évêques disent ce qu’ils veulent, en contradiction les uns avec les autres. Il n’y a pas de rappels à l’ordre officiels, clairs, ni même de rappels à une ligne quelle qu’elle soit, d’un côté ou de l’autre. Il y a encore quelques années, il y avait une ligne. C’était la ligne moderniste. C’était ce fameux esprit de Vatican II. Aujourd’hui on voit un profond désaccord entre les évêques et jusqu’à Rome sur ces questions. Et quelle ligne va triompher, quelle ligne va s’imposer ? Pour l’instant, je ne vois pas.

On peut, évidemment, s’appuyer sur certaines réflexions, sur certains indices, en disant qu’il est manifeste que plus on avance, plus les modernistes s’affaiblissent ou sont affaiblis. Ils manquent de fidèles, ils manquent de vocations, c’est une Eglise qui dépérit. Et c’est vrai. De l’autre côté, on voit parmi les jeunes un certain nombre – difficile à évaluer correctement, mais c’est suffisamment consistant pour qu’on puisse le constater -, de jeunes qui veulent une Eglise beaucoup plus sérieuse, et à tous les niveaux, en particulier au niveau de la doctrine. Des jeunes, des séminaristes qui veulent saint Thomas, qui veulent un retour à une philosophie saine, à une théologie claire, saine, la scolastique, celle de saint Thomas. On voit parmi ces jeunes aussi ce désir d’une liturgie… je ne l’appellerais pas ‘renouvelée’, mais un retour à la liturgie traditionnelle. Et ce nombre semble être impressionnant. Pour nous, il est difficile à estimer, mais quand on entend les voix de prêtres qui s’occupent de ces jeunes dans les séminaires modernes, certains vont jusqu’à nous dire que 50% en France, en Angleterre, des nouveaux séminaristes aspirent à la Messe traditionnelle. Cela me semble beaucoup, et j’espère que c’est vrai.

Néanmoins on voit très bien se dessiner cette ligne-là, c’est une ligne qui monte, et on voit, à travers les années, que cette tendance augmente. Juste un exemple, depuis l’année passée, avec le problème du synode sur le mariage, sur la famille catholique, on a vu une opposition plus marquée qu’autrefois entre les deux camps. Je pense que cela vient d’un renforcement des conservateurs, dont sinon le nombre, en tout cas l’intensité grandit, sans aucun doute. Et de l’autre côté la majorité, qui est encore clairement dominante, mais qui perd de la force, qui n’arrive plus à s’imposer, du moins à tout imposer comme autrefois.

Ainsi donc ces deux lignes existent. Quel est notre avenir dans cette situation ? Tout d’abord, maintenir. Il y a une grande confusion. Qui va gagner ? On n’en sait rien. Ce qui rend nos relations avec Rome extrêmement difficiles, parce que nous parlons avec un interlocuteur sans jamais savoir si, le lendemain, le texte sur lequel nous arriverons – après moult discussions – à nous mettre d’accord, sera effectivement le texte définitif. Nous avons pu constater, en 2012, comment un texte a été corrigé, modifié par une interférence… de la part d’une autorité plus haute, mais qui n’était pas celle du pape. Là aussi : qui gouverne l’Eglise ? Je dirais que c’est une très intéressante question qui reste sans réponse. Ce sont des forces… indéterminées.

8 – Que demander à la Sainte Vierge ?

Ah ! beaucoup de choses. Tout d’abord le salut. Le salut pour nous, pour chacun, pour chacune des âmes qui viennent vers la Fraternité, qui veulent se confier à elle, à ses prêtres, donc demandons-lui la fidélité pour la Fraternité. Fidélité à l’Eglise. Fidélité à tout ce trésor de l’Eglise qui – Dieu sait pourquoi, Dieu sait comment – se retrouve dans nos mains, un patrimoine extraordinaire qui est le trésor de l’Eglise, qui ne nous appartient pas, et dont nous n’avons qu’un seul désir c’est qu’il retrouve sa place, sa place vraie dans l’Eglise.

Demandons le triomphe de la Sainte Vierge. Elle l’a annoncé. Je dirais qu’il se fait attendre, on est même peut-être un peu impatients, surtout à voir tout ce qui se passe, qui semble en contradiction, mais ce n’est pas une contradiction, c’est tout simplement un développement que le Bon Dieu permet ; un jeu effrayant, terrible : le manque de correspondance de la liberté humaine, même chez les chrétiens, à ce que demande le Ciel, cette volonté à Fatima du Ciel, – c’est-à-dire du Bon Dieu -, d’introduire la dévotion au Cœur Immaculé de Marie dans les cœurs des chrétiens, et qui a tellement de peine à s’imposer. Ce n’est pourtant pas si difficile, c’est tellement beau, tellement consolant ! Et l’on voit ce grand combat entre le démon et le Bon Dieu, le champ de bataille étant les âmes, les âmes que le Bon Dieu a voulu libres, et qu’Il veut gagner, mais pas par la force. Il aurait pu imposer sa majesté d’une manière telle que tous les hommes soient prostrés – c’est ce qui se passera à la fin du monde, mais ce sera trop tard à ce moment-là -, c’est maintenant que doit se faire ce combat.

Donc demandez au Bon Dieu qu’Il envoie des grâces qui gagnent les âmes pour Lui, et collaborez à ce travail ! On Lui demande ainsi beaucoup de choses. On Lui demande que l’Eglise retrouve tout l’ensemble de ce qui fait sa mission : sauver les âmes. L’unique chose, la première chose, la seule qui compte pour l’Eglise, c’est de sauver les âmes !

Pour conserver à cet entretien son caractère propre, le style oral a été maintenu.

(Entretien vidéo réalisé par DICI le 04/03/16 – Transcription DICI du 21/03/16)



[1] Voir, dans DICI n°332 du 11/03/16, la revue de presse après la conférence de Mgr de Galarreta à Bailly.
[2] Ces préalables étaient : la messe tridentine accordée à tout prêtre et la levée des censures contre la Fraternité. Voir DICI n°74 du 12/04/03 
[3] D’octobre 2009 à avril 2011
[4] Voici la réponse de Mgr Guido Pozzo, Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, dans l’entretien accordé à Zenit, le 25 février 2016. – Question : « Excellence, en 2009, le pape Benoît XVI a levé l’excommunication de la Fraternité Saint-Pie X. Cela signifie-t-il que maintenant ils sont à nouveau en communion avec Rome ? » – Réponse : « Avec la levée par Benoît XVI de la censure de l’excommunication des évêques de FSSPX (2009), ils ne sont plus soumis à cette grave peine ecclésiastique. Avec cette mesure, cependant, la FSSPX est encore dans une situation irrégulière, parce qu’elle n’a pas reçu la reconnaissance canonique par le Saint-Siège. Tant que la Société n’a pas de statut canonique dans l’Eglise, ses ministres n’exercent pas de manière légitime le ministère ni la célébration des sacrements. Selon la formule de celui qui était alors le cardinal Bergoglio de Buenos Aires, et confirmé par François à la Commission pontificale Ecclesia Dei, les membres de la FSSPX sont catholiques dans le chemin vers la pleine communion avec le Saint-Siège. Cette pleine communion viendra quand vous verrez la reconnaissance canonique de la Fraternité. »
[5] Mgr Pozzo, ibidem : « Ce qui semble essentiel est de trouver une convergence complète sur ce qui est nécessaire pour être en pleine communion avec le Siège apostolique, à savoir l’intégrité du Credo catholique, le lien des sacrements et l’acceptation du magistère suprême de l’Eglise. »
[6] Pape François, Lettre adressée à Mgr Rino Fisichella, le 1er septembre 2015, à l’approche de l’Année sainte : « J’établis, par ma propre disposition, que ceux qui, au cours de l’Année sainte de la Miséricorde, s’approcheront, pour célébrer le sacrement de la Réconciliation, des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X recevront une absolution valide et licite de leurs péchés. »

mercredi 16 mars 2016

Entretien de Monseigneur Fellay avec "Conflict Zone" - Troisième partie

Note du traducteur: l'anglais de Monseigneur Fellay étant souvent maladroit, nous avons voulu conserver ce style maladroit dans la traduction de ses propos.

La partie I est disponible ICI (avec la vidéo de tout l'entretien)
La partie II est disponible ICI

Partie III : L'autorite du pape et le Concile Vatican II

CZ : Monseigneur Fellay, le Canon 218 dans le code de droit canon, le connaissez-vous ?
MF : Dit comme cela, non.
CZ : Il fut autorisé par le Pape qui a donné son nom à votre organisation, Pie X. Laissez-moi vous rafraichir la mémoire sur ce qu’il dit à propos de l’autorité du Pape.  Il la définit comme la juridiction la plus suprême et la plus complète à travers l’Eglise, à la fois en termes de foi et de morale, et en ce qui concerne la discipline et le gouvernement de l’Eglise à travers le monde. Pourquoi donc remettez-vous publiquement en question l’autorité du Pape François?
MF : Ah mais voyez-vous, nous ne remettons pas en question l’autorité [du Pape], ce que nous remettons en question sont certains actes, faits avec plus ou moins d’autorité, jamais faits avec l’autorité la plus haute, donc des actes…
CZ : Vatican II dont vous remettez en question les réformes mises en place les années 60, vous les rejetez et elles engagent tous les catholiques, vous le savez bien, elles engagent tous les catholiques.
MF : Non, elles n’engagent pas les catholiques. Si vous regardez les documents du concile, même les évêques du concile ont demandé « Maintenant, dites-nous si ce concile est infaillible ou non ». Et une partie des documents du concile est une déclaration du Secrétaire du concile qui dit que est infaillible dans le concile ce que le concile déclare être infaillible. Et nulle part il ne fut dit qu’un document du Concile était infaillible. Bien sûr, est infaillible ce qui a déjà été déclaré infaillible dans le passé, ce qui est tout à fait normal, ce qui était un dogme dans le passé reste un dogme ; mais le concile lui-même n’a pas voulu engager [les catholiques] avec l’infaillibilité.
CZ : Vous avez dit, en octobre 2013, « la situation de l’Eglise est un vrai désastre, et le pape actuel rend les choses dix mille fois pires ! » Ceci est un immense manque de respect envers l’autorité de ce Pape, n’est-ce pas ?
MF : Cela a peut-être l’air de d’être un manque de respect, c’était seulement une déclaration.
CZ (d’un air outragé) : Monseigneur Fellay, bien sûr que c’est un manque de respect !!!
MF : C’est une déclaration. 
CZ : Vous l’appelez un désastre !!!
MF : Oui.
CZ : Contre vos propres règles qui disent que « la Fraternité Saint Pie X se soumet humblement à l’autorité du Pape et lui rend tout le respect dû à la tête de l’Eglise de Dieu, » et ensuite vous l’appelez un désastre !
MF : Oui.
CZ : Ce n’est pas rendre tout le respect dû à la tête de l’Église de Dieu, c’est une insulte, n’est-ce pas ?
MF : Non, ce n’est pas nécessairement une insulte. Et le pape…
CZ (interrompant): C’est du respect pour vous ? C’est une marque de respect pour vous de l’appeler un « désastre » ???
MF : Ce n’est pas une insulte, c’est certainement une expression de désaccord, oui.
CZ : C’est un peu plus que cela, n’est-ce pas ? « Il rend les choses dix mille fois pires » !
MF : Oui, bien sûr, c’est, disons, une expression rhétorique, je le reconnais.
CZ : Pensez-vous que Pie X aurait accepté une telle insubordination de la part d’un de ses évêques ?  Un évêque qui a été excommunie ? Il n’aurait pas accepté, n’est-ce pas ?
MF : Je remets en cause le mot « insubordination », parce que ce n’est pas de l’insubordination…
CZ : Un manque de respect. Un manque de respect.
MF : Oui, on peut dire que ce n’est pas la marque de respect le plus haut, mais lorsque je le rencontre je lui montre certainement mon respect, oui.
CZ : Et ensuite derrière son dos vous dites qu’il est un désastre.
MF : Non, non, pas derrière son dos, c’était vraiment…
CZ : Mais vous ne lui avez pas dit en personne, n’est-ce pas ?
MF : Non…
CZ : Alors c’est derrière son dos !
MF : Non, vous ne pouvez pas dire cela, parce qu’il le sait.
CZ : Mais on dirait vraiment, Monseigneur Fellay, que vous choisissez les aspects de la Tradition que vous aimez suivre.
MF : Donnez-moi un exemple.
CZ : Et bien je viens de vous en donner un : vous promettez de respecter la tête de l’Eglise de Dieu et ensuite vous le traitez de désastre. D’autres aspects de la Tradition, comme la messe tridentine, vous suivez. Donc vous choisissez quelles règles de l’Eglise vous appliquez et celles que vous choisissez d’ignorer.
MF : Non, non je ne suis pas d’accord avec vous. Parce que la raison sur laquelle je me base lorsque j’accepte quelque chose ou que je dis « là j’ai un problème », sont les enseignements de l’Eglise, pas mon opinion. Je me base sur ce que l’Eglise a enseigné à travers les siècles, dans le Magisterium, à travers les Papes. Et c’est pourquoi nous exposons aux autorités de Rome notre problème, nous leur disons "nous aimerions vous obéir, mais nous avons un problème de conscience parce que vous demandez le contraire de ce que vos prédécesseurs ont dit".
CZ : Et à ce moment-là votre humble soumission à l’autorité du Pape s’envole par la fenêtre.
MF : Non, je n’irai pas jusque-là. Il faut comprendre les mots : « humble soumission », a l’air, c’est vrai, très gentil, mais je pense que nous ne comportons pas différemment de tout autre catholique. Je ne crois pas que notre attitude ou notre opposition (?) envers le pape soit différente de celle de tout  autre catholique.
CZ : Vous ne croyez pas que c’est arrogant ?
MF : Non !
CZ : De votre part ?
MF : Je ne crois pas.
CZ : Vous n’avez pas la responsabilité de l’Eglise ?
MF : J’ai…
CZ (interrompant) : Vous n’avez pas la responsabilité du Vatican ? Vous et votre secte êtes apparemment  les seuls à connaitre le seul vrai chemin du christianisme? Et des centaines de millions d’hommes, cardinaux et le pape inclus, ne savent pas cela aussi bien que vous !
MF : C’est une belle caricature que vous venez de faire ! Nous sommes en pourparlers avec Rome, donc nous savons ce qu’ils pensent de nous. Et nous sommes en pourparlers en ce moment. Pas seulement en ce moment.
CZ : Vous êtes en pourparlers depuis des années avec Rome.
MF : Oui. Donc nous savons ce qu’ils pensent. Et ils ne disent pas ce que vous avez dit. Ils nous considèrent bien comme catholiques, pas comme une secte.
CZ : Vous avez été excommuniés.
MF : Oui, les 4 évêques.
CZ : Et ensuite l’excommunication a été retirée.
MF : Oui, c’est vrai.
CZ : Et l’excommunication est la sanction ultime de l’Eglise catholique, n’est-ce pas ?
MF : Euh, pour une personne oui, mais pas pour un groupe. Le groupe n’a jamais été sanctionné.
CZ : Vous aviez été prévenus que si vous alliez de l’avant avec les consécrations vous seriez excommuniés, n’est-ce pas ?
MF : Oui, c’est vrai.
CZ : Et pourtant vous l’avez fait quand même, et vous vous êtes opposés à l’Eglise.
MF : Oui.
CZ : Et vous ne vous repentez pas d’avoir fait cela ?
MF : Non, je ne crois pas!