Affichage des articles dont le libellé est 2012. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 2012. Afficher tous les articles

mercredi 8 juillet 2026

Retour de la SSPX à 2012

 Source



Comme on pouvait s'y attendre la FSSPX vient d'être "excommuniée" par les modernistes romains. C'est en soi une grande grâce car cette sanction (en soi injuste), que les supérieurs ont tout fait pour éviter, établit un cordon sanitaire entre la tradition et le modernisme.

Mais il est toujours possible de résister à la grâce comme de l'accepter.

Si la SSPX accepte cette grâce de la séparation d'avec les modernistes, elle reconnaît alors que Mgr Williamson a eu raison de s'opposer au chapitre de 2012 et à toute la politique de ralliement par paliers avec Rome. Et que son opération survie (sacre de 6 évêques) était donc bien fondée et salutaire pour l'Église et les âmes.

Si au contraire la SSPX refuse cette grâce et reprend les contacts avec Rome dans plusieurs semaines, quand les passions seront retombées, alors les modernistes romains achèveront leur travail sur cette œuvre déjà très abîmée par 20 années de politique équivoque et malsaine.

Mgr Morgan et Mgr Zendejas [NdeR : article à paraître en français] nous ont mis en garde car pour le moment, rien ne semble gagné. En effet, les sirènes romaines risquent fort de reprendre. Voici par exemple ce que nous avons lu d'une personne adepte du ralliement :

"Ce décret est automatique et attendu. Il n’y a aucune surprise.
Ce qui sera significatif, ce sera la suite: dans quel cadre seront accueillis les transfuges de la SSPX, quel sort sera réservé aux communautés en régularité canonique, est ce que Rome laisse la porte ouverte à une reprise ultérieure du dialogue avec la Fraternité, etc.

Autrement dit, ces sacres sont un point de départ, pas un point d’arrivée. Tout commence…"

On peut hélas craindre que "tout recommence" tant que le mal n'a pas été purgé à la racine. Et ce mal, ce sont les décisions et orientations données par le chapitre de 2012.

Tant que la SSPX n'acceptera pas de revenir sur le chapitre de 2012 - auquel adhèrent les 4 nouveaux évêques - et ne reconnaîtra pas la pleine légitimité des 6 évêques de la Fidélité, il sera impossible aux catholiques fidèles de lui accorder confiance.

Pourquoi Rome englobe-t-elle les fidèles laïcs de la FSSPX dans l'excommunication ?

Le document romain, qui déclare l'excommunication à la suite des sacres conférés par la Fraternité Saint-Pie X, semble étendre cette sanction aux fidèles laïcs qui fréquentent habituellement ses chapelles.

Cette formulation peut surprendre. Peut-on réellement dire qu'un laïc « appartient » à la FSSPX ? En soi, il n'existe aucun formulaire d'adhésion, et la Fraternité Saint-Pie X n'est pas une association de fidèles laïcs, mais une société sacerdotale, comme son nom l'indique.

Un fidèle qui fréquente une chapelle tenue par des jésuites, des récollets ou des sulpiciens n'« appartient» pas pour autant à ces instituts. Il peut les soutenir, partager leur spiritualité ou leur apostolat, mais cela ne fait pas de lui un membre de ces communautés.

Comment, dès lors, Rome peut-elle considérer qu'un fidèle fréquentant les chapelles de la FSSPX « appartient » à cette œuvre ?

Une explication est peut-être possible.

En dehors d'une éventuelle imprécision de traduction, on pourrait comprendre que, depuis cette déclaration du 2 juillet, Rome considère désormais, de fait, l'existence d'une sorte d'« Église SSPX », ayant son centre à Menzingen, à laquelle seraient rattachés les fidèles qui la fréquentent régulièrement.
Si telle est bien l'analyse romaine, cela correspond précisément à la définition d'un schisme : l'existence d'une communauté ecclésiale distincte, structurée autour d'une autorité propre. La question ne serait donc pas d'abord doctrinale, mais disciplinaire et juridictionnelle.

Permettez-moi, à ce propos, une réflexion qui ne manquera sans doute pas de susciter des réactions.

Mgr Lefebvre aurait-il accepté que toute la Tradition catholique soit progressivement concentrée autour d'une seule œuvre ? Aurait-il approuvé la centralisation croissante opérée depuis une vingtaine d'années autour de la Maison générale de la SSPX, au point que presque rien ne puisse se faire, se dire ou se penser sans qu'elle en soit informée et n'intervienne, parfois par des décisions arbitraires et très gravement injustes ?  Mgr Lefebvre aurait il accepté que l'on chasse prêtres et évêques de la Fidélité au prétexte qu'ils ne sont pas DANS la SSPX ?

Aurait-il véritablement cautionné une telle évolution ?

Dès lors, Mgr Richard Williamson n'a-t-il pas, d'une certaine manière, eu raison d'accepter son exclusion de la Fraternité et de chercher ensuite à favoriser une organisation plus décentralisée de la Tradition, redonnant à chaque évêque, à chaque prêtre, à chaque père de famille et à chaque fidèle la responsabilité de ses propres décisions devant Dieu et devant toute l'Église ? Mgr Williamson ne nous répétait-il pas sans cesse que "le pasteur était frappé et les brebis dispersées", ce qui signifiait qu'il est tentant mais impensable de faire une église parallèle ?

Enfin, une dernière question mérite d'être posée. Même si cette sanction émane d'une autorité moderniste, est-elle pour autant entièrement dépourvue de fondement ? Est-elle totalement imméritée ?

Peut-être cette épreuve contribuera-t-elle à rappeler aux catholiques attachés à la Tradition leur responsabilité personnelle dans le combat de la foi, là où la Providence les a placés, plutôt que de s'en remettre systématiquement à une structure centrale.

Abbé Matthieu Salenave

jeudi 28 décembre 2017

Lettres aux fidèles de M.l'abbé Morgan en 2011 et 2012

Pour mémoire, voici deux lettres de Monsieur l'abbé Paul Morgan datée du 1 novembre 2011 et
du 31 août 2012. Ces deux documents témoignent de la sincérité de M. l'abbé Morgan qui espérait réellement que l'autorité de la FSSPX reviendrait dans la fidélité à l'héritage de Mgr Lefebvre. En novembre 2011, il écrit à ses fidèles que le préambule d'accord proposé à Albano en octobre 2011 a été rejeté et reconnu comme inacceptable par les membres de ce mini chapitre. Cette lettre sera retirée du site officiel.

En août 2012, l'abbé veut encore rassurer les fidèles de Grande-Bretagne en insistant sur le fait que le chapitre de 2012 ne veut pas abandonner la ligne doctrinale : c'était bien sûr sans compter sur la duplicité de Mgr Fellay qui saura exploiter la faille introduite par ce même chapitre pour arriver "in fine" à un accord canonique en douceur. 

Malgré les souhaits exprimés par M. l'abbé Morgan, les supérieurs de la FSSPX ont continué dans la logique du ralliement introduite subtilement par ce même chapitre. Voilà pourquoi M. l'abbé Morgan se verra, en conscience , obligé de démissionner de la FSSPX lors de l'été 2017 en raison de la question des mariages. A l'exemple courageux de M. l'abbé Morgan, puissent d'autres prêtres suivre sincèrement leur conscience sacerdotale.

__________________________________________

01 Novembre 2011

Lettre de l'abbé Paul Morgan au district de Grande-Bretagne de la FSSPX
Mardi 1er novembre, le site du district britannique de la FSSPX a mis en ligne l'édition de novembre de la lettre d'information de son supérieur, l'abbé Paul Morgan.

Ce texte a ensuite été retiré.


Mes chers frères,

La réunion des supérieurs de la Fraternité s'est tenue à Albano les 7 et 8 octobre comme annoncé dans la lettre d'information du mois dernier, et Mgr Fellay a notamment usé de cette opportunité pour discuter du Préambule doctrinal que lui avait présenté le cardinal Levada le 14 septembre.

lundi 16 décembre 2013

Lettre de l'abbé Ringrose à l'abbé Rostand: feu orange


Ce qui suit a été lu et distribué aux paroissiens de l'église Saint-Athanase à Vienna, Virginie, dimanche 16 décembre 2012 :

Source: Cathinfo

9 novembre 2012

Cher abbé Rostand,

Je vous remercie de votre lettre du 12 Octobre dans laquelle vous proposez un rendez-vous pour discuter de la situation au sein de la Fraternité Saint-Pie X. Bien que ce soit une offre très gentille de votre part et que je l'apprécie beaucoup, je ne pense pas qu'une telle une réunion soit utile, étant donné que les problèmes viennent des hauts dirigeants de la Fraternité, et vous n'êtes pas en mesure de changer cela.

Il est vrai que j'ai été un fervent partisan de la Fraternité depuis de nombreuses années. Ce soutien a été basé sur le fait que ma mission en tant que prêtre, et la mission de la Fraternité étaient une seule et même mission d'aider les âmes à s'accrocher à la foi catholique au cours de cette période où elle semble avoir été abandonnée par la Rome post-conciliaire.

Maintenant, je dois être plus prudent et réservé dans ce soutien. Je suis alarmé que le Supérieur Général dise que 95% de Vatican II est acceptable. Je suis étonné que la Direction de la Fraternité réponde aux trois évêques de la Fraternité en suggérant qu'ils font des erreurs de Vatican II des «super-hérésies». Je suis déçu que la réponse de la Fraternité à Assise III ait été si faible et anémique. Je suis attristé par les sanctions disciplinaires injustes envers les prêtres de la Fraternité qui suivent l'exemple de Mgr Lefebvre , et je suis indigné par le traitement de Mgr Williamson - et pas seulement son expulsion récente, mais le traitement minable qu'il a subi au cours des dernières années.

Avant cette année, lorsqu'un paroissien me demandait ce que je pensais de la Fraternité, je donnais toujours un feu vert. Étant donné les récentes actions de la Fraternité, je ne donne pas encore la Fraternité un feu rouge, mais je donne le feu orange de la prudence. Le voyant rouge s'allumera si et quand la société se permettra d'être absorbée dans l'Église conciliaire à laquelle Mgr Lefebvre a si vigoureusement résisté.

C'est avec une grande tristesse que je vous écris ces mots. Il y a beaucoup de bons prêtres fidèles zélés, dans les rangs de la Fraternité. Beaucoup d'entre eux que je connais personnellement et que j'admire. Beaucoup d'âmes dépendent d'eux. C'est par amour pour la Fraternité que je crains pour son avenir. Je crains qu'elle ne se trouve sur une voie suicidaire. La direction peut penser qu'un accord n'est plus d'actualité, mais je crains que ce ne soit pas la pensée de Rome.

Je prie pour que la Fraternité revienne à la mission que lui a donnée Mgr Lefebvre, sans compromis ou dissimulation [ndlr :"hedging" en anglais]. Quand elle le fera, elle aura mon soutien sans réserve.

Que Dieu vous bénisse et Notre-Dame vous assiste.

Fraternellement vôtre,

Rev. Ronald J. Ringrose

samedi 12 octobre 2013

Lettre de l'abbé Trincado à Mgr Fellay: 12 octobre 2012


Le samedi 13 octobre 2012, Mgr Fellay a donné rendez-vous à l’abbé Trincado. Celui-ci lui a remis la lettre que vous allez lire. Ensuite, l’abbé Bouchacourt s’est joint à la conversation. À 15h10 l’abbé Trincado a été convoqué à nouveau et, en présence de Mgr Fellay et du prieur, l’abbé Bouchacourt lui a remis une monition engageant une procédure de renvoi, fondée principalement sur la publication du courriel envoyé à l’abbé Chazal. L’abbé Trincado a rappelé que ce courriel avait été publié par erreur. Il a déclaré cependant qu’il ne rétractait pas ce qui était dit dans cette communication.


Note de la rédaction : Le blog Avec l’Immaculée n’a à ce sujet pas commis d’imprudence ou d’indiscrétion puisque le courriel en question était déjà publié au moins sur trois autres sites quand nous l’avons publié.


La publication de la lettre ci-dessous sur le site Avec l’Immaculée est faite avec l’autorisation directe de l’abbé René Miguel Trincado Cvjetkovic.






Mendoza, 12 Octobre 2012


A son Excellence Révérendissime, Mgr Bernard Fellay




Excellence,




Par la présente lettre, je tiens à exprimer avec tout le respect dû à Votre Excellence Révérendissime, ma profonde préoccupation au sujet de l'état actuel de notre congrégation et de l'avenir de celle-ci.


Depuis le milieu de cette année, la FSSPX est dans un état caractérisé, en interne, de division profonde et de grave crise de confiance dans l'autorité, et, à l'extérieur, on note un affaiblissement sensible de nos forces dans la défense de la foi et un discrédit croissant. On respire, en effet, un autre air dans la congrégation, très différent de l'air habituel ; entre nous, nous voyons s’installer la confusion, la discorde, la peur, la méfiance et la délation.




Cet effondrement interne touche toute la congrégation, de nos évêques jusqu’aux laïcs ; c’est la crise la plus générale et profonde qui a jamais existé en 42 ans de la vie de la FSSPX. La fracture est liée à la façon dont votre Excellence mène les négociations en cours avec la Rome libérale. Le secret qui est retombé sur les pourparlers a entraîné une série de dangers évidemment prévisibles, mais Votre Excellence n'a pas pris les moyens efficaces pour les contrer. Dans ces circonstances, certains membres de la congrégation, fatigués par le long combat ou cédant aux tendances dominantes libérales, ont approuvé l’idée d’un accord avec la Rome moderniste, tandis que d'autres la réprouvent parce qu'ils pensent qu'il n’est pas raisonnable de supposer que l'Eglise va sortir de la terrible crise qu’elle connaît depuis le fatidique Vatican II, en soumettant la Tradition au pouvoir des libéraux. On peut se demander : Quelle serait l'utilité d'une régularisation canonique dans le contexte actuel ? Sommes-nous en faute aux yeux de Dieu, d’être restés pendant quatre décennies en marge de la structure officielle, dominée sans aucun contrepoids par les modernistes ? Est-il réaliste de penser que nous pourrions arriver à être ce contrepoids ? Est-il raisonnable de prétendre se soumettre à des autorités libérales dont l’objectif obstiné est de nous amener au Concile Vatican II ? Une telle chose n'est-elle pas clairement suicidaire ? Ou est-ce que le pape actuel a cessé d’être un vrai libéral ? Certaines nominations faites récemment par le Saint-Père, comme celles du Cardinal Müller, ne prouvent-t-elle pas qu'il est irrationnel de se mettre entre les mains de la Rome actuelle ?




Peu importe que l'initiative de cet accord soit venue du Vatican ou de nos supérieurs, puisque la simple acceptation de la possibilité d'une paix - nécessairement fausse et injuste - avec ceux qui continuent à détruire l'Église, constitue une illusion claire et très dangereuse. On prétend que le protocole de 1988 serait un précédent en faveur de cet accord, mais c’est bien le contraire, car s’il s’agit de suivre un exemple, on doit imiter les saints hommes dans leurs réussites, et non pas dans leurs erreurs, et nous savons que Mgr Lefebvre a rapidement et expressément rétracté son erreur et son intention passagère de régulariser la congrégation en la soumettant au pouvoir de la hiérarchie moderniste (cf. lettre au Saint-Père du 02/06/88). Nous devons nous en tenir à son ultime et définitive volonté et non pas à un désir temporaire qui fut explicite, sans ambiguïté et définitivement révoqué.




Dans le cadre des négociations avec Rome, Votre Excellence a souvent recours à l'utilisation d'expressions ambiguës. L'ambiguïté a acquis, de cette façon, des droits de citoyenneté dans la FSSPX. Cette nouvelle façon de parler aux modernistes et au monde cause, entre autres maux, un grave scandale pour de nombreux traditionalistes. Il n’y a pas de doute que, dans les circonstances actuelles de progressive extinction de la foi, défendre la vérité avec des mots clairs et précis devant les destructeurs de la religion catholique et devant tous les hommes, est un devoir grave. La première charité est la vérité. Le diable s'est servi de l'ambiguïté pour sa grande victoire appelée Vatican II, et maintenant nous allons nous battre contre l'ambiguïté avec davantage d'ambiguïté? Votre Excellence, cependant, a choisi de diluer et de mélanger avec des paroles équivoques plusieurs vérités comme précisément la condamnation catégorique et sans équivoque que depuis 42 ans nous avons fait du concile, concile qui est la cause principale de l'état actuel et désastreux d’apostasie générale, ce qui entraîne la damnation de beaucoup d'âmes. Les ambiguïtés de Votre Excellence ont entraîné, comme cela était parfaitement prévisible, un grande quantité de rumeurs, sans que Votre Excellence juge opportun de les dissiper.




Dans la Fraternité Saint Pie X, il y a un «nouveau style» et pas seulement au niveau des mots. Ses notes caractéristiques sont l'ambiguïté, la diplomatie, le secret, l'hésitation et la timidité. Ce grave changement est en train de saper notre combat contre les erreurs qui empoisonnent l'Eglise et contre les loups en vêtements de brebis qui les diffusent, et dans le même temps, nous ne rappelons plus les bases : nous ne sommes déjà plus la Congrégation de Prêtres de ce « si, si, no, no » que le Christ a commandé, de prêtres qui appellent les choses par leur nom quoi qu’il advienne et quoi qu'il arrive. La façon de gouverner de votre Excellence révérendissime est autoritaire envers vos subordonnés et excessivement douce et condescendante envers les ennemis. Cela a un impact catastrophique à tous les niveaux de la vie de la Fraternité. Les soldats, pour le meilleur ou pour le pire, suivent leur général. C’est pourquoi, la vieille attitude de guerre directe, virile et résolue contre les ennemis du Christ, qu’on admirait dans nos prêtres, a cédé la place au calcul diplomatique, à la peur, au découragement, voire à la lâcheté. Un exemple est la déclaration du Chapitre de juillet, à un moment où toute l'Église nous regardait avec attention. Cette déclaration n’est pas exempte d’une certaine ambiguïté et d’une certaine faiblesse. Les six conditions pour une régularisation, récemment publiées, sont nettement insuffisantes et montrent aussi une faiblesse certaine devant la Rome moderniste.




Dans ce scénario malheureux, la confiance entre les membres de la congrégation est particulièrement blessée. Comment faire confiance à un Supérieur qui a rejeté les conseils et les avertissements de tous les autres évêques et de notre Fondateur ? En mai, nous avons pu lire une correspondance entre les quatre évêques, dans laquelle Votre Excellence révérendissime tente d'imposer sa propre opinion aux trois autres évêques, afin de parvenir à un accord avec Rome. Par lettre datée du 7 Avril, les trois autres évêques mettent en garde le Conseil général : « Monseigneur, messieurs les abbés, veuillez faire attention, vous conduisez la Fraternité à un point où elle ne pourra plus rebrousser chemin, à une profonde division sans retour et, si vous aboutissez à un tel accord, à des puissantes influences destructrices qu’elle ne supportera point. Si jusqu’à présent les évêques de la Fraternité l’ont protégée, c’est précisément parce que Mgr Lefebvre a refusé un accord pratique. Puisque la situation n’a pas changé substantiellement, puisque la condition émise par le Chapitre de 2006 ne s’est nullement réalisée (changement doctrinal de Rome qui permettrait un accord pratique), écoutez encore votre Fondateur. » En dépit de ces mots Votre Excellence est allée de l'avant dans la tentative de parvenir à un accord avec Rome.




Quelques mois plus tôt [NDLR, à Albano], Mgr de Galarreta avait également averti Votre Excellence, de façon également très claire, des conséquences prévisibles si l’on poursuivait avec cette intention : « Aller dans le sens d’un accord pratique serait renier notre parole et nos engagements devant nos prêtres, nos fidèles, Rome et devant tout le monde. […] Une telle démarche manifesterait une grave faiblesse diplomatique, de la part de la Fraternité, et à vrai dire, plus que diplomatique. Ce serait une faute de cohérence, de droiture et de fermeté, ce qui aurait comme effet la perte de crédibilité et de l'autorité morale dont nous jouissons. » Mais Votre Excellence n’a pas écouté Mgr de Galarreta.




Aucun cas n’a été fait par Votre Excellence des avertissements de ses pairs, mais vous avez continué à diriger notre bateau dans les récifs de l'accord. Si, finalement, il n'a pas été signé, cela est uniquement dû au Pape qui, de façon surprenante, a élevé les exigences par rapport à ce que Votre Excellence était disposée à accepter (cf. conférence de Mgr Tissier de Mallerais du 16/09/12) Aujourd'hui, nous subissons les conséquences prévisibles, sérieuses et peut-être irréparables d’une telle attitude obstinée incompréhensible.




Excellence, s’il apparait très surprenant que vous ayez choisi d'ignorer les avertissements apparemment unanimes de vos pairs, bien pire et plus inquiétant est le fait que Votre Excellence Révérendissime a déclaré que la volonté des modernistes romains l'emporte sur le bien de la Fraternité Saint Pie X : « Pour le bien commun de la Fraternité, nous préfèrerions de loin la solution actuelle de statu quo intermédiaire, mais manifestement Rome ne le tolère plus " (Réponse aux 3 évêques, 14/04/14). Lire: les libéraux et les modernistes à Rome ne tolèrent plus.




Par conséquent, compte tenu de ce qui précède, et en considérant :


1) que la FSSPX connaît une grave crise provoquée par un exercice très déficient de l'autorité qui n’a pas pris les mesures conduisant à prévenir les maux facilement prévisibles que nous regrettons aujourd'hui,


2) que cette situation perdurant nous détruira peu à peu, sans qu’il soit besoin d’un quelconque accord avec Rome,


en tant que membre de cette congrégation, je demande respectueusement à Votre Excellence, pour le bien de l'Eglise, pour le bien de la FSSPX et pour son propre bien, qu’elle démissionne dès que possible de son poste de Supérieur Général. Seul le remplacement des autorités existantes par d'autres clairvoyantes, vraiment diligentes quant au devoir essentiel d’assurer notre unité et de conserver l'esprit qui a toujours caractérisé notre congrégation, permettra que la FSSPX retrouve le chemin juste et saint par lequel Mgr Lefebvre l’a conduite.




Veuillez aggréer, Excellence Révérendissime, l’expression de mes salutations distinguées dans le Christ,


Padre René Miguel Trincado Cvjetkovic






VERSION ESPAGNOLE: 



Mendoza, 12 de octubre de 2012


Su Excelencia Reverendísima


Monseñor Bernard Fellay


Presente.


Excelencia:


Por medio de la presente, expreso a S.E.R., con el debido respeto, mi profunda preocupación por el estado actual de nuestra congregación, así como por el futuro de la misma.


Desde mediados del presente año, la FSSPX se encuentra en un estado caracterizado, en lo interno, por una profunda división y una crisis grave de confianza en la autoridad, y, en lo externo, por un notorio debilitamiento de nuestras de fuerzas en la defensa de la fe y un creciente desprestigio. Se respiran, en efecto, otros aires en la congregación, muy distintos a los de siempre, pues vemos que entre nosotros se ha instalado la confusión, la discordia, el miedo, la sospecha y la delación.


Este quiebre interno alcanza a toda la congregación, desde nuestros Obispos hasta los laicos, siendo el más general y profundo que haya existido en los 42 años de vida de la FSSPX. La fractura se debe al modo en que S.E. conduce las actuales conversaciones con la Roma liberal. El secreto que ha recaído sobre dichas conversaciones, ha significado una serie de peligros obviamente previsibles, pero S.E.R. no ha dispuso los medios eficaces para contrarrestarlos. En estas circunstancias, algunos miembros de la congregación, cansados por la larga lucha o cediendo a las tendencias liberales dominantes, aprueban la idea un acuerdo con la Roma modernista, mientras otros la reprueban porque piensan que no es razonable suponer que la Iglesia va a salir de la terrible crisis por la que atraviesa desde el fatídico Vaticano II, sometiendo la Tradición al poder de los liberales. Cabe preguntarse: ¿cuál sería la utilidad de una regularización en el contexto actual? ¿Estamos en falta a los ojos de Dios, al permanecer por cuatro décadas al margen de la estructura oficial, dominada sin contrapeso alguno por los modernistas? ¿Es realista pensar que nosotros podríamos llegar a ser ese contrapeso? ¿Es razonable pretender someterse a unas autoridades liberales cuyo obstinado objetivo es llevarnos al Concilio Vaticano II? ¿Acaso tal cosa no es claramente suicida? ¿O es que el Papa actual ha dejado de ser un verdadero liberal? Ciertos nombramientos recientemente hechos por el Santo Padre, como el del Card. Müller, ¿no prueban que es irracional ponerse en manos de la Roma actual?


No es relevante que la iniciativa de ese acuerdo haya provenido del Vaticano o de nuestros superiores, pues la sola aceptación de la posibilidad de una paz -necesariamente falsa e injusta- con los que no cesan de destruir la Iglesia, constituye una manifiesta y peligrosísima ilusión. Se pretende que el protocolo de 1988 sería un precedente en pro de este acuerdo, pero sucede más bien lo contario, pues si de seguir ejemplos se trata, se debe imitar a los hombres santos en sus aciertos, no en sus yerros, y sabemos que Mons. Lefebvre pronta y expresamente retractó su errada y pasajera intención de regularizar la congregación sometiéndola al poder de la Jerarquía modernista (cfr. carta al Santo Padre de 2-6-88). Debemos atenernos a su última y definitiva voluntad, no a una voluntad temporal que fue explícita, inequívoca y definitivamente revocada.


En el marco de las negociaciones con Roma, S.E. ha recurrido frecuentemente al empleo de expresiones ambiguas. La ambigüedad ha adquirido, con eso, derechos de ciudadanía en la FSSPX. Este nuevo modo de hablar ante los modernistas y ante el mundo está causando, entre otros males, grave escándalo a muchos tradicionalistas. No hay duda en cuanto a que, en las actuales circunstancias de progresiva extinción de la fe, defender la Verdad con palabras claras y precisas ante los destructores de la religión católica y ante todos los hombres, es un gravísimo deber. La primera caridad es la verdad. El demonio se valió de la ambigüedad para esa gran victoria suya llamada Vaticano II, ¿y ahora nosotros combatiremos la ambigüedad con más ambigüedad? Su Excelencia, no obstante, ha optado por diluir con palabras equívocas varias verdades, entre ellas, precisamente, la condena categórica e inequívoca que por 42 años hemos hecho del concilio, causa principal del actual desastroso estado de apostasía general y de la consiguiente condenación de muchísimas almas. Las ambigüedades de S.E. han generado, como también era perfectamente previsible, una gran cantidad de rumores, sin que Su Excelencia dispusiera lo pertinente para disiparlos oportunamente.


Existe desde ahora en la FSSPX, y no sólo al nivel de las palabras, un “nuevo estilo” cuyas notas características son la ambigüedad, la diplomacia, el secretismo, la vacilación y la pusilanimidad. Este grave cambio está debilitando nuestro combate contra los errores que envenenan la Iglesia y contra los lobos con piel de oveja que los difunden, y a la vez, nos está desprestigiando con fundamento: ya no somos la congregación de los Sacerdotes de aquel “sí sí, no no” que manda Cristo; la de los que llaman las cosas por su nombre, pase lo que pase y venga lo que venga. El modo de conducción, S.E.R., que además de lo dicho, es autoritario para con los súbditos y excesivamente blando y condescendiente para con los enemigos, está repercutiendo desastrosamente en todos los niveles de la vida de la FSSPX. Los soldados, para bien o para mal, siguen a su General; por eso la antigua actitud de directa, varonil y resuelta beligerancia ante los enemigos de Cristo, que se admiraba en nuestros Sacerdotes, ha dado paso al cálculo diplomático, al temor, al desánimo y hasta a la cobardía. Así es como la declaración del Capítulo de julio, en momentos en que toda la Iglesia nos miraba atentamente, no estuvo exenta de cierta ambigüedad y de cierta debilidad. Las seis condiciones para una regularización, recientemente dadas a conocer, son claramente insuficientes e igualmente demostrativas de cierta debilidad ante la Roma modernista.


En este infeliz escenario, la confianza entre los miembros de la congregación está particularmente herida. ¿Cómo confiar en un Superior que desecha los consejos y advertencias de todos los otros Obispos y de nuestro Fundador? En mayo hemos podido leer un intercambio epistolar entre los cuatro Obispos, en el que S.E.R. intenta imponer su propio parecer a éstos últimos, en orden a lograr el acuerdo con Roma. Mediante carta fechada el 7 de abril, los otros tres Obispos advertían al Consejo General: “Monseñor, Padres, pongan atención, ustedes conducen a la Fraternidad a un punto sin retorno, a una profunda división sin marcha atrás y, si ustedes llegan a un tal acuerdo, a poderosas fuerzas destructivas que Ella no soportará. Si hasta el presente los obispos de la Fraternidad la han protegido, es precisamente porque Monseñor Lefebvre rechazó un acuerdo práctico. Puesto que la situación no ha cambiado substancialmente; puesto que la condición emitida por el Capítulo del 2006 no se ha realizado (cambio de rumbo por parte de Roma que permita un acuerdo práctico), escuchen de nuevo a su Fundador.” Pese a estas palabras, Su Excelencia siguió adelante en el intento por lograr el acuerdo con Roma.


Varios meses antes, Mons. de Galarreta había advertido también a Su Excelencia, de modo igualmente claro, sobre las consecuencias previsibles que tendría el hecho de proseguir con ese intento: “Avanzar hacia un acuerdo práctico sería renegar de nuestra palabra y de nuestros compromisos con nuestros sacerdotes, nuestros fieles, Roma y frente a todo el mundo. Tal procedimiento manifestaría una grave debilidad diplomática por parte de la Fraternidad, y a decir verdad, más que diplomática. Sería una falta de coherencia, de rectitud y de firmeza, lo que tendría como efectos la pérdida de credibilidad y de la autoridad moral que gozamos”. Pero S.E. no escuchó a Mons. de Galarreta.


Ningún caso hizo Su Excelencia de los avisos de sus pares, sino que siguió dirigiendo nuestra nave hacia las rocas del acuerdo. Si finalmente éste no se firmó, se debió únicamente a que el Papa, sorpresivamente, elevó las exigencias por sobre lo que S.E. estaba dispuesto a aceptar (cfr. conferencia de Mons. Tissier de Mallerais de 16-9-12) Hoy sufrimos las previsibles, graves y quizá irreparables consecuencias de tal empecinada e incompresible actitud.


Excelencia: si resulta altamente sorprendente que haya optado por desechar el parecer y las advertencias unánimes de sus pares, mucho peor y mucho más preocupante es el hecho de que S.E.R. haya dicho que la voluntad de los modernistas romanos prima sobre el bien de la FSSPX: “Por el bien común de la Fraternidad, preferiríamos de lejos la solución actual de status quo intermedio, pero manifiestamente Roma no lo tolera más” (respuesta a los 3 Obispos, 14-4-12). Léase: los liberales y modernistas de Roma no lo toleran más.


Por tanto, teniendo en cuenta lo antes expuesto, y considerando -primero- que la FSSPX se encuentra en una gravísima crisis provocada por un muy deficiente ejercicio de la autoridad, al no haber tomado ésta las medidas conducentes a evitar los males fácilmente previsibles que hoy lamentamos; y -segundo- que esta situación, de persistir, nos irá destruyendo paulatinamente sin necesidad de algún acuerdo con Roma; como miembro de esta congregación, respetuosamente ruego a Su Excelencia que por el bien de la Iglesia, por el bien de la FSSPX y por su propio bien, dimita cuanto antes del cargo de Superior General. Sólo el reemplazo de las actuales autoridades por otras previsoras, verdaderamente diligentes en cuanto al deber esencial de velar por nuestra la unidad, y que conserven el espíritu que siempre caracterizó a nuestra congregación, hará posible que la FSSPX vuelva al recto y santo camino por el que la condujo Monseñor Lefebvre.


Saluda atentamente a S.E.R, en Cristo,


P. René Miguel Trincado Cvjetkovic

vendredi 4 octobre 2013

Lettre de l'abbé Trincado à l'abbé Chazal: 4 octobre 2012

Cet email date de début octobre 2012, et a été publié, à la suite d'une incompréhension sur le site SSPX Korea, qui soutient l'abbé Chazal. 




Cher abbé Chazal,

Je vous félicite pour votre courageuse défense de la Foi. S'il vous plaît félicitez de ma part l'abbé Pfeiffer et tous les prêtres qui résistent ouvertement aux Etats-Unis. Je suis l'abbé René Trincado Cvjetkovic, membre de la Fraternité St Pie X. J'ai 46 ans et je suis chilien. Je réside à Mendoza en Argentine. Je suis juriste et j'ai été auparavant officier dans l'armée.
Je suis opposé à l'accord avec Rome. Je m'oppose également à notre "nouveau style", ambigu et diplomate, parce que cette nouvelle attitude nous détruira même sans signer d'accord. Je pense que la seule façon de sortir de cette crise est que Mgr Fellay démissionne et qu'il soit remplacé par quelqu'un qui veut réellement entrer en guerre contre ce terrible modernisme. S'il est remplacé par quelqu'un qui cherche la paix (fausse et injuste) avec les hérétiques de Rome, nous serons détruits. Mais la difficulté est que la majeure partie du Chapitre est entre les mains de ceux qui suivent la "ligne molle".
Mon supérieur de district connaît ma position. Nous avons eu tous les deux des discussions passionnées. Il m'a interdit d'envoyer des e-mails pour défendre Mgr Williamson. J'ai répondu que l'ordre n'était pas approprié et que je défendrai Mgr Williamson par mails et par d'autres moyens. Il m'a menacé de sanctions. J'espère avoir répondu aux demandes.
Je vous informe que Mgr Fellay sera à Buenos Aires du 7 au 12 octobre. Il sera à Mendoza le 13 et à Santiago, au Chili le 14. Les prêtres de ces trois lieux sont contre un accord.
Je parlerai franchement avec Mgr Fellay. Je ne sais pas ce qui va se passer. Donc je vous contacte. Je voudrais savoir ce que vous en pensez.
S'il vous plaît, pardonnez mon mauvais anglais.
In Christo,
PRTC

mercredi 18 septembre 2013

Abbé Patrick Girouard: Accords avec Rome: conférence en français

Voici la conférence que prononça M. l'abbé P. Girouard en juin 2012 à des fidèles francophones au sujet des accords. Cette conférence mérite d'être (ré)écoutée et répandue car toujours d'actualité.
N'hésitez pas à la télécharger !

Abbé Girouard: Accords avec Rome (français) juin 2012

mercredi 14 août 2013

La deuxième bombe de l'abbé Chazal: War aims (les buts de la guerre)


Cebu, le 21 septembre 2012
Depuis ce mois fatidique de mai 2012, mon intention est toujours clairement restée la même : « Que la FSSPX et la Nouvelle Rome restent séparées jusqu'à ce que Rome se convertisse ». C'est ce que l’on appelle une condition de victoire.
Maintenant, après trois mois de combat ardent de la part des prêtres, des évêques, des moines et des fidèles, on constate que Mgr Fellay opère une marche arrière assez importante, ce qui est tout à son honneur. C’est aussi très rassurant, en ce sens que Son Excellence ne croit pas en sa propre infaillibilité, après tout.

samedi 10 août 2013

La première bombe de l'abbé Chazal: War On (c'est la guerre) mai 2012 [archives]

 L'abbé Chazal en Inde
L'abbé Chazal en Inde




C’EST LA GUERRE


PREMIER PRÉLUDE :
DANS UNE LETTRE, TROIS ÉVÊQUES DÉCLARENT QUE LA GUERRE CONTRE LA ROME CONCILIAIRE DURE TOUJOURS
ET
PRIENT MGR FELLAY DE NE SIGNER AUCUN ACCORD PRATIQUE AVEC ELLE.
SECOND PRÉLUDE :
DANS LEUR RÉPONSE, MGR FELLAY ET SES DEUX ASSISTANTS DÉCLARENT QUE LA GUERRE CONTRE LA ROME CONCILIAIRE EST FINIE
ET
QU’ILS VONT PASSER UN ACCORD AVEC ELLE SANS TENIR COMPTE DE L’AVERTISSEMENT EN QUESTION.
CES DEUX LETTRES SONT FACILES À TROUVER SUR L’INTERNET.


Wingdings X

Bohol, le 18 mai
OLVC (Notre-Dame des Victoires), Manille, le 20 mai
Séoul, le 27 mai 2012
Bien chers fidèles,
PREMIÈRE PARTIE
La Rome conciliaire fornicatrice
La semaine dernière, figurez-vous que je me suis réveillé réconcilié avec la Rome conciliaire… Pendant douze ans, j’avais cru que cela n’arriverait jamais, mais tandis que je dormais, la FSSPX avait procédé à son Vatican II, et ce sont à présent les fenêtres de la Fraternité qui, cédant au levier de la fausse obéissance, s’ouvrent à la Rome conciliaire.
Or, la Rome conciliaire doit être détruite, car pour nous, elle est Carthage. Nous n’avons rien de commun avec elle. Nous n’avons que faire d’une quelconque structure canonique en son sein, d’un quelconque accord pratique avec elle, d’un quelconque point de convergence doctrinale avec elle. Si Notre Dame a dit « Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist », c’est que Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist, en dépit de toutes les beaux arrangements diplomatiques auxquels nous pourrions songer, avec l’aide de l’apparat pontifical et cardinal, des palais, des monuments sacrés, des soutanes pourpres et des cordons d’aube, du parler romain si feutré et des adroits efforts de réconciliation, de la permission de dire la Messe, des ornements de la tradition et des cacahuètes du cardinal Hoyos.
La Rome conciliaire, cela reste la mort, non pour nous qui ne l’avons pas rejointe, mais pour ces innombrables millions d’âmes qui, depuis cinquante ans maintenant, auraient pu aller au ciel en demeurant catholiques ou en entrant dans l’Église catholique.
Or, puisque ce qui nous est proposé est d’être directement sous les ordres du Pape (ce qui n’a du reste rien de nouveau, dans la mesure où cela fut toujours proposé à ceux qui ont fini recyclés dans le modernisme), examinons soigneusement celui à qui nous souhaitons nous fier : le Pape Benoît XVI, qui règne mystérieusement et validement sur l’église officielle.
Le Pape Benoît XVI, auparavant cardinal Ratzinger, est notre ennemi le plus constant, le plus rationnel, le plus méthodique, le plus organisé, le plus efficace. Il nous étudie depuis des dizaines d’années. Il a presque réussi à piéger Mgr Lefebvre en 1988. Tout en partageant la théologie hérétique des autres dirigeants hérétiques, il offre de lui-même une image parfaitement conservatrice et rassurante. L’homme n’a jamais jeté personne en prison ; il ne nous a jamais combattus avec une autre arme que sa plume (ainsi que sa voix douce et mélodieuse), et il a fort bien réussi. « Car le pouvoir de ces chevaux est dans leur bouche… » (Apoc. IX, 19).
« Mais, Monsieur l’Abbé, comment pouvez-vous condamner un tel homme, la tête même de l’église visible, d’une telle manière, a priori, sur un ton aussi véhément ? Pourquoi une telle dureté ? »
Toute condamnation a priori est certes répréhensible, mais si la condamnation vient après l’accumulation d’une véritable montagne de preuves passées et présentes, elle doit être forte. Un loup est un loup. Si c’est un loup, il pense comme un loup, agit comme loup, tue comme un loup.
Penser comme un loup : Après sa piètre formation de séminariste, l’abbé Ratzinger est devenu l’un des conseillers de Karl Rahner, qui fut peut-être le pire peritus(expert) de Vatican II. Il a livré le fond de sa pensée dans un ouvrage que j’ai lu et dont le titre est fort traditionnel : « Principes de théologie catholique ». Ce qu’il croit profondément, c’est qu’en matière de religion, il n’existe aucun principe stable, SI CE N’EST QU’ON NE PEUT ALLER TROP LOIN DANS LA MUTATION DES CONCEPTS DOGMATIQUES. Tous les esprits ne fonctionnant pas à la même vitesse, on a donc besoin d’un modernisme adaptable et à plusieurs vitesses. Pascendicondamnait le modernisme en deux dimensions ; or, Benoît XVI, c’est du modernisme en 3D.
Cet art consommé a séduit beaucoup de ses confrères modernistes, de sorte que le cardinal Ratzinger a fini par devenir l’architecte du Nouveau Catéchisme, de la Déclaration sur la justification, de la Déclaration de Balamand, de tout le projet d’Assise… Presque toutes les déclarations désastreuses du Pape Jean-Paul II lui sont imputables. Or, peut-on dire qu’il a changé d’avis aujourd’hui ? Pas le moins du monde, puisque en lisant son récent décret de « béatification » de Jean-Paul II, il a déclaré longuement que le principal signe de la sainteté de celui-ci était le Concile et l’application opiniâtre du Concile dans l’église pendant toute la durée de son pontificat.
Voilà pourquoi il importe tant de déterminer si Benoît XVI agit comme un loup non pas hier, mais aujourd’hui ; car la grande tentation est de croire que les choses ont changé et qu’il s’appuie vraiment sur nous au point de devenir presque l’un d’entre nous… Comme tout cela est beau et joyeusement optimiste, n’est-ce pas ?
Mais non ! Et au moins quatre fois non, c’est-à-dire eu égard à l’hindouisme, à l’islam, au judaïsme et au protestantisme.
Hindouisme : Lorsque j’étais à Bombay, aux alentours de 2006, j’ai lu ce que Benoît XVI avait à dire sur l’inculturation en Inde. Il la préconisait, quoique avec des réserves, ce qui pourrait sembler parfaitement traditionnel. Mais qu’en était-il de ces réserves ? Eh bien, ce qu’il reprochait aux évêques indiens, c’était de n’insérer que des éléments hindouistes dans le culte catholique, au lieu d’y faire entrer suffisamment de culture bouddhiste, ce qui – selon lui – était fort regrettable dans la mesure où la religion bouddhiste est née en Inde et où le bouddhisme est une grande religion…
Islam : Là encore, Benoît XVI n’a pas baisé le coran, car il aurait agi ainsi contre sa retenue bavaroise. Mais lorsqu’il a visité la mosquée d’Istanbul, il a retiré ses chaussures, s’est rendu au Mirhab, a joint ses mains dans la position musulmane, s’est tourné vers la Mecque et a prié avec les musulmans qui l’entouraient. Tout cela n’a duré que quelques minutes, et il ne l’a jamais refait depuis, mais on y retrouve une fois de plus le même type de comportement. Benoît XVI est un peu comme une bande de vidéo-surveillance : ennuyeux à regarder, sauf pour quelques horribles séquences.
Judaïsme : Le manque d’assiduité de Benoît XVI aux cultes païens et musulman est manifestement compensé par sa ferveur et son admiration pour la religion juive. Chaque année ou presque, le Pape se rend à la synagogue et y fait de longs discours dont il ressort essentiellement que « l’Ancienne Alliance est toujours valide et n’a pas été révoquée ».
Comment peut-on s’opposer de manière aussi explicite à la foi catholique et, en particulier, aux épîtres de saint Paul ? C’est gravissime, car l’œcuménisme dont Benoît XVI témoigne ainsi laisse entendre que le judaïsme est une religion au dessus de toutes les autres. Le choix du judaïsme est d’ailleurs judicieux, car cette fausse religion est précisément la pire de toutes dans la mesure où elle représente la négation intégrale et véhémente de la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Protestantisme : Ce qui précède ne saurait donner à entendre que Benoît XVI ne comprend pas la profonde spiritualité de Martin Luther. Et là encore, l’intéressé va plus loin que Jean-Paul II, puisqu’il entre dans le temple protestant en grand apparat pontifical (non pas seulement en soutane blanche) et qu’il y participe à la première partie de l’office protestant (rappelons-nous que Benoît XVI est un conservateur, c’est-à-dire seulement à moitié mauvais). Sa louange de Luther est profonde et détaillée, motivée sur les plans spirituel et théologique ; mais qu’attendre d’autre d’un Pape allemand ?
On ne doit pas perdre de vue qu’il est le premier Pape à s’être écarté de la doctrine catholique sur la contraception artificielle, à inviter des athées à la réunion de prière d’Assise, à rencontrer une femme « évêque » en habit féminin, à donner la communion à un protestant (le « frère » Roger, de Taizé), etc…
Sa récente interview intitulée « Le Sel de la Terre » trahit un esprit terriblement confus, incapable de nourrir des idées stables et d’admettre des dogmes fixes, un esprit sans foi selon ce qu’a écrit Mgr Tissier de Mallerais (dont le livre n’a pu être publié par Clovis pendant un certains temps à cause d’empêchements techniques et que ne traduira pas The Angelus, par respect pour les sensibilités du District américain). Benoît XVI s’attend toujours à un renouveau, en dépit des signes évidents de destruction. Il a accompli la prouesse d’écrire un livre sur Jésus sans mentionner une seule fois Sa divinité. Il est complètement sclérosé dans sa pensée, et c’est pourquoi toute discussion doctrinale avec ses experts étaient vouée à l’échec.
Tuer comme un loup : Lorsque quelqu’un fait montre d’une telle obstination dans ses idées, il n’y a aucune chance de le voir changer dans ses actions. Pour autant qu’on sache, Benoît XVI ne dit pas la vraie Messe. Un jour, il a dit une messe face à l’Orient dans la Chapelle Sixtine, mais a expliqué aussitôt après que c’était parce qu’il n’y avait pas dans celle-ci d’autel face au peuple ; il a ajouté que le texte qu’il avait récité était celui de la nouvelle messe, cette messe qui envoie tant d’âmes en enfer.
Le cardinal Ratzinger a pourtant dit la vraie Messe dans le passé, mais c’était pour créer la Fraternité Saint-Pierre (cette vaste antichambre où les prêtres subissent un recyclage avant d’être incardinés dans le diocèse local), ou encore à Fongoumbault, où il conduisit les réunions sur « la Réforme de la Réforme ».
Benoît XVI ne croit pas en la vraie Messe, qui n’est à ses yeux qu’une pièce de musée. Récemment encore, je lisais, dans l’avion, un article du Well Street Journalsur sa visite à Cuba. Chose très curieuse, Fidel Castro lui demanda, lors de leur rencontre, pourquoi l’Église avait dû modifier sa liturgie. Benoît XVI répliqua immédiatement : « pour le renouveau ». C’est là une réponse typique de moderniste acharné.
Son obstination dans l’erreur l’amène à soutenir toutes ces formations néo-chrétiennes et protestantes teintées de charismatisme, car elles créent l’idée fausse d’une restauration comme celle de l’Opus Dei, qui replonge ce qui reste de piété aux âmes dans l’égout collecteur de toutes les hérésies. Dans son genre, Benoît XVI est un génie.
Si vous voulez savoir qui commande, il vous faut aussi regarder qui il nomme, car gouverner, c’est déléguer. Les trois principales positions de l’église sont celles de Secrétaire d’État, de Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et de Préfet de la Congrégation pour les Évêques.
Le cardinal Bertone, Secrétaire d’État, est un délinquant notoire. Contrairement à Benoît XVI, c’est un moderniste avoué, comme ses célèbres prédécesseurs, les cardinaux Villot et Casaroli. Il a le mauvais caractère d’un Villot et l’esprit manœuvrier d’un Casaroli, et il veille au maintien de leur héritage, à savoir l’idée selon laquelle tous les gouvernements civils des pays catholiques doivent être séparés de l’Église et encouragés à agir selon les principes maçonniques. Les Dix Commandements de la Secrétairerie d’État sont les droits de l’homme fondés sur la dignité de la personne humaine. La paix mondiale exige donc qu’aucune mesure sérieuse ne soit prise pour mettre fin à la persécution des catholiques dans les pays antichrétiens – Chine, Russie et monde musulman – et que l’on sème discrètement la confusion dans les efforts de ceux qui veulent y rester catholiques.
Le cardinal Bertone a obtenu l’excommunication de notre bon ami, le Père Nicholas Gruner. On le connaît surtout pour l’enterrement du message de Fatima, bien que ce ne soit pas lui qui l’a manigancé en 2000, cette tâche ayant été accomplie par son maître, le cardinal Ratzinger.
Le personnage suivant est le cardinal Levada, ami proche et successeur du cardinal Ratzinger à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Il ne semble pas faire grande chose, mais un dossier vital a pourtant été posé sur son bureau : les relations avec la FSSPX… Et voyez comme il s’y prend bien pour nous réduire en miettes !
Nous ne connaissons guère le passé du cardinal Levada, et c’est dommage. Mais il fut évêque de San Francisco, où il y avait des paroisses pour les gays et lesbiennes ; c’est ce que nous ont dit nos fidèles de la région de la baie. On sait également qu’il a tenté de réintégrer le regretté abbé Heidt dans son diocèse, où l’intéressé aurait siégé en majesté, flanqué d’experts canoniques et de théologiens prêts à lui tirer dessus. Mais l’abbé Heidt ne s’en est pas laissé compter : « D’accord, je reviens ; vous pouvez me reprendre, mais à une condition » – « Laquelle ? » – « Je ne veux voir aucun prêtre gay dans ma paroisse et mes activités paroissiales » – «  Je regrette, monsieur l’abbé mais je ne peux que vous répondre non » – « Alors, moi aussi », a rétorqué le vieux guerrier en quittant la salle. L’abbé Heidt a eu bien raison : que faisons-nous avec ces gens-là ?
Seules quelques personnes sont bien informées sur le cardinal Ouellet, Préfet de la Congrégation pour les Évêques. Comme les deux autres, celle-ci s’attache à maintenir l’Église dans sa désolation actuelle au sein de chaque diocèse comme à chaque autre niveau local. Car ce serait un désastre pour l’église du Novus Ordosi un seul de ses quatre mille évêques se révélait être entièrement traditionnel. Non seulement cela, mais la Congrégation en question veille à ce qu’aucun évêque issu de la mouvance Ecclesia Deine dise la vraie Messe. Et bien que l’on en trouve effectivement un à Campos, il doit essayer de gouverner ses fidèles sous la haute main d’un autre évêque, à savoir l’ordinaire officiel de Campos.
À examiner toutes les congrégations de moindre importance, on trouve dans chacune le même schéma de liquidation organisée de l’Église catholique. Pour plus de brièveté, je n’en mentionnerai qu’une : la Commission Ecclesia Dei. Tandis que la Rome conciliaire cherche à nous enlacer tendrement d’un bras (le cardinal Levada), le même mois et de l’autre bras (Mgr Pozzo), elle étrangle à mort l’Institut du Bon Pasteur. Ce dernier est en effet sommé de s’aligner sur Vatican II pour ses prêches, ses séminaires, la célébration occasionnelle de la nouvelle messe et une entière collaboration avec le diocèse local, contrairement aux assurances données cinq ans plus tôt. Comment pourrions-nous être tenus de croire que la Rome conciliaire ne formulera pas la même exigence d’ici cinq ou six ans vis-à-vis de la petite FSSPX, qui, paraît-il, croit pouvoir se marier avec l’église officielle sans perdre la virginité de sa Foi ?

 

DEUXIÈME PARTIE

L’adultération de la Vérité
Au vu de ce qui précède, on peut dire maintenant que se placer sous la coupe de Benoît XVI équivaut à une adultération de la vérité. Le Pape Benoît XVI est le meilleur de sa catégorie ; il est la Mercedes Benz, la Porsche et la BMW du modernisme. Dans les circonstances concrètes du moment, agir ainsi est donc une folie consistant à trahir la vérité, à brader la Tradition, à préparer le massacre des âmes de ceux qui se sont placés depuis quarante ans sous la protection de la Fraternité.
Fort heureusement, la Providence est toujours intervenue pour empêcher l’irréparable de se produire, mais il est on ne peut plus utile et sûr de savoir d’avance combien serait peccamineuse la conclusion d’un accord avec la Rome conciliaire.
LA FOI : Elle ne saurait exister sans être confessée. La FSSPX a été conçue par son fondateur comme une armée perpétuelle de la foi en lutte contre Carthage. Elle pourra recevoir bien des coups et en recevra, mais elle s’auto-démolira si elle cesse de se dresser publiquement contre l’erreur. Notre Seigneur a dit de Satan : « In veritate non stetit » ; il « n’est point demeuré dans la vérité » (Jean VIII, 44). On pourra dire la même chose de nous si nous mollissons. Notre Seigneur polémiquait avec les Juifs sur la question de la vérité ; il y a là un thème majeur de l’Évangile selon saint Jean, dans lequel l’autorité est très souvent présentée comme s’opposant à la Vérité. Saint Jean n’était pas un révolutionnaire : si l’autorité découle de la vérité, alors il faut la suivre, mais il n’est pas rare qu’elle faillisse à la vérité.
Lorsque la Foi est en danger, notre devoir envers elle devient immense. Ce devoir fait du reste l’objet du sacrement de Confirmation, au cours duquel le front du chrétien est oint afin ne pas rougir dans la lutte pour la Foi. Saint Paul dit qu’on a la Foi pour assurer sa propre justification, mais – ce qui est plus important – qu’il faut confesser la Foi pour faire son salut, de même que celui des âmes se trouvant dans l’erreur et la confusion. La plupart d’entre nous sommes devenus des catholiques traditionnels grâce à la confession de la foi faite par d’autres catholiques ; or, cela changera dès que la Rome conciliaire nous aura imposé le silence sur ses erreurs.
Faute de nous détruire carrément, Rome veut nous cantonner dans une coquette réserve. Mais une réserve est une prison, quels que puissent être le confort et les équipements qu’on y trouve. Notre Foi ne nous appartient pas à nous seuls, elle appartient au candélabre, elle appartient à ceux qui, dans le monde, sauront s’en prévaloir, ajoutant ainsi aux pressions exercées sur Rome pour qu’elle revienne à la Foi.
L’ESPOIR : Car en ces heures sombres, au lieu d’un faux retour, n’est-ce pas un retour intégral de Rome à la Rome éternelle que nous recherchons ? Le livre de l’Apocalypse met en garde contre la tromperie de l’ange de l’Église de Sarde, qui a la réputation d’être vivant, mais qui, en réalité, est mort (les Perses ont pris Sarde par tromperie) (Apoc. III, 1), contre le caractère trompeur du cheval pâle (ni entièrement noir, ni entièrement blanc ; dont le cavalier a pour nom la mort, parce que le mélange de vérité et d’erreur tue plus d’âmes que les hérésies flagrantes du cheval noir et les persécutions violentes du cheval rouge (Apoc. VI, 8)), de même que contre les criquets dévoreurs qui ont l’apparence de la Charité (Apoc. IX, 7).
Notre Dame est toute blanche, n’a pas de gris en elle et apprécie l’allure d’une armée rangée en ordre de bataille. Elle n’a promis ni un Pape qui consacrerait à moitié la Russie (car cela ne convertirait la Russie qu’à moitié), ni – moins encore – un Pape qui déformerait son message. Elle a promis un Pape qui ferait exactement ce qu’elle demande. Ce grand Pape est annoncé également dans la prophétie de saint Malachie, ainsi que dans d’autres prophéties.
Comment pourrait-il en aller autrement, puisque la blancheur de l’habit pontifical signifie la pureté de la doctrine professée par celui qui le porte et la sainteté des actions qu’il accomplit en tant que chef de l’unique société capable de sauver l’espèce humaine ? Notre espoir est que l’Église redevienne l’arche du salut, devienne capable d’engendrer des enfants pour le Ciel. Telle est sa mission, et en cela réside sa Charité.
LA CHARITÉ : Dans les circonstances du moment, tout accord avec la Rome actuelle est un déni de la MISSION de la Fraternité, qui a été conçue précisément pour ARRACHER les âmes aux griffes des loups vêtus en papes, en cardinaux, en évêques et en prêtres dans le monde entier, tant que l’église officielle faillira à sa mission. Pour échapper aux crocs du loup, il ne faut surtout pas se jeter dans sa gueule, il faut se maintenir entièrement hors de sa portée.
En outre, comme beaucoup de prêtres de la FSSPX ne sont pas d’accord avec le virage à 180° qui est envisagé, tout cela va finir en une effroyable cassure. Nous allons ressembler à une secte, dont « un parti » luttera contre « l’autre parti », faisant ainsi la fortune des hommes de loi qui auront à déterminer lequel des deux devra conserver tel ou tel bien matériel de la Fraternité.
Cette cruelle lutte interne découragera beaucoup de nos fidèles, qui ne disposent pas des informations nécessaires pour savoir auquel de ces deux partis ils auront à faire ; de plus, elle fera fuir ceux qui s’apprêtaient à entrer dans la Tradition ou à la réintégrer.
C’est pourquoi je ne puis comprendre la phrase terrible « Nous ne pouvons écarter l’éventualité d’une division ». Au contraire, il suffit de réaffirmer notre position doctrinale et une évaluation de la Rome conciliaire fondée sur les faits pour assurer l’unité entre nous. La vérité ne peut que rassembler, et si la FSSPX maîtrise cette tempête, elle deviendra longtemps encore impossible à diviser.
N’est-ce pas justement une division que la Rome cruelle d’aujourd’hui cherche à nous infliger ? Les sédévacantistes ne se réjouissent-ils pas à nous observer ? Le suicide est un péché contre la Charité ; nous n’avons pas le droit de tuer une institution entière, et c’est ce problème qui devra être l’unique préoccupation du prochain Chapitre.
LA PRUDENCE : Mgr Lefebvre n’a jamais fait confiance à la Rome conciliaire – quand bien même il négociait avec elle –, parce qu’il voyait clairement qu’elle ne cessait de brandir l’erreur. Mais quoique les Romains n’aient pu le tromper, il a bien précisé que l’expérience ne devrait jamais être répétée après son départ, tant que Rome ne serait pas entièrement revenue à la Tradition. Comment pouvons-nous prétendre être plus malins que l’archevêque, qui n’a échappé que d’un cheveu au piège des rusés romains ? Et si nous ne partageons pas la finesse d’analyse de Mgr Lefebvre, comment pouvons-nous prétendre élucider les propositions pratiques que Rome ne cesse de nous faire miroiter ? Comment pouvons-nous accepter de prendre ne serait-ce que le moindre risque (et le risque est en réalité énorme) de perdre autant au profit d’ennemis avérés ?
L’étude de Barbier et Crétineau-Joly a joué un rôle important dans la conduite pratique et doctrinale de l’archevêque. Ces deux auteurs ont bien précisé qu’après sa période destructrice (la Terreur dans le cas de la France, les années soixante et soixante-dix dans le cas de l’Église), la Révolution choisit de s’adoucir dans le traitement de ses ennemis. C’est ce qu’on appelle sa phase thermidorienne, dont la meilleure illustration fut le traité de La Jaunaye, lequel mit fin aux guerres de Vendée en divisant l’armée catholique entre ceux qui en avaient assez de la guerre et les irréductibles partisans de Charrette, qui furent liquidés une fois isolés du premier groupe. Tout au long du dix-neuvième siècle et jusqu’à Vatican II inclus, le catholicisme français s’est divisé entre libéraux et traditionalistes. Toutes les révolutions ont leur phase d’adoucissement apparent destinée à isoler ceux qui veulent continuer à se battre, et c’est pourquoi il importe que nous ne confondions pas une fausse restauration, un faux retour de Rome à la Tradition avec la véritable et totale conversion de la papauté, qui arrivera, mais à l’heure fixée par Dieu. Nous ne devons pas rêver d’une fin heureuse de cette crise ; « Custos quid de nocte ? », dit l’Écriture : « Sentinelle, où en est la nuit ? » La lumière du jour viendra-t-elle aujourd’hui, ou ne s’agit-il que d’une trompeuse lueur ?
La terrible question qui se pose est de savoir combien d’entre nous sont las de cette guerre contre la Rome conciliaire, guerre en laquelle ils ne voient plus qu’une pose héroïque à la fois inutile, dommageable et orgueilleuse.
LA JUSTICE : « Mais, Monsieur l’Abbé, Rome propose de réparer l’injustice qui nous a été faite, Rome veut être équitable et nous faire une place ». Tout d’abord, nous ne nous battons pas pour laver notre honneur, nous devons au contraire être comme Suzanne, qui accepte d’être injustement accusée, ou comme Rebecca, qui dit : « Je prends sur moi ta malédiction, mon fils ». Notre situation est celle d’un fils chassé de chez lui par son père ivre, qu’il veut empêcher de brutaliser sa mère. Au bout de quelques jours, le père accepte de reprendre le fils chez lui à condition qu’il arrête de lui faire des remontrances pour deux ou trois verres de whisky et quelques accès de mauvaise humeur contre sa mère. La conduite de la Rome conciliaire est parfaitement répréhensible, car le père doit mettre fin à ses abus avant de pouvoir reprendre son fils chez lui.
LA FORCE : On fait la guerre pour détruire la volonté de combattre dans l’esprit de son adversaire. Un général se distingue en ceci d’un homme d’affaires ou d’un bureaucrate que s’il doit être prudent comme eux, il lui faut aussi conserver cette prudence sous le feu (cf. Sun Tsu : « L’Art de la Guerre »). Patton disait à ses soldats : « Ne craignez que votre général ; car s’il est bon et si vous êtes mauvais, il vous bottera le cul ; alors que s’il est mauvais, c’est l’ennemi qui vous bottera le cul ! » J’espère sincèrement qu’aucune religieuse ne lit ces lignes ; si tel était le cas, j’aurais des problèmes… 
Monseigneur Fellay parle des terribles menaces venant de Rome, mais de quoi s’agit-il donc ? D’une nouvelle excommunication ? D’une nouvelle suspension ? Nous avons l’habitude d’être excommuniés et suspendus à cause de la vérité, et force est de noter, du reste, que pour qu’un châtiment soit efficace, il faut que la personne qui châtie croie en ce qu’elle inflige. Ces menaces de Rome sont donc insignifiantes. Dans le passé, l’excommunication entraînait un danger imminent de damnation ; or, la Rome conciliaire ne croit qu’au salut universel, de sorte que le pire danger pour nous serait d’être relégués à un quelconque niveau de communion plus périphérique que les autres, malgré quoi nous serions quand même mieux lotis que les musulmans, les païens et les athées, tous membres – que cela leur plaise ou non – de la secte balthazarienne pratiquant l’inclusion universelle.
(Le seul être que nous pouvons et devons désespérer de voir sauvé n’est ni Judas, ni Lucifer, mais Mgr Williamson qui, nul ne peut le nier, a osé commettre le plus abominable crime de toute l’histoire de l’humanité. En revanche, tout ira toujours très bien pour Mgr Fellay).
LA TEMPÉRANCE : On a tendance à ignorer qu’un des actes relevant de la vertu de tempérance consiste à rejeter l’orgueil et la flatterie. Les autorités romaines actuelles sont en cela des experts insurpassables. Elles nous donnent la permission de dire la Messe partout à Rome et hébergent nos prêtres dans des palais romains, y compris le Saint-Office, juste derrière la basilique Saint-Pierre. Elles ne cessent de nous répéter – comme le cardinal Gagnon en 1988 – que notre travail est très valable, d’autant plus que l’Église d’aujourd’hui est aux prises avec tant de problèmes, et que nous devons faire entrer effectivement les forces conservatrices dans l’Église pour y lutter contre les progressistes (de même que les conservateurs luttent contre les libéraux dans toutes les démocraties libérales du monde, avec les pitoyables résultats que l’on voit). Leur gastronomie est somptueuse, le ballet des soutanes rouges, des barrettes, des ourlets et des dentelles est de retour, comme au bon vieux temps, et une porte dorée est tenue ouverte en permanence à notre intention pour que nous puissions nous joindre au ballet. Je ne mets pas en doute la saveur du plat de lentilles, mais qu’ils le dégustent eux-mêmes, et je conserverai l’héritage de ma Foi.
Dans la mesure où j’en ai la faculté de par mon pouvoir sacerdotal, je maudis donc ce septuple péché contre les sept vertus et les sept dons du Saint-Esprit. Car il s’agit d’un péché qui commence par un assaut indirect, mais très réel contre la vertu de Foi et qui est suivi, en toute logique, de la chute des six autres dominos.

 

TROISIÈME PARTIE

Une trahison contrecarrée, mais tentante
(Situation au 25 mai, appelant donc une réévaluation périodique)
Nous le méritons depuis douze ans au moins, mais les fidèles et de nombreux prêtres n’ont reçu aucun avertissement de ce vaste changement de direction, de ce tournant à 180 degrés vers Rome, opération qui relève de la tromperie active, voire de la trahison.
Pour le moment, la trahison est contrecarrée, grâce à Dieu, grâce aussi à la résistance de beaucoup de gens, de même qu’à l’opposition de certains modernistes et des évêques français, mais elle essaye maintenant d’opérer par la bande. C’est pourquoi nous avons besoin, comme sur un bateau de guerre, de bons calculs balistiques pour réajuster le tir de nos canons sur la nouvelle position de l’ennemi… Et alors, mais alors seulement, le navire de l’ennemi ira par le fond !
À présent, et avant de vous laisser lire cette lettre plus avant, je vous demande, cher lecteur, de signer le préambule suivant : « Je, soussigné cher lecteur, déclare par la présente que Monseigneur Bernard Fellay n’a encore rien signé avec la Rome conciliaire, bien qu’il souffre d’un puissant désir de le faire, et que pour le moment, jusqu’au dernier nanomètre séparant sa plume du papier, il est entièrement exclu de la catégorie des traîtres et demeure notre bien-aimé et respecté Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Date (n’importe laquelle entre aujourd’hui et la signature de Mgr Fellay). Signé : cher lecteur.
Ce document étant signé, il m’est loisible de poursuivre sans crainte, car je sais que certains d’entre vous auraient pu m’accuser de présenter mon supérieur comme un traître dans la suite de ce sermon.

 

LA SITUATION ACTUELLE

Elle deviendra rapidement caduque.
Le prochain Chapitre général s’annonce comme une sorte de Vatican II. Au lieu d’être dogmatique, ainsi qu’il aurait dû l’être, le concile Vatican II fut un concile pastoral, et le prochain Chapitre de la FSSPX, au lieu d’être un Chapitre doctrinal destiné à traiter du problème urgent de l’heure, est abusivement baptisé, désormais, « Chapitre administratif ». Non pas qu’il faille passer sous silence les détails administratifs, mais c’est à la fin qu’on doit les aborder, de même que les actions suivent les idées dans les épîtres de saint Paul.
Tout Chapitre général est convoqué pour traiter des questions auxquelles une institution doit faire face. Or, la FSSPX est aux prises avec le plus grave problème qu’elle ait connu depuis sa création, car elle est en train de se diviser doctrinalement (qu’on lise, pour s’en persuader, la lettre des trois évêques et la réponse que leur a faite le quatrième). C’est pourquoi quiconque doué de bon sens placerait les affaires courantes en veilleuse et n’inscrirait qu’un seul point à l’ordre du jour : le problème doctrinal. Étant donné les circonstances actuelles, le nom même de Chapitre administratif (correct dans des circonstances ordinaires) a quelque chose de cruel, comme la dissimulation volontaire d’un grave danger. On ne devrait parler, en l’espèce, que de Chapitre DOCTRINAL.
Mais même si cet intitulé peut être accepté, le démon continuera d’agir par la bande, et pour lui, la solution consistera dès lors à supprimer ou, mieux encore, à ajourner le Chapitre général, selon les quatre mots d’ordre en vigueur lorsqu’il se produit une crise grave :
1. Il ne se passe rien.
2. Il pourrait se passer quelque chose, mais il nous est encore impossible de dire ce que ce serait au juste.
3. Il se passe quelque chose, mais nous ne pouvons rien y faire.
4. Il s’est passé quelque chose ; examinons donc la crise grave suivante.

 

COMMENT ON EN EST ARRIVÉ LÀ

Revenons en arrière, et voyons de quelle manière notre position s’est détériorée au fil des années.
1. MANQUE DE CLARTÉ
Ce qui est, d’emblée, très inquiétant, c’est cette nouvelle culture du secret, que Mgr Lefebvre n’appliquait pas lorsqu’il se rendait à Rome. À son retour, il exposait franchement tout ce qu’il avait fait à ses séminaristes, et la substance des discussions qu’il avait eues était partout publiée dans les quarante-huit heures.
Or, aujourd’hui, répondant à ses trois confrères en épiscopat, Mgr Fellay indique qu’il ne peut s’ouvrir de ce qu’il sait et qu’il ne le fera pas, même auprès d’eux (qui ne sont pas du menu fretin séminariste).
Il ne fait pas bon être un évêque de la Fraternité par les temps qui courent, et je ne songe pas spécialement à celui qui a failli se faire expulser en septembre dernier, non sans en être encore chaque matin sous le coup de cette menace ; je songe à la fable du loup et de l’agneau.
Le menu fretin sacerdotal que nous sommes a pu lire avec effroi, dans son bulletin interne, la bonne nouvelle que « le temps est venu d’être reconnus par l’Église officielle », ou encore que l’on attend de Rome l’octroi d’une structure canonique dès qu’elle aura signé notre déclaration doctrinale. Alors, inévitablement, les passagers se mettent à hurler, parce que l’avion a coupé les gaz et perd très vite de l’altitude ; puis, le pilote remet les gaz en disant : « C’était juste une blague, rien n’est signé… ENCORE ».
Toute cette incertitude nous est une nouvelle croix et crée un sentiment général de malaise.
2. PERTE DE LA FORME DE PROCÉDURE RÉGULIÈRE
Nous nous sommes promis – et cette promesse a été souvent réitérée – qu’un accord pratique ne pourrait intervenir entre nous et Rome en l’absence d’un accord doctrinal. Or, les discussions doctrinales viennent d’échouer, Benoît XVI rentre tout juste d’Assise III, et nous voudrions d’une solution canonique avec la Rome conciliaire ?
La signature d’un accord pratique avec l’église officielle est une question primordiale pour toute congrégation religieuse. C’est pourquoi, là encore, il nous a été promis qu’avant de prendre une décision aussi lourde de conséquences, le conseil général de la Fraternité convoquerait un Chapitre général. Et voici que l’on nous annonce une signature en mai ou juin ; comment est-ce possible ?
Aucune attention n’a été prêtée au sort des autres congrégations (dominicains, capucins, bénédictins, carmélites, etc.) et de tous les prêtres indépendants qui œuvrent à nos côtés, pour le cas où nous signerions. Leur avenir est en jeu, leur position dans l’église conciliaire serait encore plus précaire que la nôtre, et personne ne s’en préoccupe ?
Avons-nous songé à la manière dont Rome admettra que nous convalidions, c’est-à-dire que nous mettions en doute les sacrements conciliaires de confirmation et des saints ordres ? Qu’en sera-t-il de nos mariages ?… Mais le Pape ne peut attendre plus longtemps, et il nous faut donc faire montre de la plus grande précipitation !
Monseigneur Lefebvre a-t-il dit – oui ou non – que le nouveau code de droit canonique était encore pire que la nouvelle messe ? Si nous acceptons un accord canonique et enfilons la combinaison de saut d’une structure canonique, à quel droit canonique allons-nous nous fier en guise de parachute ?
3. NON-COMPRÉHENSION DU SENS DU MOT ACCORD
Mais au fait, quel peut bien être le véritable sens d’un accord pratique avec Rome ? Un tel accord n’aura de sens que lorsque le Pape dira la vraie Messe, car pour dire la messe, le prêtre doit commencer par user de son intelligence pratique, sur laquelle – dit saint Thomas – le caractère sacramentel du Saint Ordre est imprimé de façon indélébile. Voilà un accord pratique que je pourrais signer : il serait sans ambiguïté, ce serait un accord effectif signifiant le retour de Rome à la Tradition.
Avec un accord doctrinal, ce serait pareil, à savoir qu’il y aurait condamnation non pas d’une quelconque interprétation de Vatican II, mais de tout le texte du Concile, de toutes ses bombes à retardement, de toutes ses semi-vérités, de toutes ses erreurs flagrantes (la liberté religieuse, par exemple), de toutes ses pages d’allure traditionnelle alternant avec des pages modernistes, de toutes ses omissions (celle de la condamnation du communisme ou celle de la définition de Notre Dame comme médiatrice et corédemptrice), de toutes ses idées nouvelles sur l’Église, de son œcuménisme et de ses multiples erreurs ; enfin, de toutes ses conséquences. On ne peut fait le départ entre une bonne et une mauvaise interprétation du Concile. Il y avait si longtemps que nous croyions être tous d’accord là-dessus, et voici qu’à présent, nous sommes censés modifier entièrement la position la plus vitale de Mgr Lefebvre !
Pour qu’il y ait accord doctrinal, il faudra rejeter en commun et tout d’une pièce le texte entier de Vatican II, car la vérité et l’erreur ne peuvent être démêlées l’une de l’autre dans un Concile dont le danger tient précisément à son ambiguïté. Souvenez-vous de Pascendi.
4. AUGMENTATION DRAMATIQUE DE LA NAÏVETÉ
Les croisades du Rosaire offrent de bons instruments pour mesurer notre naïveté et celle des fidèles ; elles confèrent une bénédiction automatique à ce que nous préparons déjà et préviennent idéalement l’église officielle que nous avons quelque chose à lui acheter. Mais il y a des limites : avons-nous vraiment cru en 2007, quand nous sommes allés à Rome bouquet en main, que cette dernière allait donner à l’Église entière quelque chose d’extrêmement bon (mais comportant les nécessaires imperfections habituelles), sorti tout droit des mains de Notre Dame, et non pas une simple répétition des conditions attachées au Motu Propriode 1984, c’est-à-dire l’acceptation de Vatican II ?
– Ne pas attaquer la nouvelle messe ?
Réponse : Oui, bien sûr. Et non seulement cela, mais avec une distinction nouvelle entre rite ordinaire et rite extraordinaire, la vraie Messe étant techniquement placée, du même coup, à un niveau plus bas que la messe de Luther.
Pourquoi une telle naïveté ? Parce que, cette fois-ci, ce n’est pas comme l’autre fois : les circonstances concrètes ont changé, et ce nouvel emballage du Motu Propriode 1984 était absolument sensationnel. Devant une présentation aussi éblouissante, qui se préoccuperait de savoir si le produit acheté est un diamant ou un morceau de plastique ?
– La croisade du Rosaire 2009 :
Cette fois, il s’agit de la sainte et solennelle réparation de l’injustice qui nous a été faite ; je veux parler de la levée de l’excommunication, mais… attendez une seconde : si Rome se borne à lever l’excommunication, cela ne signifie-t-il pas que celle-ci était valide en 1988, donc que Mgr Lefebvre est mort dans son péché ?… Comment Notre Dame pourrait-elle approuver ça ?
Les croisades du Rosaire de 2007 et 2009 ont été un affront fait à Notre Dame, et pourtant, chose curieuse, la troisième n’a pas l’air si mal. Mais j’ai peut-être tort, peut-être que je deviens moi-même bizarre… Allons-nous nous laisser rouler dans la farine cette fois encore ? Dieu seul le sait…
La naïveté a ceci de particulier qu’elle cherche des occasions de croire. En décembre 2010, nous nous sommes joints à ce Pape merveilleux dans une adoration du Saint-Sacrement pour la défense de la vie, pour la défense de l’ordre naturel créé par Dieu. Or, cela tombait on ne peut plus mal, car Benoît XVI se signalait à ce moment même en publiant son avis selon lequel l’usage du préservatif par un prostitué mâle pratiquant la sodomie« peut être le début d’un processus moralisateur ». La presse libérale a immédiatement reçu le message : la porte est ouverte pour une autorisation par l’Église de l’usage du préservatif ; l’abbé Ortiz m’a même dit que dans les Antilles, les prêtres conciliaires distribuaient des préservatifs… Et malgré une telle leçon, nous cherchons de nouvelles occasions de nous montrer naïfs !
5. CROYANCE EN UNE ÉVOLUTION PROGRESSIVE
Le grand argument est que les semi-ariens ne se sont pas convertis d’un jour à l’autre, qu’il faut du temps à un pécheur pour surmonter ses mauvaises habitudes, que si l’on traite Benoît XVI avec dureté, il n’écoutera pas, il ne changera pas, etc. Tout d’abord, les semi-ariens n’étaient pas en position de force, il n’y en avait pas qui fût évêque du diocèse de saint Basile et saint Grégoire ; c’est de la diplomatie de base : on obtient rarement quoi que ce soit en concédant quelque chose en position de faiblesse. Ensuite, saint Basile a-t-il commencé à croire à l’« herméneutique de la continuité » à propos des semi-ariens comme nous le faisons aujourd’hui ? N’a-t-il pas corrigé activement les idées erronées de ces gens (ce que l’abbé Iscara ne nous propose guère d’imiter à Saint-Basile), tout en laissant de côté pour un certain temps l’emploi des expressions alambiquées ?
L’ennui, c’est que si l’on soupe avec le diable (et notre diable est en position de force), on a besoin d’une très longue cuiller. C’est Mgr Williamson qui devrait être chargé des relations avec la Rome conciliaire… ainsi que de la communication avec les médias ! (cris d’horreur terrifiée dans la Fraternité)
La solution de cette crise ressemble à un exorcisme pratiqué sur les autorités en train de démolir l’Église actuelle. Tant de gens ont rejoint la tradition au fil des années grâce au fait que nous gardions la tête hors de l’eau… Et nous voilà en train de croire, à présent, que nous allons pêcher du poisson grâce au dialogue, ainsi qu’à de courageux et traditionnels coups d’épée dans l’eau ?
6. SIGNES D’EFFRITEMENT DOCTRINAL
J’ai toujours pensé que la FSSPX comprenait la question de la liberté religieuse ; or, tel ne semble plus être le cas aujourd’hui, à en croire l’interview accordée par l’abbé Schmidberger à The Angeluset celle que Mgr Fellay a donnée à Catholic News Network(?).
Les multiples conférences, publications, interviews et colloques contre Vatican II ne semblent pas avoir marqué durablement nos esprits. Ils ne nous garantissent pas contre le fait de nous laisser contaminer par les erreurs nouvelles, de devenir à notre tour d’implacables « pacificateurs », de combattre ceux qui donnent l’alarme parmi nous ou de rechercher la popularité face aux médias.
Je me souviens avoir demandé à Mgr Fellay à Cebu, avant Assise III, s’il ne pourrait pas faire une déclaration retentissante ou un autre geste important quelconque, comme Mgr Lefebvre l’avait fait lors d’Assise I. Tout ce que j’obtins comme réponse fut un NON coléreux, à cause de nos tractations actuelles avec Rome.
On peut comprendre pourquoi Menzingen veut ajourner le Chapitre général… il y a, en effet, tant de points doctrinaux à vérifier et à rectifier !
Je me rappelle avoir prié en 1994 pour l’élection de Mgr Fellay. La prochaine fois, je ne recommanderai aucun nom à Dieu, mais je prierai pour que nous ayons un général capable de nous mener au combat avec sagesse et vigueur.
Il arrive pourtant à des adeptes du compromis de s’affermir, et c’est pourquoi je ne vais pas encore lâcher Mgr Fellay. Pie IX a débuté comme un libéral, mais il est vite devenu un roc de vérité après son élection ; quant à Mgr Lefebvre, il croyait à la liberté religieuse étant jeune. Nous sommes aujourd’hui entièrement à la merci de Dieu, qui peut nous châtier si nous ne prenons pas garde à ce pour quoi nous prions.
7. RÉPRESSION PROGRESSIVE ET AUTORITAIRE DE LA RÉSISTANCE AU CHANGEMENT
Tandis que nous faisons toutes sortes d’amabilités à Benoît XVI, de bons prêtres et évêques résistant au ralliement sont en butte à des menaces croissantes, ce qui est une parfaite reproduction de Vatican II : « Si vous n’êtes pas d’accord avec la position officielle de la Fraternité, quittez-la ». Eh bien, un prêtre de la Fraternité n’a pas forcément pour devoir de s’en tenir à la position de cette dernière, surtout si ladite position a changé du tout au tout un certain matin de mai 2012. Un prêtre de la Fraternité a pour devoir de protéger la Foi catholique tant que l’église officielle est sous la coupe du modernisme.
Autre menace : « Votre dialectique entre la Fraternité et l’autorité est contraire au sacerdoce ». Mais c’est exactement ce que Caïphe a dit à Pierre, c’est le contraire de cette phrase cruciale de Galates 1, 8 et 9 : « Mais quand nous-mêmes, quand un ange venu du ciel… » C’est exactement le genre de propos que le Pape Paul VI tenait à Mgr Lefebvre.
Autre menace encore : « Vous n’avez pas la grâce d’état nécessaire pour voir l’ensemble de la situation, vous sortez des rangs et vous semez la confusion ». Mais le meilleur moyen de semer la confusion dans la FSSPX n’est-il pas de modifier son ADN ? Car c’est ainsi, évidemment, que le cancer commence à se répandre.

 

RIPOSTE AU COMPLOT

Nous pouvons encore croire, en mai 2012, que Notre Dame aime toujours la Fraternité, car alors même qu’un plan secret, mais transparent (délibéré ou non, peu importe) et bien d’autres éléments étaient mis en œuvre pour amener une réunion officielle de la FSSPX officielle et de l’église officielle, ce bel édifice fut dynamité en l’espace de quelques jours.
En effet, c’est la Grande-Bretagne, et la Grande-Bretagne dans sa glorieuse solitude, qui a mis fin à la peu glorieuse trahison en laissant fuiter des lettres sur l’Internet. De ce fait, même les grenouilles seront à jamais redevables à ces gentlemen britanniques au mieux de leur forme, car d’une seule manœuvre à la Nelson, toutes les inavouables dispositions prises par nos ennemis ont été dévoilées, et leurs mensonges trahis par leurs propres bouches.
La divulgation de ces lettres a eu pour principal résultat de rompre la loi du silence. Oui, nous savions qu’il se mijotait quelque chose, et l’on avait lentement commencé à nous en dire quelques mots, mais nous ne pensions pas que les choses étaient si avancées. La réalité brutale d’une division de la Fraternité est apparue aux yeux de nos fidèles, dont la plupart ne soupçonnaient rien de tel jusqu’alors, les obligeant à réciter leurs rosaires pour demander au ciel que la crise soit évitée.
Les lettres échangées entre nos évêques rendent parfaitement compte de l’opposition doctrinale au sein de la FSSPX, et aucun de nous ne pourrait en donner un meilleur résumé. Bien que la lettre de Menzingen ait été écrite en second, celle des trois autres évêques n’y répond pas moins, et de telle manière que l’on pourrait disposer les arguments de l’une et de l’autre en deux colonnes se faisant face.
La lettre de Menzingen, qui est signée d’un seul évêque, semble avoir été écrite par trois personnes, alors que la lettre des trois autres évêques semble l’avoir été par une seule personne. La première partie de la lettre de Menzingen ressemble à du Dom Gérard cuvée 1988 ; quant à la deuxième partie, sur la profondeur et la largeur, on la dirait écrite par quelqu’un d’autre, qui gobe l’idée selon laquelle l’« herméneutique de la continuité » de Benoît XVI n’est pas une mauvaise chose du tout. La troisième et dernière partie se lit comme un bulletin et des directives internes nous enjoignant de sauter triomphalement, nous autres petites huîtres, dans l’assiette du morse et du charpentier[1]. Son ton est manifestement celui de Mgr Fellay.
Mais la résistance des trois évêques s’est avérée trop forte pour être vaincue, du moins en l’état actuel des choses. Notre Dame est vraiment une reine magnifique, et ajoutant à son charme, trois animaux sont venus l’un après l’autre ; un chat, un agneau et une colombe. Permettez-moi de vous exposer cela « à la Williamson » :
Combat
Williamson
Tissier de Mallerais
de Gallareta
Symbole
Le (grand) chat
L’agneau
La colombe
Arme principale
Fortes paroles
Vaste intelligence
spéculative
Vaste intelligence
pratique
Cible principale
Mgr Fellay
Benoît XVI
Le lien entre les deux
Angle d’attaque
Dur et brûlant
Froid
En douceur
Faiblesse
Fellay trop
en colère
Fellay trop indifférent
Fellay pas assez en colère
Effet sur Mgr
Fellay
Voudrait
expulser,
mais ne le peut pas
Voudrait réfuter,
mais ne le peut pas
Voudrait disconvenir,
mais ne le peut pas
Effet sur la Rome conciliaire
Ne peut pas
sentir la
FSSPX
Ne peut l’emporter dans son
débat avec la FSSPX
Ne peut jamais
conclure un
Accord
pratique avec la FSSPX
RÉSULTAT
LA ROME CONCILIAIRE ET LA FSSPX DEMEURENT SÉPARÉES JUSQU’À LA CONVERSION DE LA PAPAUTÉ
VICTOIRE
Au bout du compte, on se demande pourquoi Mgr Fellay a choisi de poursuivre les discussions, au mépris de l’opposition des trois autres évêques, et l’on s’étonne du degré d’impréparation de la Rome conciliaire elle-même. Au sein de la FSSPX, les trois autres évêques ont un poids considérable, bien qu’ils ne maîtrisent pas le mécanisme administratif de la congrégation. De nombreux prêtres gardent encore le silence sur toute la question, certains ont peur pour leur avenir, d’autres résistent ouvertement, mais peut-être avec maladresse (moi-même, sans doute), et l’on ne saurait leur reprocher de ne pas posséder la même grâce de confession qu’un évêque, mais comme les fidèles perçoivent plus clairement le danger, armés qu’ils sont de leur sensus fidei, le déplacement du front des opérations repousse progressivement l’idée d’une fausse paix avec la Rome conciliaire. Ce qui va se produire au cours du brûlant été 2012 déterminera la nature de notre guerre pour de nombreuses années à venir.
Bien chers fidèles,
Nous sommes maintenant au plus épais de la tempête, tout tremblants et apeurés, mais avec Notre Dame confortablement installée dans nos cœurs, jusqu’à ce que la tête de la FSSPX s’adapte aux réalités et que la tête visible de l’Église retourne à la Tradition.
C’est la guerre, et puisque c’est la guerre, faisons-la.

C’EST LA GUERRE
WAR ON