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mercredi 14 juin 2023

Petite analyse des vidéos de Mgr Huonder

Ce dimanche 4 juin 2023, le Père Bruno a publié une intéressante analyse des vidéos publiées récemment par Mgr Huonder; cela donne un éclairage supplémentaire à l'affaire des "Saintes Huiles". 

 

Mgr Huonder est un évêque suisse de langue allemande, qui a pris sa retraite, il y a quatre  ans, dans une école de la Fraternité. Le communiqué qui l'annonçait précisait dans quel  but : « se consacrer à la prière et au silence» ; ce qui semblait exclure le ministère.  En réalité,  dès le début,  Mgr Huonder s'est vu confier du catéchisme, des confessions, des prédications  pour les élèves.  Par la suite, il a visité différentes chapelles, et à la Pentecôte 2021 il a même  célébré une messe pontificale au séminaire de Zaitzkofen, en Allemagne.  C'est dans ce  même séminaire que, le jeudi saint dernier (6 avril), il a de nouveau célébré une messe pontificale, cette fois pour la consécration des saintes huiles. Il s'agit d'une cérémonie très importante, puisque les saintes huiles sont la matière des sacrements de confirmation et  d'extrême-onction, et sont utilisées également pour le baptême et l'ordre.

Pour qu'un évêque consacre validement les saintes huiles, il faut qu'il soit vraiment évêque, c'est-à-dire qu'il ait été sacré validement, et d'abord qu'il ait été ordonné validement en tant que prêtre. Or Mgr Huonder a été ordonné prêtre en 1971 et sacré évêque en 2007, donc dans les deux cas selon le nouveau rite d'ordination ou de sacre, qui remonte à 1968. Il semble que ce nouveau rite soit valide en soi, mais en pratique il est douteux.  C'est ce qu'affirmait Mgr Lefebvre dans une circonstance très solennelle, le 30 juin 1988 : les sacrements des  évêques conciliaires « sont tous douteux »,

Quand il s'agit d'une chose aussi vitale que les sacrements (qui sont les moyens par lesquels Notre-Seigneur nous communique sa vie surnaturelle), on ne peut rester dans le doute.  Il faut être «tutioriste », comme disent les théologiens, c'est-à-dire aller au plus sûr, avoir la certitude qu'un donne ou qu'on reçoit des sacrements valides. Si Mgr Lefebvre a fondé sa Fraternité, c'est pour préserver le sacerdoce catholique, et du même coup la messe catholique et les sacrements catholiques. Il a sacré quatre évêques dans le même but.

Je reviens à Mgr Huonder: il y a un doute sur la validité de son ordination sacerdotale et de son sacre épiscopal, ce qui entraîne un doute sur la validité de toutes les confirmations et de toutes les extrêmes-onctions qui seront administrées avec les saintes huiles consacrées le jeudi saint dernier à Zaitzkofen. Il s'agit donc d'un événement gravissime, qui malheureusement n'a pas fait beaucoup de vagues; malheureusement, parce que les prêtres qui ne sont pas d'accord auraient dû protester publiquement. Leur silence est un silence complice.  On sait cependant que quelques prêtres allemands refusent d'utiliser les saintes huiles consacrées par Mgr Huonder (ce qui est le signe qu'il y a vraiment un doute).

Dans les semaines qui ont suivi cette cérémonie, le site de la Fraternité a publié trois vidéos  présentées comme un « témoignage de Mgr Huonder », sans doute pour rassurer les prêtres et les fidèles sur ses bonnes dispositions. Nous allons voir que cela ne rassure guère, mais de toute façon nous n'avons pas à juger ses intentions; le problème est objectif : ce Mgr Huonder est-il vraiment évêque?  les huiles qu'il a consacrées il y a deux mois en Allemagne sont-elles vraiment des saintes huiles?  les enfants qui sont confirmés, les malades qui sont extrémisés avec ces huiles reçoivent-ils vraiment les sacrements de confirmation ou d'extrême-onction ? - Ceci dit, même si on pouvait avoir une certitude quant à la validité du sacre de Mgr Huonder (auquel cas les supérieurs auraient dû l'expliquer, au lieu de réclamer une confiance qu'ils ne méritent plus, au moins depuis le 15 avril 2012), même en ce cas on pourrait se demander s'il était convenable de faire célébrer une telle cérémonie par cet évêque. C'est là qu'il est intéressant d'analyser brièvement les trois vidéos.

On y trouve quelques paroles assez fortes au sujet de la crise, par exemple lorsqu'il dit que l'abolition du rite traditionnel est « une injustice, un abus de pouvoir ».  Mais il y a bien des éléments qui montrent qu'il est loin d'adhérer au combat de la foi que nous voulons mener dans le sillage de Mgr Lefebvre. Quelques exemples:

- Il est très bienveillant envers Benoît XVI. Il se trompe d'ailleurs quand il prétend que ce pape a «levé l'excommunication injuste de Mgr Lefebvre et des évêques de la Fraternité» : l'excommunication n'était pas seulement injuste, mais invalide; et Benoît XVI n'a pas parlé de Mgr Lefebvre (ni de Mgr de Castro Mayer).

- Au sujet d'Assise, il emploie les expressions de « choc» et de « perte de confiance », mais il ne semble pas voir qu'il s'agit d'abord et surtout d'un blasphème contre Notre-Seigneur.

- Il reconnaît qu'il porte un « regard nouveau» sur ce qui s'est passé dans l'Église depuis quelques dizaines d'années, mais il ne fait aucune allusion à son propre passé d'évêque très conciliaire, très œcuméniste. Il est par exemple à l'origine du dies judaïcus, le «jour du judaïsme », institué en Suisse en 2011 et adopté ensuite par d'autres pays. Ses vidéos ne constituent pas une profession de foi comme celle de Mgr Lazo en 1998 ou comme la célèbre déclaration de Mgr Lefebvre en 1974. Monseigneur y affirmait clairement son  « refus catégorique d'acceptation de la réforme ».

- Pour Mgr Huonder, la position de Mgr Lefebvre sur le Concile est beaucoup plus nuancée: elle se résume dans une lettre de Monseigneur où il acceptait le Concile «interprété dans le sens de la Tradition ». C'est vrai que Monseigneur avait employé cette formule, mais il faut se souvenir du contexte: c'était fin 1978, juste après l'élection de Jean-Paul II, qui avait fait naître un certain espoir après les quinze années désastreuses du pontificat de Paul VI. Mais Monseigneur en était vite revenu, et il avait émis des jugements beaucoup plus sévères sur Vatican II.

- J'ai remarqué dans les vidéos plusieurs habitudes caractéristiques des ralliés: Mgr Huonder cite le texte du Concile sur la liturgie pour critiquer la messe de Paul VI, alors que Paul VI est inséparablement le pape du Concile et le pape de la nouvelle messe, et que la nouvelle messe  est la messe du Concile. Il se réfère au nouveau code de droit canon. Il évoque « les prêtres qui, pour des raisons de conscience, voulaient rester fidèles à la liturgie traditionnelle », ce qui n'est pas faux mais très incomplet, puisqu'il faudrait dire « pour des raisons de foi ». Il insiste sur le droit à la messe traditionnelle, qui est bien réel mais qui n'est pas l'essentiel : nous refusons la nouvelle messe parce qu'elle est mauvaise, dangereuse, empoisonnée. D'une manière générale, Mgr Huonder insiste davantage sur la loi que sur la foi.

- Un dernier point très important : il explique qu'en janvier 2015 Rome lui a demandé de faire le lien avec la Fraternité, en vue ... d'une reconnaissance canonique. On sait par ailleurs qu'il a été impliqué dans le « cadeau» du pape François à la Fraternité fin 2015 : la juridiction pour les confessions. Il affirme également s'être installé dans une maison de la Fraternité avec la bénédiction de Rome. Et à la fin de la troisième vidéo, il avoue franchement: « J'ai rempli ce mandat [du Saint-Siège], et je suis toujours en train de le remplir.»  Voilà qui est clair: Mgr Huonder travaille, aujourd'hui encore, à l'intégration de la Fraternité dans l'Église conciliaire, intégration qui ne peut aboutir qu'à une désintégration. On peut craindre que  «l'affaire Huonder » ne soit pas terminée, et que d'autres «paliers» se préparent.

Prions pour la Fraternité, qui est de plus en plus en grand danger, et demandons au Saint- Esprit - même si l'octave de Pentecôte est terminée - de nous donner la lucidité et la force: la lucidité pour y voir clair, la force pour marcher droit.

 

mardi 19 janvier 2021

Manifeste des 44 prêtres : sept ans déjà !

En ce 19 janvier 2021, nous fêtons le 7ème anniversaire de la fameuse Adresse aux fidèles signée par 44 prêtres. L'objectif de ce manifeste, qui fit grand bruit dans la tradition,  était de tenter de stopper la dérive libérale des supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X et de prévenir les fidèles de ce qui se tramait en haut lieu. Cette Adresse aux fidèles a certes été l'occasion d'un électrochoc salutaire pour beaucoup, elle a  également pu révéler la volonté  courageuse des prêtres fidèles de ne pas abandonner l'héritage de la Tradition et le testament de Mgr Lefebvre, mais elle n'eut pas tous les résultats espérés puisque cette opération "survie" fut littéralement torpillée par certains prêtres au prétexte que cette réaction n'était pas opportune et qu'il ne fallait pas diviser. Depuis lors, en raison de cette trahison, la FSSPX se trouve dans un état de semi-accord avec Rome qui est bien plus grave qu'un accord formel, tout comme la tiédeur spirituelle qui finit toujours dans la chute grave. 

Vous pourrez relire cette Adresse aux fidèles avec intérêt en vous rappelant que la plupart des signataires savaient qu'en posant cet acte de survie, ils encouraient ipso facto l'expulsion de la Fraternité Saint-Pie X. Vous pourrez ainsi redécouvrir et lire la circulaire-monition-sanction que l'abbé de Cacqueray (Père Joseph en religion) envoya à ses confrères le 9 mai 2014, suite à la signature par les Pères dominicains de l'Adresse aux fidèles, pour signifier aux pères qu'ils étaient désormais exclus de toutes les œuvres de la FSSPX. 

ADRESSE AUX FIDÈLES


Fidèles à l'héritage de Mgr Marcel Lefebvre, et en particulier à sa mémorable « Déclaration » du 21 novembre 1974, nous adhérons de tout notre cœur, de toute notre âme, à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité.

Selon l'exemple de ce grand prélat, intrépide défenseur de l'Eglise et du Siège apostolique, nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome néo-moderniste et néo-protestante qui s'est manifestée clairement dans le Concile Vatican II, et, après le Concile, dans toutes les réformes et orientations qui en sont issues.

Depuis l'an 2000 et surtout à partir de 2012 les autorités de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X font le chemin inverse en se rapprochant de la Rome moderniste.

La déclaration doctrinale du 15 avril 2012, suivie de l'exclusion d'un évêque et de nombreux prêtres et confirmée par la condamnation du livre ‘Mgr Lefebvre Nos rapports avec Rome', tout cela montre la pertinacité dans cette voie qui conduit à la mort.

Aucune autorité, même la plus élevée dans la hiérarchie, ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi catholique clairement exprimée et professée par le magistère de l'Eglise depuis vingt siècles.

Sous la protection de Notre-Dame gardienne de la foi, nous entendons poursuivre l'opération survie commencée par Mgr Lefebvre.

En conséquence, dans les circonstances tragiques où nous nous trouvons, nous mettons notre sacerdoce à la disposition de tous ceux qui veulent demeurer fidèles au combat de la foi. C'est pourquoi, dès maintenant, nous nous engageons à répondre aux demandes qui nous seront faites pour soutenir vos familles dans leurs tâches éducatives, offrir la formation sacerdotale aux jeunes gens qui le désireront, et assurer la messe, les sacrements et la formation doctrinale partout où il le faudra.

Quant à vous, nous vous exhortons à être des apôtres zélés pour le règne du Christ-Roi et de Marie-Reine.

Vive le Christ-Roi !
Notre-Dame gardienne de la foi, protégez-nous !
Saint Pie X, priez pour nous !
Le sept janvier deux mille quatorze (date de sa rédaction) 

Nous sommes à la disposition de nos confrères prêtres : certains n'ont pas pu ou pas souhaité, dans un premier temps du moins, s'associer à notre démarche. Qu'ils n'hésitent pas à prendre contact avec l'un d'entre nous (discrétion assurée).
Contact : adresse.fidele@gmail.com

Nous sommes de même à la disposition des religieux et religieuses de la Tradition qui comprennent l'extrême gravité de la situation actuelle.

Liste de signataires

1 - Abbé de Mérode (prieur, France)
2 - Abbé Vignalou (France)
3 - Abbé Hubert de Sainte-Marie d'Agneau (France)
4 - Abbé Nicolas Pinaud (France)
5 - Abbé Olivier Rioult (France)
6 - Abbé Matthieu Salenave (France)
7 - Père Pierre-Marie OP et les 10 autres pères d'Avrillé (France)
18 - Père Bruno OSB (France)
19 - Père Avril, fondateur de l'œuvre de Notre-Dame de Salérans (France)
20 - Père Raffali (France)
21- Abbé François Pivert (France)
22 - Abbé Picot (Kenya)
23 - Abbé Jean-Michel Faure (Amérique du sud)
24 - Abbé Chazal (Asie)
25 - Abbé Florian Abrahamowicz (Italie)
26 - Abbé Brühwiller (Suisse)
27 - Abbé Fuchs Martin (Autriche)
28 - Abbé Girouard (Canada)
29 - Abbé David Hewko (USA)
30 - Abbé Pierre-Célestin N'dong (Gabon)
31 - Abbé Ernesto Cardozo (Brésil)
32 - Abbé Arturo Vargas ( Mexique)
33 - Abbé Fernando Altamira (Colombie)
34 - Abbé Hugo Ruiz (Mexique)
35 - Abbé Frank Sauer (Allemagne)
36 - Abbé Eduardo Suelo (Asie)
37 - Abbé Richard Voigt (USA)
38 - Abbé Arnold Trauner (Autriche)
39 - Abbé Trincado (Mexique)
40 - Abbé Valan Rajkunan (Asie)
41 - Père Raphaël Arizaga OSB (Mexique)
42 - Père Thomas d'Aquin Ferreira da Costa OSB (Brésil)
43 - Père Jahir Brito, FMBV (Brésil)
44 - Père Joaquim Daniel Maria de Sant'ana, FMBV (Brésil)

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Pourquoi j'ai signé notre « Adresse aux fidèles » 
par le Père Bruno


Certains nous reprochent d'être des agités, des excessifs, d'être mus par l'impatience ou par un zèle amer. Je puis dire en toute vérité que j'ai rédigé les lignes qui suivent « sans aucune amertume, aucun ressentiment » (Mgr Lefebvre, Déclaration du 21 novembre 1974) vis-à-vis de qui que ce soit.

Entré à Bédoin en 1980, ordonné prêtre par Mgr Lefebvre en 1986, j'ai quitté le Barroux en 2002. J'ai ensuite exercé divers ministères dans le cadre du district de France de la Fraternité. A ce jour (19 janvier 2014), je suis en poste au prieuré de Gavrus, près de Caen.

Depuis quelques années, j'observe avec une inquiétude croissante les signes qui manifestent un changement d'état d'esprit dans la Tradition. Je m'en suis ouvert à plusieurs reprises au supérieur du district de France, M. l'abbé de Cacqueray. J'ai également écrit, en avril 2012, à Mgr Fellay lui-même (lettre restée sans réponse).

Bien des confrères et des fidèles, certes, connaissent déjà ma position. Mais depuis des mois m'est apparue de plus en plus clairement la nécessité d'exprimer publiquement, officiellement, mon refus catégorique du changement d'orientation que la Maison générale s'efforce d'imposer.

Je ne puis plus en conscience me dérober à ce devoir.
Le prêtre doit aimer la vérité plus que tout.
Le prêtre doit rendre témoignage à la vérité quoi qu'il en coûte.
Le prêtre doit dénoncer l'erreur même quand elle vient d'en haut, quelles que soient les conséquences qu'il risque d'en subir.

Il le doit premièrement parce qu'il est le représentant et le ministre de Notre-Seigneur, qui proclamait au cours de sa Passion : « Si je suis né, si je suis venu en ce monde, c'est pour rendre témoignage à la vérité. »

Il le doit également parce qu'il est au service des âmes : nos chers fidèles ont droit à la vérité ; ils attendent de leurs pasteurs une position claire et nette, publique par conséquent.
C'est le sens de notre « adresse aux fidèles », à la rédaction de laquelle j'ai eu la grâce de pouvoir participer. Il ne s'agit pas d'une déclaration de rupture, mais bien plutôt du témoignage public de notre attachement indéfectible aux principes qui ont guidé Mgr Lefebvre dans le combat de la foi.

Notre texte étant volontairement bref, et certains fidèles n'étant guère informés des événements de ces deux dernières années dans la Tradition, quelques indications pourront aider à saisir la portée de cette « adresse ».

I – Les deux premiers paragraphes, ainsi que le cinquième (« Aucune autorité… »), sont empruntés, à un détail près, à la Déclaration de fidélité (publiée à plusieurs reprises, notamment le 15 août 2013), reprenant et adaptant la Déclaration de Mgr Lefebvre du 21 novembre 1974, qui est la charte de la résistance catholique à la religion conciliaire.

II – Le quatrième paragraphe mentionne trois éléments : une Déclaration doctrinale ; l'exclusion de membres de la Fraternité ; la condamnation d'un livre.

1) « La Déclaration doctrinale du 15 avril 2012 » : ce texte présenté à Rome par Mgr Fellay est scandaleux et inacceptable. Pour ne prendre qu'un exemple, il reconnaît la légitimité de la promulgation de la nouvelle messe. Qui plus est, lorsqu'un an plus tard ce document a été publié dans Cor unum, Mgr Fellay a prétendu avoir fait « comme Mgr Lefebvre en 1988 ». Il y a là objectivement une grave offense à la mémoire de Monseigneur : jamais celui-ci n'a admis la légitimité de la promulgation de la « messe bâtarde », ainsi qu'il la qualifiait dans un mémorable sermon de 1976.

2) « L'exclusion d'un évêque et de nombreux prêtres » : il convient d'y ajouter d'autres sanctions, particulièrement la condamnation de M. l'abbé Pinaud. Que la sentence soit nulle et invalide n'enlève rien à son caractère véritablement odieux.
Ce deuxième point est étroitement lié au premier : il est très significatif que le texte qui frappe l'abbé Pinaud d'une suspense accuse notre confrère d'avoir affirmé que la Déclaration du 15 avril constituait « un péril pour la foi », ce qui est parfaitement exact.

3) « La condamnation du livre Mgr Lefebvre, Nos rapports avec Rome » : celle-ci s'appuie sur une étude de 16 pages, non signée, mais dont M. l'abbé Thouvenot précise qu'elle « corrobore substantiellement le jugement » de Mgr Fellay. Cette « recension » comporte des passages proprement scandaleux. Relevons celui qui est sans doute le plus grave : l'auteur de cette note qui corrobore substantiellement le jugement de Mgr Fellay reproche à M. l'abbé Pivert de « se focaliser sur des aspects particuliers » (p. 7). Et l'exemple qu'il donne aussitôt est celui… du Christ-Roi. Aspect particulier ? C'est tout au contraire l'idée maîtresse de Mgr Lefebvre ! « Nous devons en être toujours préoccupés [du règne de Notre-Seigneur] » (sermon pour la fête du Christ-Roi, 1978). « Il faut que nous soyons, je dirais, presque obsédés par cette nécessité, par ce besoin de méditer ce mystère de Notre-Seigneur et de répandre son règne. Nous n'avons pas d'autre but, d'autre raison d'être prêtres que de faire régner Notre-Seigneur Jésus-Christ » (conférence à Écône, 3 juin 1980)… Voilà des pensées très générales, diront certains. Mais quand il s'agit plus précisément des relations avec Rome, c'est très justement que « l'abbé Pivert avance que ‘c'est sur cette fidélité [au Christ-Roi] que se joue tout le drame entre Écône et Rome' » (p. 7). Qu'on en juge d'après les paroles mêmes de Monseigneur : « La vraie opposition fondamentale est le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Oportet illum regnare, il faut qu'il règne, nous dit saint Paul, Notre-Seigneur est venu pour régner. Eux disent non, et nous nous disons oui, avec tous les papes » (conférence à Sierre, 27 novembre 1988). Lorsqu'en 1976 le nonce prétend que le règne social de Notre-Seigneur n'est plus possible, et que le pape n'écrirait plus aujourd'hui l'encyclique Quas primas (Pie XI), le prélat s'indigne : « Nous ne sommes plus de la même religion ! […] S'il y a quelque chose que nous avons cherché toute notre vie, c'est le règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ » (conférence à Écône, 20 août 1976). Et en 1987, lors d'une conférence aux prêtres, il rapporte sa réponse au cardinal Ratzinger : « Notre apostolat, c'est le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Voilà ce que nous sommes. Et vous, vous faites le contraire » (Écône, 4 septembre 1987).

III – Dans le sixième paragraphe, nous plaçons notre démarche de foi sous la protection de « Notre-Dame Gardienne de la foi ». C'est le titre de la Vierge de Bourguillon, sanctuaire proche de Fribourg, où Monseigneur conduisit ses premiers séminaristes pour consacrer son œuvre naissante à Notre-Dame Gardienne de la foi.
Plus de quarante ans après, alors qu'une terrible crise secoue la Tradition, nous devons tout faire pour sauver l'héritage de Mgr Lefebvre : la Fraternité, en tant qu'institution, peut disparaître ou du moins perdre son identité (c'est ce qui est, hélas ! en train de se produire) ; mais l'héritage de Monseigneur : son esprit, ses principes, son combat au service du Christ-Roi et de la sainte Église, cet héritage ne peut pas, ne doit pas disparaître. Avec la grâce de Dieu et l'aide du Cœur Immaculé de Marie, nous maintiendrons.
« La première preuve de fidélité et d'amour que le prêtre ait à donner à Dieu et aux hommes, écrivait le Père Calmel, c'est de garder intact le dépôt infiniment précieux qui lui fut confié lorsque l'évêque lui imposa les mains. »


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Lettre publique de l'abbé de Cacqueray qui sanctionne des signataires : 







Le 9 mai 2014 à 16h38, l’abbé de Cacqueray, supérieur de district de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a envoyé la lettre circulaire suivante :
FRATERNITÉ SACERDOTALE SAINT PIE X
Le Supérieur de district
                                                                                 + Suresnes, le 9 mai 2014

Objet: Dominicains d’Avrillé

Cher Monsieur l’abbé,

Dans une lettre circulaire aux Supérieurs Majeurs du 10 avril que vous allez recevoir d’une façon imminente dans le prochain B.O. il nous est indiqué que « Monseigneur Fellay a dû suspendre toute relation avec le couvent d’Avrillé à la suite d’une ‘Adresse aux fidèles’ que les Pères ont signée et d’une conférence publique que le Père Prieur a cru devoir organiser le 19 janvier dernier au couvent. Dans cette conférence, les autorités de la Fraternité sont vivement attaquées en même temps qu’est lancé un appel à résister ouvertement à Mgr Fellay. Dans l’attente des éclaircissements et des explications que le Supérieur Général a demandés au Père Prieur par deux fois, et la nécessaire réparation que réclament les propos outranciers tenus à Avrillé, toute relation ou collaboration est nécessairement suspendue avec cette communauté. Souhaitons que cette mesure ne soit que temporaire. »

Si des activités étaient prévues avec le couvent d’Avrillé, je vous remercie d’avertir le Père Prieur que vous ne pouvez les maintenir.

Vous remerciant de vous conformer à ces directives, je vous prie de bien vouloir agréer, cher Monsieur l’abbé, l’expression de mon dévouement sacerdotal dans le Cœur Douloureux et Immaculé de Marie,

Abbé Régis de Cacqueray +            
(Père Joseph en religion désormais)  


 

jeudi 17 mai 2018

Chute et dérive du Barroux

M. Chiron vient de publier une biographie sur Dom Gérard *, fondateur du monastère du Barroux. Ouvrage de commande, il ne pouvait donc être qu' une sorte d'hommage posthume. Le livre d'Yves Chiron met certes en évidence les beaux aspects de la vie de Dom Gérard mais il y manque évidemment le grand reproche, qu'une histoire digne de ce nom ne pourra pas méconnaître longtemps : celui d'avoir finalement baissé la garde devant cette "Hérésie du XXe siècle".  Dom Gérard a trahi le bon combat de la Foi.

Un théologien de la FSSPX, M. l'abbé Gleize, se pose aujourd'hui la question de cette trahison.

Comment se fait-il qu'après avoir, durant l'été 1987, récusé comme une rupture l'enseignement conciliaire sur la liberté religieuse, Dom Gérard ait fini par y voir l'écho de la Révélation divine ? « Je crois que ce qui a contribué à perdre Dom Gérard », explique Mgr Lefebvre, « c'est son souci de s'ouvrir à tous ceux qui ne sont pas avec nous et qui peuvent aussi profiter de la liturgie traditionnelle. C'est ce qu'il écrivait en substance dans la Lettre aux amis du monastère, deux ans après son arrivée au Barroux. Nous voulons essayer, disait-il, de ne plus avoir cette attitude critique, stérile, négative. Nous allons nous efforcer d'ouvrir nos portes à tous ceux qui éventuellement n'auraient pas nos idées, mais qui aimeraient la liturgie, afin de les faire profiter, eux aussi, des bienfaits de la vie monastique. Dès cette époque, je m'étais inquiété de ce que je considérais comme une opération très dangereuse. C'était l'ouverture de l'Église au monde et l'on a bien dû constater que c'est le monde qui a converti l'Église. Dom Gérard s'est laissé contaminer par ce milieu qu'il a reçu dans son monastère". (Source)

Ce même théologien  verrait-il par hasard le même processus est en cours dans sa propre congrégation ? Oui, très probablement. Cette citation de Mgr Lefebvre, choisie par le théologien d'Ecône, n'est sûrement pas un accident.

Pour mieux comprendre l'ampleur de cette chute et des dérives du Barroux, nous vous invitons à écouter la conférence d'un ancien Père du Barroux, le RP Bruno, qui explique de façon très claire comment s'est produite, mois après mois, cette chute et quelles en furent les conséquences pour le monastère.



   



* Ouvrage d'Yves Chiron : « Tourné vers le Seigneur ».

samedi 9 janvier 2016

« Nous reconnaître tels que nous sommes » ? (R.P. Bruno OSB)

Dom Gérard OSB, prieur du Barroux


A la fin du « mot du supérieur général » (1er novembre 2015) du dernier bulletin Cor unum, Mgr Fellay donne quelques précisions aux membres de la Fraternité sur « la situation de l’Eglise et nos relations romaines ».

Bien des points seraient à commenter : « la sainte Eglise, malade, […] perdant chaque jour davantage son unité » (?) – « le pape […] se range plutôt du côté des progressistes » (vous croyez ?) – « la grâce de la fidélité à cette œuvre merveilleuse qu’est la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X »…

vendredi 10 juillet 2015

Sermon du Père Bruno pour la solennité des saints Pierre et Paul (5 juillet 2015)

Vous venez d’entendre dans l’évangile les mots bien connus : Tu es Petrus. Ils ont été chantés dans le verset de l’Alleluia, juste avant l’évangile, et nous les retrouverons encore dans l’antienne de communion. Ils ont donc une importance particulière en cette messe des saints Pierre et Paul. Cependant, je ne vais pas commenter directement cette parole de Notre-Seigneur ce matin, mais plutôt faire remarquer qu’elle est une réponse à celle de saint Pierre : Tu es Christus, « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » C’est une profession de foi : avant de se voir confier le gouvernement de l’Eglise, saint Pierre, le premier pape, a dû faire une profession de foi. Et si nous cherchons dans l’évangile de saint Jean les passages où il parle de Pierre, nous y trouverons également une « profession d’espérance » et une « profession de charité ».



Profession de foi

Tu es Christus, Filius Dei vivi : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Cette parole de saint Pierre montre que notre foi est centrée sur la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Sur ce qu’il est et sur ce qu’il a fait pour nous : sa divinité et sa mission. Il est le Fils de Dieu, donc vraiment Dieu ; il est le Christ, c’est-à-dire le Messie, celui qui est envoyé par Dieu pour nous sauver. Voilà le cœur de notre foi.

Notre-Seigneur a d’abord interrogé ses apôtres sur ce que les hommes pensaient de lui. Ils lui répondent que les uns le prennent pour Jean Baptiste, d’autres pour Elie, ou Jérémie, ou un autre prophète. Jésus leur demande alors : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Et c’est la belle réponse de saint Pierre : Tu es Christus, Filius Dei vivi : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Il ne dit pas : « Pour nous, vous êtes le Christ », mais : « Vous êtes le Christ. » Il affirme une vérité objective, et non une idée subjective : la foi n’est pas une opinion humaine, mais une certitude donnée par Dieu. On l’appelle une vertu infuse, que Dieu met dans notre âme au jour de notre baptême. C’est que Jésus dit à Pierre : « Ce ne sont pas la chair et le sang [des pensées humaines] qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les Cieux. » Il donne alors un nom nouveau à Simon : tu es Petrus, « tu es Pierre », pour lui montrer qu’il lui confie une mission nouvelle, celle d’être le chef visible de son Eglise, son vicaire sur la terre.

Tu es Christus – tu es Petrus : le pape remplit sa mission de successeur de Pierre dans la mesure où comme Pierre il professe la vraie foi en Notre-Seigneur. Sinon, il est infidèle à sa mission. C’est une grande tristesse de constater que depuis 50 ans, les papes conciliaires, modernistes, sont infidèles à leur mission. Notamment parce qu’ils ne reconnaissent plus Notre-Seigneur comme Roi (« ils l’ont découronné »), alors que sa royauté découle nécessairement de sa divinité : Notre-Seigneur est Dieu, donc il est Roi. Nier sa royauté, c’est nier sa divinité.

Il faut ajouter que les modernistes ne s’attaquent pas seulement au contenu de la foi (les différents dogmes), mais à la notion même de la foi : pour eux, la foi est davantage uneexpérience qu’une connaissance. C’est une idée très présente dans la première encyclique du pape François, publiée il y a 2 ans, Lumen fidei : la lumière de la foi. Je vous recommande de lire ou de relire l’étude du père Emmanuel-Marie dans le Sel de la Terre, intitulée « Les fausseslumières d’une foi dénaturée ».


Profession d’espérance

« Vous avez les paroles de la vie éternelle ! »

C’est à la fin du long chapitre 6 de saint Jean, constitué principalement par le « discours sur le pain de vie », l’annonce de la sainte eucharistie. Notre-Seigneur vient de répéter avec insistance que, pour avoir la vie en soi, il faut manger sa chair et boire son sang. Beaucoup de disciples ne peuvent supporter un tel langage et le quittent. Jésus demande à ses apôtres : « Et vous ? Allez-vous me quitter vous aussi ? » Alors saint Pierre s’écrie : « Seigneur, à qui irions-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle ! » Belle profession d’espérance ! C’est Notre-Seigneur qui a les paroles de la vie éternelle, c’est-à-dire qui nous révèle les secrets de cette vie éternelle à laquelle Dieu nous appelle, qui nous enseigne comment y parvenir et qui nous donne les moyens d’y parvenir : la grâce, les sacrements, l’Eglise… Jésus est descendu du Ciel pour nous parler du Ciel et nous faire monter au Ciel : il a les paroles de la vie éternelle, et il est le seul à les avoir, le seul Sauveur.

Le pape remplit sa mission de successeur de Pierre dans la mesure où comme Pierre il professe son espérance : « Vous avez les paroles de la vie éternelle ! », vous êtes le seul qui puisse nous parler du Ciel et nous conduire au Ciel. Vous voyez à quel point les papes conciliaires sont infidèles à leur mission, avec leur œcuménisme et leurs foires aux religions comme les réunions d’Assise.


Profession de charité

« Vous savez que je vous aime ! »

Nous trouvons cela dans l’évangile de la vigile des saints apôtres (28 juin). C’est à la fin de l’évangile de saint Jean, après la Résurrection. Notre-Seigneur demande trois fois : « Pierre, m’aimes-tu ? » pour que Pierre puisse lui répondre trois fois : « Vous savez que je vous aime ! » Trois fois, pour réparer le triple reniement de son Maître pendant la Passion (« je ne connais pas cet homme »). Pierre répare ses trois manques d’amour par trois actes d’amour : « Vous savez que je vous aime ! » C’est une profession de charité.

Jésus lui répond : « Pais mes agneaux, pais mes brebis. » Il le confirme dans sa charge de chef de l’Eglise. Et aussitôt après il lui annonce son martyre, qui sera l’occasion de rendre le témoignage suprême de la charité.

Le pape remplit sa mission de successeur de Pierre dans la mesure où comme Pierre il professe sa charité : « Vous savez que je vous aime ! » Et où il est prêt à prouver cette charité par le martyre : les 54 premiers papes de l’histoire de l’Eglise sont tous morts martyrs ! Et si aujourd’hui le pape se convertissait, il serait probablement martyrisé. Mais ainsi il sauverait son âme, et beaucoup d’autres avec. Les papes conciliaires, eux, sont en grand danger de perdre leur âme, et ils en entraînent beaucoup d’autres dans leur voie de perdition.

Quant à nous, tout en disant Tu es Petrus (nous le chantons au salut du Saint Sacrement), tout en considérant le pape François comme le successeur de Pierre, nous prions pour sa conversion : pour qu’un jour il puisse dire à Notre-Seigneur comme saint Pierre, en toute vérité : Tu es Christus, « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » – « Vous avez les paroles de la vie éternelle ! » – « Vous savez que je vous aime ! »

J’ajoute que notre prière pour la conversion du pape sera plus puissante sur le Cœur de Dieu si nous faisons nôtres ces actes de foi, d’espérance et de charité du premier pape, si nous redisons dans la prière à Notre-Seigneur, avec toujours plus de vérité : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » – « Vous avez les paroles de la vie éternelle ! » – « Vous savez que je vous aime ! » Trois belles prières toutes simples !

Notre-Dame nous dit, dans la messe du Cœur Immaculé, qu’elle est « la Mère du bel amour, de la connaissance et de la sainte espérance : les trois vertus théologales. Comme Mère, elle les engendre dans nos âmes. Demandons-lui de nous garder fermes et inébranlables dans la foi, l’espérance et la charité, dans la même foi, la même espérance et la même charité que celles de saint Pierre.

mercredi 8 juillet 2015

Entretien avec Mgr Fellay dans Présent : "Une oeuvre d'Eglise"

 Présent du 27 juin 2015

C’est à l’occasion de
la cérémonie de bénédiction des cloches de la chapelle de l’école
Saint-Michel de La Martinerie
, à Châteauroux, que Mgr Fellaya fait pour "Présent"
un point sur la situation de la
Fraternité Saint-Pie X.



Note du père Bruno

Ce texte du supérieur général de la Fraternité se passe de commentaire. Il est clair que la Déclaration doctrinale du 15 avril 2012 n’a pas été rétractée.

Relevons simplement que Mgr Fellay affirme que le pape François « nous [= Mgr Fellay et la Fraternité] considère bien comme catholiques », mais que lui-même ne considère pas la « résistance » comme catholique. Nous ne lui avons d’ailleurs point demandé son approbation ni son « sceau ».

Précision quant à l’avant-dernière question : le cardinal Sarah est le préfet de la Congrégation du Culte. Il a dit qu’il serait souhaitable qu’on insère en annexe d’une prochaine édition du missel l’offertoire du rite traditionnel « afin de souligner que les deux formes liturgiques [= la vraie messe et la « messe bâtarde »] s’éclairent mutuellement, en continuité et sans opposition ». Mgr Fellay en est « heureux ».

A lire ce document, on se dit que le fruit est vraiment mûr…


Entretien de Mgr Fellay:


— Dans un entretien accordé à
Fideliter en 2001, vous évoquiez « le mouvement de profonde sympathie du jeune clergé à l’égard de la Fraternité ». Ce mouvement s’est-il amplifié, notamment du fait du motu proprio de 2007 ?

— Sans aucun doute ! Ce mouvement a reçu un nouveau souffle avec le
motu proprio. Il convient d’ailleurs d’insister sur l’intérêt de Benoît XVI envers la liturgie d’une manière générale. Il a vraiment désiré remettre à la disposition des prêtres et des fidèles toute la liturgie traditionnelle, pas seulement la messe, ce qui ne s’est pas réalisé jusqu’ici à cause de trop nombreuses oppositions. Cependant la jeunesse, précisément parce que cette liturgie se situe hors du temps, s’y retrouve. L’Eglise vit dans l’éternité. La liturgie aussi, c’est pourquoi elle est toujours jeune. Proche de Dieu, elle n’appartient pas au temps. Il n’est donc pas étonnant que le caractère baptismal fasse résonner cette harmonie, même dans les âmes qui ne l’ont jamais connue. La façon dont réagissent les jeunes prêtres qui découvrent cette liturgie est d’ailleurs émouvante : ils ont l’impression qu’on leur a caché un trésor.

La Fraternité a été reconnue officiellement comme catholique par l’Etat en Argentine, avec l’aide du cardinal Bergoglio devenu ensuite le pape François. Cela n’a-t-il qu’une importance administrative ou est-ce plus révélateur ?

— On y trouve tout d’abord un effet juridique, administratif, sans implication sur l’état des relations générales de la Fraternité avec, disons pour simplifier, l’Eglise officielle. Mais le deuxième effet est difficile à évaluer correctement. Il n’y a aucun doute sur le fait que le pape François, alors cardinal Bergoglio, avait promis d’aider la Fraternité à obtenir la reconnaissance par l’Etat argentin de notre société comme catholique et qu’il a tenu sa promesse. Cela oblige à penser qu’il nous considère bien comme catholiques.

— Dans le même ordre d’idées, vous avez été nommé juge de première instance par le Vatican pour le procès d’un prêtre de la Fraternité. Ne peut-on y voir un signe de bienveillance ?

— Ceci n’est pas nouveau mais existe depuis plus de dix ans. Il s’agit effectivement d’une marque de bienveillance, et de bon sens. C’est ce que l’on remarque dans l’Eglise romaine à travers son histoire : son réalisme, capable de dépasser des problèmes canoniques, juridiques, pour trouver des solutions à des problèmes bien réels.

— Vous évoquez, dans votre
Lettre aux amis et bienfaiteurs, des « messages contradictoires » venant de Rome. Qu’entendez-vous par là ?

— Je pense à la manière dont une société qui était en voie de rapprochement vers la Tradition a été traitée – ou maltraitée :
les franciscains de l’Immaculée. Ou aux diverses manières dont nous traitera une instance romaine par rapport à une autre : la Congrégation des religieux, par exemple, nous considère toujours comme schismatiques (elle a déclaré excommunié, en 2011, un prêtre qui nous rejoignait), alors que ce n’est pas le cas d’autres congrégations ou du pape lui-même, comme nous l’avons dit.

— « Pessimiste », « fermé aux autres », « pensant que seuls les fidèles de la Fraternité seront sauvés » : vous êtes parfois évoqué ainsi. Que répondez-vous ? Qu’est pour vous l’esprit missionnaire ?

— Je ne me reconnais pas dans ces quolibets. Une fermeté dans la doctrine est, certes, nécessaire, car la foi ne se négocie pas. La foi est un tout donné par le Bon Dieu et on n’a pas le droit de faire le tri parmi les vérités révélées. Rappeler ces exigences aujourd’hui passe mal, comme cela a d’ailleurs toujours été plus ou moins le cas. L’expression « combat de la foi » fait partie de l’histoire de l’Eglise. Forcément, le missionnaire devra faire retentir cette voix de la foi à l’extérieur, tout en cherchant à fortifier ceux qui l’ont déjà. Il n’est pas possible de ne s’adresser qu’aux fidèles de la Fraternité. Le flambeau illumine le monde, la lumière de la foi rayonne, avec chaleur. La foi doit être portée par la charité : c’est ainsi que je vois le missionnaire.

— Il y a quelques semaines, des séminaires de la Fraternité ont reçu la visite d’envoyés du Vatican, le cardinal Brandmüller,
Mgr Schneider. Ces visites constituent un lien public avec « l’Eglise officielle ». N’est-il pas vital ?

— Le lien avec l’Eglise est vital. La manifestation de ce lien peut varier. Les dates et lieux de ces visites ont été laissés à mon choix, le Vatican a proposé des noms. J’ai choisi les séminaires, ce qui me paraissait, pour des évêques, le plus éloquent et le plus représentatif.

— Quelles ont été les réactions « sur le vif » de ces évêques ?

— Ils se sont montrés très satisfaits. « Vous êtes des gens normaux », nous ont-ils dit… ce qui montre la réputation que l’on nous fait ! Ils nous ont félicités sur la qualité de nos séminaristes. Il ne fait aucun doute qu’ils ont conclu de ce premier contact rapproché que nous étions une œuvre d’Eglise.

— Avez-vous des contacts avec des évêques, qui vous soutiennent discrètement ?

— Bien sûr ! Si l’on voit que des prêtres se rapprochent de nous aujourd’hui, ont eux-mêmes des contacts avec nous, on peut facilement en conclure qu’à l’échelon supérieur, ce doit être à peu près la même chose…

— Dans l’entretien déjà évoqué de 2001, vous déclariez : « S’il y a une chance, une seule, que des contacts avec Rome puissent faire revenir un peu plus de Tradition dans l’Eglise, je pense que nous devons saisir l’occasion. » Est-ce toujours votre ligne ?

— Cela reste notre ligne, même si l’on ne peut pas dire que ce soit facile, notamment à cause des dissensions ouvertes au sein du Vatican lui-même. Ces relations sont délicates, mais ce point de vue reste valable et confirmé dans les faits. Il s’agit d’un travail discret, au milieu d’oppositions assez fortes. Certains travaillent dans un sens, d’autres dans le sens contraire.

— Le rôle de contrepoids de la Fraternité à l’intérieur même de l’Eglise n’est-il pas important ?

— Ce rôle n’est pas nouveau,
Mgr Lefebvrel’a commencé et nous le continuons. A constater l’irritation des modernistes devant les pas faits par Benoît XVI, on le voit bien.

— Où en est la Fraternité aujourd’hui ? Quels sont ses points forts, ses points faibles ? Comment voyez-vous son avenir ?

— Je vois son avenir sereinement. C’est une œuvre déposée dans le Sacré-Cœur et le Cœur immaculé de Marie, le tout est d’être fidèle à leur Volonté.

Cette Eglise est l’Eglise de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui en reste le chef et ne permettra pas sa destruction. Les faiblesses de la Fraternité ? Le risque de séparation, qui est grave. Voyez par exemple la caricature de la Tradition qui se fait appeler la « Résistance » : il s’agit d’un esprit non catholique, quasi sectaire, dont nous ne voulons pas, un mouvement qui reste replié sur lui-même, avec des gens qui pensent qu’ils sont les seuls bons, les seuls justes sur la terre : cela n’est pas catholique. Il s’agit d’un danger objectif, mais relatif. La grande partie de la Fraternité est saine et ne veut pas sombrer dans ces illusions. Cela nous pousse à nous appuyer sur les moyens surnaturels. Ce que le Bon Dieu veut de nous, il nous le montrera, il parlera à travers les circonstances. Les points forts ? La fidélité, vivante, qui porte des fruits et montre au monde d’aujourd’hui que la vie catholique, avec toutes ses exigences, est possible. Mais – autre point faible – nous sommes des gens de ce temps, prétendre être immunisés contre toute influence du monde moderne est chimérique. Plus précisément, il faut éviter le danger d’une caricature, de souhaiter voir ici-bas l’Eglise sans ride ni tache : ce n’est pas ce que le Bon Dieu nous a promis sur cette terre. Ce n’est pas ce que signifie « l’Eglise sainte », cela veut dire qu’elle est capable de sanctifier par les moyens donnés par Notre-Seigneur : les sacrements, la foi, la discipline, la vie religieuse, la vie de prière.

— Que pensez-vous de la proposition du cardinal Sarah d’introduire l’offertoire traditionnel dans la nouvelle messe ?

— Cette idée n’est pas nouvelle, cela fait une dizaine d’années qu’elle circule à Rome. Je suis heureux qu’elle soit reprise. Certains critiquent cette démarche en disant que ce serait mêler le sacré au profane. Au contraire, dans une perspective d’assainissement de l’Eglise, je pense que cela constituerait un très grand progrès, parce que l’offertoire est un résumé des principes catholiques de la messe, du sacrifice expiatoire offert à la Sainte Trinité, dirigé vers Dieu en réparation des péchés par le prêtre, accompagné par les fidèles. Et cela ramènerait graduellement les fidèles vers la messe traditionnelle qu’ils ont perdue.

— Comment souhaitez-vous conclure, Monseigneur ?

— Pour moi, nous sommes à la veille d’événements graves sans pouvoir bien les définir. J’appelle à la prière et je veux terminer sur un regard vers le Bon Dieu, ce qui nous permet de toujours garder espoir.

jeudi 25 juin 2015

Père Bruno: Réflexions sur la dernière lettre aux amis et bienfaiteurs de Mgr Fellay

Le jubilé conciliaire de la miséricorde conciliaire 


R.P. Bruno O.S.B.

Dans sa Lettre aux Amis et Bienfaiteurs n° 84 (24 mai 2015), Mgr Fellay exhorte les fidèles de la Tradition à participer à l’année sainte de la miséricorde annoncée par le pape François, moyennant le « discernement préalable » recommandé en son temps par Mgr Lefebvre.



Après avoir présagé « une période très difficile devant nous » (ce n’est pas « très difficile » de le présager !), Mgr Fellay prend comme exemple, parmi « un certain nombre d’indices inquiétants », une conférence du cardinal Maradiaga sur la miséricorde, donnée en Californie le 20 janvier dernier. Le supérieur général de la Fraternité dénonce à juste titre une « nouvelle miséricorde », qui « n’est rien d’autre qu’un regard complaisant sur le péché ». Il aurait pu l’appeler « la miséricorde conciliaire », mais depuis quelque temps il évite d’user de cet adjectif, pourtant fort utile, notamment lorsqu’il s’agit de distinguer l’Église catholique et l’église conciliaire.


Ayant analysé les propos du cardinal Maradiaga, très proche collaborateur du pape, Mgr Fellay s’interroge : « Est-il l’interprète de la pensée du pape François ? Il est bien difficile de le savoir [on a déjà lu cela plusieurs fois sous la même plume à propos du même pape] tant les messages qui parviennent de Rome, depuis deux ans, sont contradictoires [là aussi, c’est du déjà vu, et même sous Benoît XVI, donc il y a plus de deux ans]. »


« Faudra-t-il en conséquence se priver des grâces d’une année sainte ? Bien au contraire. Lorsque les écluses [catholiques ou conciliaires ?] de la grâce sont grandes ouvertes, il faut la recevoir en abondance ! Une année sainte est une grande grâce pour tous les membres de l’Église [catholique ou conciliaire ?]. »


Curieusement, Mgr Fellay ne cite ni ne commente la « bulle d’indiction » promulguée par le pape le 11 avril. Au lieu de se demander si le cardinal Maradiaga est « l’interprète de la pensée du pape François », pourquoi ne cherche-t-il pas à découvrir cette pensée à sa source, dans un texte on ne peut plus officiel ?


Pour suppléer à cette regrettable omission, et pour mieux comprendre qu’il ne saurait être question en l’occurrence d’invoquer le « discernement préalable » pour nous unir à un tel jubilé, relevons quelques perles dans la bulle d’indiction.


– Dès les premières lignes, on devine que le pape s’inspire d’une fort mauvaise théologie : « Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier. […] Le Père envoya son Fils né de la Vierge Marie pour nous révéler de façon définitive son amour. » On retrouve là une idée chère à Jean-Paul II et à Benoît XVI : le salut conçu principalement comme une révélation de l’amour de Dieu, et non comme une rédemption effective par le sacrifice expiatoire du Calvaire. Pour ne donner qu’une référence, Jean-Paul II écrivait dans son encyclique sur la miséricorde (Dives in misericordia, § 13) : « La révélation de l’amour miséricordieux du Père […] a constitué le contenu central de la mission messianique du Fils de l’homme. » Certes, la Croix nous manifeste de façon sublime la miséricorde divine, mais elle est formellement la réparation nécessaire de l’injustice du péché. Notre-Seigneur y a satisfait pour nos fautes, nous rendant Dieu propice, d’où l’expression de « sacrifice propitiatoire », qui s’applique tant au sacrifice de la Croix qu’au sacrifice de la messe. Mais l’on sait que c’est justement la fin propitiatoire de la sainte messe qui a été spécialement occultée dans le nouveau rite. Ce seul aspect suffirait d’ailleurs pour justifier notre « refus catégorique » de la nouvelle messe.


– Le pape François annonce que « l’année sainte s’ouvrira le 8 décembre 2015, solennité de l’Immaculée Conception ». Il ajoute un peu plus loin : « J’ai choisi la date du 8 décembre pour la signification qu’elle revêt dans l’histoire récente de l’Église. Ainsi, j’ouvrirai la Porte Sainte pour le cinquantième anniversaire de la conclusion du concile œcuménique Vatican II. L’Église [conciliaire] ressent le besoin de garder vivant cet événement. C’est pour elle que commençait alors une nouvelle étape de son histoire. » Nous y voilà ! « Le » Concile s’étant échelonné sur quatre ans (quatre sessions), de 1962 à 1965, on en a commémoré le cinquantenaire pendant quatre ans, de 2012 à 2105. Mais cela ne suffit pas : il faut que la fête continue, d’où la promulgation de ce jubilé de 2016, qu’on peut appeler en vérité un jubilé conciliaire.


Remarquons au passage que la notion même d’un « jubilé extraordinaire de la miséricorde » n’a rien de traditionnel. Le journaliste italien Antonio Socci explique : « Le jubilé – depuis le premier, en 1300 – a toujours été fixé à des dates qui se réfèrent aux années de la naissance et de la mort de Jésus-Christ. Y compris les jubilés extraordinaires (très rares). Celui de 2016 est le premier de l’histoire de l’Église qui n’a pas en son centre l’événement historique de Jésus-Christ, de sa vie terrestre. » C’est qu’il a en son centre l’événement du concile Vatican II, début d’une « nouvelle étape » de l’histoire de l’Église, nous dit François.


– Et le pape de citer avec emphase « les paroles riches de sens » de « saint Jean XXIII » et du « bienheureux Paul VI », lors de l’ouverture et de la conclusion du Concile.


– « C’est le 20 novembre 2016, en la solennité liturgique du Christ, Roi de l’Univers, que sera conclue l’année jubilaire. […] Nous confierons la vie de l’Église, l’humanité entière et tout le cosmos à la Seigneurie du Christ. » Il y a quelque chose de teilhardien dans cette dernière phrase. Quant à la solennité du « Christ, Roi de l’Univers », elle diffère autant de la vraie fête du Christ Roi (instituée par Pie XI pour magnifier la royauté sociale de Notre-Seigneur) que l’église conciliaire diffère de l’Église catholique.


– Dialogue interreligieux oblige : vers la fin de sa (trop) longue bulle, le pape déclare que la miséricorde est « le lien avec le Judaïsme et l’Islam qui la considèrent comme un des attributs les plus significatifs de Dieu. » Et il émet le vœu « que cette année jubilaire, vécue dans la miséricorde, favorise la rencontre avec ces religions et les autres nobles traditions religieuses. Qu’elle nous rende plus ouverts au dialogue pour mieux nous connaître et nous comprendre. »


– Relevons enfin une affirmation très intéressante : « Le jubilé sera célébré […] comme signe visible de la communion de toute l’Église. » En clair : le jubilé conciliaire sera célébré comme signe visible de la communion de l’église conciliaire. Mgr Fellay est-il dans la communion de cette église conciliaire ? Si oui, qu’il le dise clairement. Sinon, pourquoi donc veut-il participer – et faire participer ses fidèles – au jubilé conciliaire de la miséricorde conciliaire ?


A la lumière de divers événements récents (notamment les visites d’évêques dans les séminaires de la Fraternité) et de cette Lettre aux Amis, concluons en transcrivant les premières lignes de Mgr Fellay (les mots modifiés sont en italique) : « Il n’est pas nécessaire de s’étendre beaucoup pour constater l’état de crise dans lequel se trouve la Fraternité. Cependant, ces derniers temps, un certain nombre d’indices inquiétants nous poussent à penser que nous entrons dans une phase encore plus intense de troubles et de confusion. Il n’est pas hasardeux de présager une période très difficile devant nous. »

jeudi 13 novembre 2014

Il y a quarante ans...

Source: France fidèle


Il y a quarante ans…

Le 21 novembre prochain sera le quarantième anniversaire de la célèbre déclaration de Mgr Lefebvre, datée du 21 novembre 1974.
Ce texte magnifique est la charte de notre combat.
Il n’est pas inutile de rappeler dans quel contexte il fut rédigé. Mgr Tissier de Mallerais l’explique dans sa biographie de Mgr Lefebvre (p. 505-506) :
Après la visite à Ecône de deux prélats belges envoyés par le Vatican (11-13 novembre), dont l’attitude et les propos scandalisent les séminaristes, Monseigneur part pour Rome le 16. « Le 21, tandis qu’il se rend à l’une des Congrégations qu’il vient visiter, un garde suisse, jusqu’alors impassible, s’adresse brusquement à lui : Monseigneur, vous attendez encore quelque chose de ces gens-là ? » Le jour même, à Albano, l’évêque écrit le texte qu’il présentera comme « la position du séminaire et de la Fraternité depuis le début, mais en termes plus nets et définitifs, en raison de l’amplification de la crise ».
En termes plus nets : Monseigneur distingue bien clairement « la Rome catholique » et « la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante », autrement dit la Rome conciliaire. La confusion entretenue en ce domaine par les actuels supérieurs de la Fraternité n’est-elle pas l’une des causes principales de la crise qui secoue la Tradition ?
Mgr Lefebvre ne trouve pas de mots trop forts pour caractériser les conséquences de la réforme conciliaire : démolition, ruine, anéantissement, disparition… Cette réforme est « tout entière empoisonnée », on ne peut donc que lui opposer un « refus catégorique ».
D’autant plus catégorique aujourd’hui que la crise s’est encore amplifiée depuis quarante ans, et combien : le nouveau « droit », le nouveau « catéchisme », Assise, les fausses canonisations de papes destructeurs de l’Eglise, etc.
Il ne peut donc être question de faiblir dans la confession de la vraie foi et dans la dénonciation des erreurs qui s’y opposent. Il ne peut être question de « s’arranger » avec la Rome conciliaire, « de quelque manière que ce soit », tant que celle-ci ne sera pas vraiment convertie. Monseigneur l’affirmait en une autre occasion : « Quand on nous pose la question de savoir quand il y aura un accord avec Rome, ma réponse est simple : quand Rome recouronnera Notre-Seigneur Jésus-Christ. » (Conférence à Flavigny, décembre 1988.)
C’est en la fête de la Présentation de Notre-Dame que Mgr Lefebvre a écrit sa déclaration il y a quarante ans : la Vierge fidèle lui a inspiré cette protestation de fidélité. Nous la faisons nôtre, et nous demandons à notre Reine du Ciel de nous garder fidèles nous aussi jusqu’à notre dernier souffle.
Père Bruno

Déclaration  du 21 novembre 1974
Mgr_LefebvreNous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité.
Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues.
Toutes ces réformes, en effet, ont contribué et contribuent encore à la démolition de l’Église, à la ruine du Sacerdoce, à l’anéantissement du Sacrifice et des Sacrements, à la disparition de la vie religieuse, à un enseignement naturaliste et teilhardien dans les Universités, les Séminaires, la catéchèse, enseignement issu du libéralisme et du protestantisme condamnés maintes fois par le magistère solennel de l’Église.
Aucune autorité, même la plus élevée dans la hiérarchie, ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi catholique clairement exprimée et professée par le magistère de l’Église depuis dix-neuf siècles.
« S’il arrivait, dit saint Paul, que NOUS-MÊME ou un Ange venu du ciel vous enseigne autre chose que ce que je vous ai enseigné, qu’il soit anathème. » (Gal. 1, 8)
N’est-ce pas ce que nous répète le Saint-Père aujourd’hui ? Et si une certaine contradiction se manifestait dans ses paroles et ses actes ainsi que dans les actes des dicastères, alors nous choisissons ce qui a toujours été enseigné et nous faisons la sourde oreille aux nouveautés destructrices de l’Église.
On ne peut modifier profondément la « lex orandi » sans modifier la « lex credendi ». A messe nouvelle correspond catéchisme nouveau, sacerdoce nouveau, séminaires nouveaux, universités nouvelles, Église charismatique, pentecôtiste, toutes choses opposées à l’orthodoxie et au magistère de toujours.
Cette Réforme étant issue du libéralisme, du modernisme, est tout entière empoisonnée ; elle sort de l’hérésie et aboutit à l’hérésie, même si tous ses actes ne sont pas formellement hérétiques. Il est donc impossible à tout catholique conscient et fidèle d’adopter cette Réforme et de s’y soumettre de quelque manière que ce soit.
La seule attitude de fidélité à l’Église et à la doctrine catholique, pour notre salut, est le refus catégorique d’acceptation de la Réforme.
C’est pourquoi sans aucune rébellion, aucune amertume, aucun ressentiment nous poursuivons notre oeuvre de formation sacerdotale sous l’étoile du magistère de toujours, persuadés que nous ne pouvons rendre un service plus grand à la Sainte Église Catholique, au Souverain Pontife et aux générations futures.
C’est pourquoi nous nous en tenons fermement à tout ce qui a été cru et pratiqué dans la foi, les mœurs, le culte, l’enseignement du catéchisme, la formation du prêtre, l’institution de l’Église, par l’Église de toujours et codifié dans les livres parus avant l’influence moderniste du concile en attendant que la vraie lumière de la Tradition dissipe les ténèbres qui obscurcissent le ciel de la Rome éternelle.
Ce faisant, avec la grâce de Dieu, le secours de la Vierge Marie, de saint Joseph, de saint Pie X, nous sommes convaincus de demeurer fidèles à l’Église Catholique et Romaine, à tous les successeurs de Pierre, et d’être les « fideles dispensatores mysteriorum Domini Nostri Jesu Christi in Spiritu Sancto ». Amen.
En la fête de la Présentation de la Très Sainte Vierge.
+ Mgr Marcel Lefebvre

lundi 20 octobre 2014

Père Bruno OSB: Réflexions sur le communiqué de la maison générale de la FSSPX

Les « réserves » de la Maison générale de la FSSPX


Le 17 octobre est paru un « communiqué de la Maison générale de la FSSPX au sujet de la béatification du pape Paul VI » . Voici quelques réflexions que nous suggère ce document.

« La FSSPX exprime les plus sérieuses réserves sur les béatifications et canonisations des papes récents. »

On retrouve ici le même langage que dans les (trop rares) textes officiels concernant les « canonisations » du 27 avril dernier : on y faisait état d’interrogations, de doutes, de réserves, de perplexité… Mgr Fellay n’y parlait pas de pseudo-canonisations, ni ne mettait entre guillemets le mot canonisations. Il ne disait pas clairement si ces canonisations étaient vraies ou fausses, valides ou non, mais seulement qu’elles n’étaient « pas sérieuses » ou bien qu’elles « posaient un problème ».

Ici de même : la FSSPX n’a-t-elle que des « réserves » – si « sérieuses » soient-elles – à exprimer à la veille de la « béatification » du pape de la nouvelle messe ? La maison générale pense-t-elle que l’acte que s’apprête à poser François ce 19 octobre sera valide ? Sinon, pourquoi ne pas user de guillemets, et pourquoi ne pas déclarer franchement qu’il n’y aura pas de « bienheureux Paul VI », comme nous le faisions dans notre communiqué du 13 ?

La FSSPX exprime des « réserves » : elle ne manifeste pas son indignation, elle ne dénonce pas le scandale en tant que tel.