Affichage des articles dont le libellé est normalisation de la FSSPX. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est normalisation de la FSSPX. Afficher tous les articles

samedi 13 juin 2026

Lettre de Broadstairs 13 : Consécrations épiscopales à Écône

 



Lettre de Broadstairs 13 (Juin 2026)

Nova et vetera

Consécrations épiscopales d'Écône

Suite à l'annonce que la Fraternité Saint-Pie X a l’intention de consacrer quatre nouveaux évêques sans mandat pontifical en juillet prochain, quelques mots à ce sujet pourraient s'avérer opportuns.

L’Église a assurément besoin d’évêques validement consacrés, non seulement pour administrer les sacrements, mais surtout pour prêcher la Foi et dénoncer les erreurs modernes qui la menacent.

Nul doute que la Fraternité a également besoin d'évêques pour poursuivre son apostolat mondial, notamment parce que les deux évêques restants ne rajeunissent pas.

Ceci étant dit, il est important de comprendre que les consécrations à venir n’entraîneront pas automatiquement le retour de la Fraternité à sa position antérieure de distanciation vis-à-vis de l’Église conciliaire. « Il est impératif pour tout prêtre qui souhaite demeurer catholique de se séparer de l’Église conciliaire jusqu’à ce qu’elle soit revenue au magistère traditionnel de l’Église et à la foi catholique », [Mgr Marcel Lefebvre, « Itinéraire spirituel », 1990].

A cette époque, le principe directeur était de ne conclure aucun accord pratique avec la Rome moderne tant que celle-ci ne serait pas revenue à la Tradition catholique. Un tel retour se manifesterait par l'adhésion de Rome aux encycliques anti-libérales et anti-modernistes, au serment anti-moderniste, au règne social du Christ Roi et à une véritable consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie.

Ce principe a changé en 2012 lorsque des discussions doctrinales et la multiplication des contacts avec Rome ont abouti à ce que Benoît XVI propose à Mgr Fellay « la Rolls-Royce des accords », et ceci sans se soucier de la persévérance de Rome dans les erreurs modernes du libéralisme, du modernisme et du faux œcuménisme. Cet accord n'a pas été conclu en raison du refus de la Fraternité d'accepter la nouvelle messe et Vatican II, mais le mal avait été fait.

L’ « Année de la Miséricorde » (2015-2016), sous le pape François, a fait de la réintégration de la Fraternité au sein de « l’Église officielle » l’un de ses principaux buts. Cette intention était placée au même titre que celle de la réhabilitation des couples divorcés remariés hors de l’Église, ainsi que celle des couples homosexuels vivant des relations stables.

À cette même occasion, la Fraternité s'est vu octroyer, apparemment de manière unilatérale, une juridiction ordinaire pour les confessions, du fait qu'elle se trouvait sur la voie dite de la pleine communion avec Rome.

En 2017, la Société a conclu un accord pratique avec la Rome moderne concernant ses mariages, remettant de fait ces derniers dans les mains de la hiérarchie conciliaire locale.

Par conséquent, dans l'hypothèse peu probable où la Fraternité entendrait réellement renouer avec sa position ferme d'antan, telle que défendue par la dite Résistance, elle devrait faire une déclaration sans équivoque à cet effet. À défaut de cela et quoi qu’il en soit de possibles sanctions, la Fraternité continuerait simplement à souhaiter être reconnue par les autorités conciliaires et à cohabiter avec elles, espérant obtenir un jour une chapelle latérale dans leur basilique œcuménique.

Une telle déclaration devrait également inclure explicitement un rejet de l'accord pratique relatif aux mariages conclu en 2017, qui soumettait les bastions de la Tradition à la hiérarchie moderniste. Il s'agit d'une démarche bien différente d'une simple renonciation aux prétendues concessions obtenues jusqu'à présent. Auparavant, les mariages célébrés par la Fraternité étaient régis par la juridiction de suppléance, et les documents signés par les parties concernées en précisaient clairement les justifications.

Les mariages célébrés en vertu de cet accord, que ce soit par le délégué de l'ordinaire du lieu ou par délégation directe à un prêtre de la Fraternité, sont, dans les deux cas, soumis au nouveau Code de droit canonique et aux tribunaux matrimoniaux conciliaires. Ils sont donc potentiellement exposés à des procédures d'annulation accélérées et douteuses auxquelles les parties concernées peuvent désormais recourir de bonne foi ! Loin de renforcer le lien matrimonial, comme l'affirmaient alors les supérieurs de la Fraternité, cet accord pratique a en réalité affaibli les mariages et les familles catholiques traditionnels.

D'autres sujets devraient également figurer dans une déclaration : la pseudo-consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie par le pape François en 2022 (officiellement acceptée par la Fraternité à l'époque) ; la décision de ne plus procéder systématiquement à des ordinations conditionnelles pour les prêtres issus de l'Église conciliaire ; le dilemme moral posé par la position officielle de la Fraternité concernant la vaccination contre le Covid-19…

C’est pourquoi nous sommes quelque peu alarmés par le ralliement d’individus et de communautés jusque-là lucides à propos de la Fraternité Saint-Pie X, comme si tout allait revenir à la normale dans le combat pour la Foi en raison des sacres annoncés !

Nous voyons dans la confusion actuelle qui règne au sein de la Tradition catholique un exemple de la désorientation diabolique prophétisée par la Vierge Marie à Fatima. Puissions-nous continuer à œuvrer et à prier pour une véritable consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie, afin que, dans le triomphe qu'elle a promis, l'Église soit délivrée des fléaux et des agents du libéralisme, du modernisme et du naturalisme.

+ Paul Morgan

Le 12 juin 2026, fête du Sacré-Cœur

dimanche 10 septembre 2023

Miles Christi XXV (été 2023 )

 


Vous n’apprenez pas de nouveaux tours à un vieux singe ; et si les vieux tours fonctionnent toujours, ils seront sans cesse répétés.  Nous parlons de vieux singes, dignes, expérimentés ; je ne donnerais pas cette garantie à de jeunes singes, de petits singes, ce que l’on ne trouve pas de nos jours parmi les simiens très expérimentés du Vatican.

En 2012, l’attrape était que « Rome a changé » et que les conditions étaient réunies pour « une reconnaissance canonique »…  Cependant, Rome a seulement changé vers le pire et la reconnaissance canonique a progressé par paliers, et surtout sans signature officielle comme Mgr Fellay l’avait dit à Jean-Pierre Maugendre dans un fameux entretien

En 2023, une dizaine d’années plus tard, l’intrusion du Novus Ordo prend place, graduellement et si adroitement que, cette fois, nous ne sommes pas témoins d’une longue liste d’expulsions et vexations qui se produisirent dix ans plus tôt.  Pourquoi ?  Le nouvel Huonder.  Néanmoins, cette intrusion est beaucoup plus grave parce qu’elle concerne les sacrements.

 

Mgr Lefebvre, pour de bonnes raisons, remit en question ce troisième « pouvoir de sanctifier » dans l’Eglise du Novus Ordo.  Dans son homélie historique du 30 juin 1988, il déclara qu’il procédait à ce sacre de quatre évêques précisément parce qu’on ne peut pas avoir une garantie  de la validité des ordinations (et sacres) dans le Novus Ordo en raison des altérations manifestes de la « réforme liturgique » qui a suivi Vatican II, par lesquelles la forme (« Spiritus principalis ») a été tempérée ; et, un peu comme pour la réforme de Cranmer (et de ses successeurs), presque toutes les annexes qui l’entourent ont été modifiées comme pour ne pas exprimer clairement l’intention de l’Eglise, mais de manière ambiguë, protestante.  (à suivre)

mercredi 14 juin 2023

Petite analyse des vidéos de Mgr Huonder

Ce dimanche 4 juin 2023, le Père Bruno a publié une intéressante analyse des vidéos publiées récemment par Mgr Huonder; cela donne un éclairage supplémentaire à l'affaire des "Saintes Huiles". 

 

Mgr Huonder est un évêque suisse de langue allemande, qui a pris sa retraite, il y a quatre  ans, dans une école de la Fraternité. Le communiqué qui l'annonçait précisait dans quel  but : « se consacrer à la prière et au silence» ; ce qui semblait exclure le ministère.  En réalité,  dès le début,  Mgr Huonder s'est vu confier du catéchisme, des confessions, des prédications  pour les élèves.  Par la suite, il a visité différentes chapelles, et à la Pentecôte 2021 il a même  célébré une messe pontificale au séminaire de Zaitzkofen, en Allemagne.  C'est dans ce  même séminaire que, le jeudi saint dernier (6 avril), il a de nouveau célébré une messe pontificale, cette fois pour la consécration des saintes huiles. Il s'agit d'une cérémonie très importante, puisque les saintes huiles sont la matière des sacrements de confirmation et  d'extrême-onction, et sont utilisées également pour le baptême et l'ordre.

Pour qu'un évêque consacre validement les saintes huiles, il faut qu'il soit vraiment évêque, c'est-à-dire qu'il ait été sacré validement, et d'abord qu'il ait été ordonné validement en tant que prêtre. Or Mgr Huonder a été ordonné prêtre en 1971 et sacré évêque en 2007, donc dans les deux cas selon le nouveau rite d'ordination ou de sacre, qui remonte à 1968. Il semble que ce nouveau rite soit valide en soi, mais en pratique il est douteux.  C'est ce qu'affirmait Mgr Lefebvre dans une circonstance très solennelle, le 30 juin 1988 : les sacrements des  évêques conciliaires « sont tous douteux »,

Quand il s'agit d'une chose aussi vitale que les sacrements (qui sont les moyens par lesquels Notre-Seigneur nous communique sa vie surnaturelle), on ne peut rester dans le doute.  Il faut être «tutioriste », comme disent les théologiens, c'est-à-dire aller au plus sûr, avoir la certitude qu'un donne ou qu'on reçoit des sacrements valides. Si Mgr Lefebvre a fondé sa Fraternité, c'est pour préserver le sacerdoce catholique, et du même coup la messe catholique et les sacrements catholiques. Il a sacré quatre évêques dans le même but.

Je reviens à Mgr Huonder: il y a un doute sur la validité de son ordination sacerdotale et de son sacre épiscopal, ce qui entraîne un doute sur la validité de toutes les confirmations et de toutes les extrêmes-onctions qui seront administrées avec les saintes huiles consacrées le jeudi saint dernier à Zaitzkofen. Il s'agit donc d'un événement gravissime, qui malheureusement n'a pas fait beaucoup de vagues; malheureusement, parce que les prêtres qui ne sont pas d'accord auraient dû protester publiquement. Leur silence est un silence complice.  On sait cependant que quelques prêtres allemands refusent d'utiliser les saintes huiles consacrées par Mgr Huonder (ce qui est le signe qu'il y a vraiment un doute).

Dans les semaines qui ont suivi cette cérémonie, le site de la Fraternité a publié trois vidéos  présentées comme un « témoignage de Mgr Huonder », sans doute pour rassurer les prêtres et les fidèles sur ses bonnes dispositions. Nous allons voir que cela ne rassure guère, mais de toute façon nous n'avons pas à juger ses intentions; le problème est objectif : ce Mgr Huonder est-il vraiment évêque?  les huiles qu'il a consacrées il y a deux mois en Allemagne sont-elles vraiment des saintes huiles?  les enfants qui sont confirmés, les malades qui sont extrémisés avec ces huiles reçoivent-ils vraiment les sacrements de confirmation ou d'extrême-onction ? - Ceci dit, même si on pouvait avoir une certitude quant à la validité du sacre de Mgr Huonder (auquel cas les supérieurs auraient dû l'expliquer, au lieu de réclamer une confiance qu'ils ne méritent plus, au moins depuis le 15 avril 2012), même en ce cas on pourrait se demander s'il était convenable de faire célébrer une telle cérémonie par cet évêque. C'est là qu'il est intéressant d'analyser brièvement les trois vidéos.

On y trouve quelques paroles assez fortes au sujet de la crise, par exemple lorsqu'il dit que l'abolition du rite traditionnel est « une injustice, un abus de pouvoir ».  Mais il y a bien des éléments qui montrent qu'il est loin d'adhérer au combat de la foi que nous voulons mener dans le sillage de Mgr Lefebvre. Quelques exemples:

- Il est très bienveillant envers Benoît XVI. Il se trompe d'ailleurs quand il prétend que ce pape a «levé l'excommunication injuste de Mgr Lefebvre et des évêques de la Fraternité» : l'excommunication n'était pas seulement injuste, mais invalide; et Benoît XVI n'a pas parlé de Mgr Lefebvre (ni de Mgr de Castro Mayer).

- Au sujet d'Assise, il emploie les expressions de « choc» et de « perte de confiance », mais il ne semble pas voir qu'il s'agit d'abord et surtout d'un blasphème contre Notre-Seigneur.

- Il reconnaît qu'il porte un « regard nouveau» sur ce qui s'est passé dans l'Église depuis quelques dizaines d'années, mais il ne fait aucune allusion à son propre passé d'évêque très conciliaire, très œcuméniste. Il est par exemple à l'origine du dies judaïcus, le «jour du judaïsme », institué en Suisse en 2011 et adopté ensuite par d'autres pays. Ses vidéos ne constituent pas une profession de foi comme celle de Mgr Lazo en 1998 ou comme la célèbre déclaration de Mgr Lefebvre en 1974. Monseigneur y affirmait clairement son  « refus catégorique d'acceptation de la réforme ».

- Pour Mgr Huonder, la position de Mgr Lefebvre sur le Concile est beaucoup plus nuancée: elle se résume dans une lettre de Monseigneur où il acceptait le Concile «interprété dans le sens de la Tradition ». C'est vrai que Monseigneur avait employé cette formule, mais il faut se souvenir du contexte: c'était fin 1978, juste après l'élection de Jean-Paul II, qui avait fait naître un certain espoir après les quinze années désastreuses du pontificat de Paul VI. Mais Monseigneur en était vite revenu, et il avait émis des jugements beaucoup plus sévères sur Vatican II.

- J'ai remarqué dans les vidéos plusieurs habitudes caractéristiques des ralliés: Mgr Huonder cite le texte du Concile sur la liturgie pour critiquer la messe de Paul VI, alors que Paul VI est inséparablement le pape du Concile et le pape de la nouvelle messe, et que la nouvelle messe  est la messe du Concile. Il se réfère au nouveau code de droit canon. Il évoque « les prêtres qui, pour des raisons de conscience, voulaient rester fidèles à la liturgie traditionnelle », ce qui n'est pas faux mais très incomplet, puisqu'il faudrait dire « pour des raisons de foi ». Il insiste sur le droit à la messe traditionnelle, qui est bien réel mais qui n'est pas l'essentiel : nous refusons la nouvelle messe parce qu'elle est mauvaise, dangereuse, empoisonnée. D'une manière générale, Mgr Huonder insiste davantage sur la loi que sur la foi.

- Un dernier point très important : il explique qu'en janvier 2015 Rome lui a demandé de faire le lien avec la Fraternité, en vue ... d'une reconnaissance canonique. On sait par ailleurs qu'il a été impliqué dans le « cadeau» du pape François à la Fraternité fin 2015 : la juridiction pour les confessions. Il affirme également s'être installé dans une maison de la Fraternité avec la bénédiction de Rome. Et à la fin de la troisième vidéo, il avoue franchement: « J'ai rempli ce mandat [du Saint-Siège], et je suis toujours en train de le remplir.»  Voilà qui est clair: Mgr Huonder travaille, aujourd'hui encore, à l'intégration de la Fraternité dans l'Église conciliaire, intégration qui ne peut aboutir qu'à une désintégration. On peut craindre que  «l'affaire Huonder » ne soit pas terminée, et que d'autres «paliers» se préparent.

Prions pour la Fraternité, qui est de plus en plus en grand danger, et demandons au Saint- Esprit - même si l'octave de Pentecôte est terminée - de nous donner la lucidité et la force: la lucidité pour y voir clair, la force pour marcher droit.

 

lundi 9 janvier 2023

Benoît XVI et la Messe

Le néo-conservatisme aura vécu

Mgr Ganswein avoue 


Un texte de FSSPX-News publié le 6 janvier revient sur les révélations de Mgr Ganswein à propos des motivations exactes de Benoît XVI lors de la publication de son Motu proprio sur la messe en 2007 :

https://fsspx.news/fr/news-events/news/propos-de-mgr-ganswein-sur-benoit-xvi-dans-un-journal-allemand-79139

L’article se conclut en ces termes :

Il faut reconnaître que le motu proprio Summorum pontificum a été l’occasion pour de nombreuses personnes de découvrir ou de redécouvrir la messe traditionnelle et de s’y attacher, et pour certains d’aller au-delà dans une découverte de la tradition, malgré l’intention initiale.

On appréciera la précision : « … malgré l’intention initiale » !

Que Dieu sache tirer le bien (ou un certain bien) du mal, et des (mauvaises) intentions d’un pape… pourquoi pas ?

Mais ce n’est pas à la Fraternité Saint-Pie X de nous tenir ce discours…

Car, pour sa part, elle a largement contribué à désorienter les esprits après la publication du Motu proprio de juillet 2007 : cf. par exemple l’accueil chaleureux réservé à ce texte par le district de France sous la plume de l’abbé Loïc Duverger, assistant :


A l’époque, la FSSPX avait certainement conscience de ce que reconnaît explicitement aujourd’hui Mgr Ganswein, à savoir que cette libéralisation de l’ancienne messe par le pape Benoît XVI visait à « à éloigner (les fidèles) de Lefebvre ».

Mais elle a parlé et agi comme si elle ne voyait pas cette intention oblique, en tout cas elle ne l’a jamais dénoncée, préférant se montrer ouverte et positive vis-à-vis de Rome sur ce dossier sensible de la messe…

Devant la sévère remise au pas de la liturgie traditionnelle sous le pontificat de François, et pour sauvegarder sa posture officielle de résistance à l’apostasie, la Maison générale de Menzingen cherche maintenant à faire oublier la duplicité de ses comportements passés.

Mais cela ne trompe personne, surtout pas les vrais traditionalistes attachés, au-delà de la liturgie, au combat prioritairement doctrinal de Mgr Lefebvre pour la défense de la foi… combat qui est de moins en moins, aujourd’hui, celui de la «néo-FSSPX ».

Faut-il rappeler que le Fondateur lui-même mettait en garde, en 1988, contre le dialogue avec le « serpent romain », désignant ainsi les autorités « conciliaires » de l’Eglise, et précisément le pape Jean Paul II et son Préfet de la CDF le Cardinal Josef Ratzinger, futur Benoît XVI

jeudi 12 juillet 2018

"Un ordinariat pourrait être pris en considération " (Abbé Pagliarani)

La Fraternité St Pie X a un nouveau supérieur général en la personne de l'abbé
Pagliarani. Il est donc intéressant de savoir quelles sont les positions du nouveau supérieur sur la question des accords avec la Rome moderniste. L'abbé Pagliarani avait répondu à un journaliste en juillet 2011 pour donner sa position sur cette question.  Il n'envisage pas (comme l'implorait Mgr Lefebvre aux 4 évêques en 1988) la conversion du Pape pour l'acceptation d'un ordinariat. L'essentiel pour lui est que l'offre soit suffisamment alléchante et apparemment sûre pour être acceptée . L'abbé Pagliarani plaide donc pour que la FSSPX ait sa place dans l'église conciliaire. Il ne reste donc plus qu'à Rome à offrir une belle situation canonique pour que le nouveau supérieur s'y engouffre. 

Marco Bongi - Les discussions théologiques entre la FSSPX et les Autorités Romaines touchent à leur terme. Même si aucun communiqué officiel n'a été encore émis pour le moment, nombreux sont ceux qui, sur la base d'indiscrétions, les commentent, en jugeant qu'elles ont échoué.  Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Don Davide Pagliarani - Je pense que c'est une erreur préjudicielle que de considérer que les discussions ont échoué. Peut-être que ceux qui tirent ces conclusions sont ceux qui s'attendaient à ce que les discussions aboutissent à un résultat étranger aux finalités des discussions mêmes. Le but des discussions n'a jamais été de déboucher sur un accord concret, mais bien de rédiger un dossier clair et précis, qui souligne les positions doctrinales respectives à remettre au Pape et au Supérieur Général de la Fraternité. À partir du moment où les deux commissions ont travaillé patiemment, en traitant en substance tous les thèmes figurant à l'ordre du jour, je ne vois pas pourquoi l'on devrait considérer que les discussions ont échoué. Les discussions auraient échoué si - pour une raison absurde - les représentants de la Fraternité avaient rédigé des rapports qui ne correspondraient pas exactement à ce que la Fraternité soutient, par exemple s'ils avaient dit qu'après tout la collégialité ou la liberté religieuse représentent des adaptations au monde moderne parfaitement conciliables avec la Tradition. Dans la mesure où une certaine discrétion a été observée, je pense pouvoir dire qu'il n'y a pas de risque que l'on aboutisse à cet échec. Et celui qui ne saisit pas suffisamment l'importance de ce témoignage de la part de la Fraternité et de celui qui est en jeu, pour le bien de l'Église et de la Tradition, inévitablement ne peut que formuler des jugements qui se placent dans d'autres perspectives.

D'après vous, quelles perspectives pourraient être erronées ?


mercredi 11 juillet 2018

Ce que disent les ennemis de la tradition catholique au sujet du chapitre

Les libéraux de tous bords se penchent sur le chapitre de la FSSPX : cet événement sonne déjà pour eux comme une victoire. Le Figaro, par exemple, souligne le fait que les anti-ralliements n'ont quasi plus voix au chapitre, pour les capitulants, la question principale n'étant plus de s'éloigner de Rome mais de savoir à quelle vitesse il faut achever le processus de ralliement.  


"Chez les lefebvristes, une élection décisive pour le rapprochement avec Rome"
Jean-Marie Guénois  - 10 juillet 2018
Source : Le Figaro

La normalisation des rapports de la Fraternité Saint-Pie X avec le Vatican dépendra du nouveau supérieur.

Le dossier «Écône» pourrait revenir dans l'actualité. Écône, c'est d'abord le nom d'un village fleuri, posé à flanc de montagne, dans le Valais suisse. Mais Écône est surtout un symbole mondial depuis le 30 juin 1988. Mgr Marcel Lefebvre - chef de file de l'opposition aux évolutions du concile Vatican II - ordonnait alors quatre évêques, contre l'avis de Rome. Il entendait assurer l'avenir de la Fraternité Saint-Pie X qu'il avait fondée. Mais il ouvrait de facto une forme de schisme avec Rome. Ses fidèles et ses prêtres étaient alors qualifiés «d'intégristes». Cette rupture historique marqua le pontificat de Jean-Paul II. Elle est en partie résolue aujourd'hui, mais le lien avec Rome n'est pas encore rétabli.

Mgr Lefebvre. mort en 1991, repose dans le prieuré d'Écône. qui est aussi l'un des importants séminaires de la Fraternité (lire ici-dessous). Son successeur. Mgr Bernard Fellay, de nationalité suisse, élu en 1994 - l‘un des quatre évêques qu‘il avait ordonnés - arrive aujourd'hui à la fin d'un deuxième mandat de supérieur général. On saura ce mercredi si les 41 membres du «Chapitre général» réunis à Ecône jusqu'au 11 juillet, vont le reconduire ou non pour un troisième mandat de douze ans. Du résultat pourrait dépendre un déblocage de ce que l'on a appelé «l'affaire Lefebvre». Avec, à terme, le rétablissement de relations formelles entre la Fraternité et le Saint -Siège.


« Les résistants »


Non pas que Mgr Fellay, s‘il est réélu - il est le favori - soit opposé à une normalisation des relations avec Rome. Mais tant au Vatican qu'à Écône, aucune discussion sérieuse ne pouvait être envisagée ces derniers temps sans que celuiqui est amené à présider aux destinées de la Fraternité Saint-Pie X pour les douze années à venir soit connu ou confirmé.

Comme dans toute élection religieuse, il n'y a pas de candidature. Plusieurs autres noms circulent. On parle d‘un Italien, l'abbé Davide Pagliarani, d'un Français, l'abbé Patrick Duverger, d'un Suisse, Firmin Udressy. Pour élire un supérieur général, les deux tiers des 41 capitulants doivent s‘unir sur un nom. Tous votent à bulletins secrets.

Cette élection ne va toutefois pas débloquer d'un coup de baguette magique ce dossier épineux, mais elle pourrait créer les conditions d'un accord final avec Rome.

Il y a bien sûr des opposants à ce rapprochement, au sein de la Fraternité. Ils sont plutôt présents en France et se dénomment «les résistants». Mais ils ont peu voix au chapitre, pourrait-on dire, au sens figuré comme au sens propre, car ils n'auraient pas les voix pour s‘imposer. D'ailleurs, le tristement célèbre Mgr Richard Williamson - l‘un des quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre - qui avait défrayé la chronique par ses propos négationnistes et avait été exclu de la Fraternité Saint-Pie X en 20l2, ne participe pas a cette réunion. ll vit désormais en Angleterre, son pays natal, où il a lui-même ordonné trois évoques en rupture avec Rome et avec Écône.

A dire vrai, et selon des sources internes bien informées, la tendance dominante n'est donc pas dans l'éloignement de Rome mais dans une problématique de lent rapprochement. Les divergences ne portent pas sur le principe, mais sur la méthode, les conditions, et le calendrier.

Paradoxalement en effet, le pontificat du pape François, qui hérisse les lefebvristes avec ses avancées interreligieuses et œcuméniques, a déglacé la situation par un changement total de méthode.

En théologien scrupuleux. le pape Benoît XVI - qui a tout de même levé les excommunications des évêques ordonnés par Mgr Lefebvre tout en rétablissant, à titre extraordinaire, le rite ancien de la messe en latin - avait créé une commission d'évaluation théologique des désaccords pour trouver la réconciliation. Elle s’est soldée par un échec tant les débats, notamment sur l’œcuménisme et sur le dialogue interreligieux, sont importants a propos du concile Vatican II.

Vers le traditionalisme

En pasteur, le pape argentin ne s'occupe pas des querelles théologiques mais regarde plutôt les prêtres et leur apostolat qu'il appréciait en Argentine.

Ce qui a fait dire à Mgr Fellay, le 28 juin 2018 dans le journal allemand le Tagespost, qu'il est «optimiste» pour une réconciliation dans le cadre d'une «prélature» où la Fraternité garderait une autonomie tout en répondant directement au Pape.

A suivre, donc, mais «le traditionalisme n'est pas en voie de disparition, conclut Gérard Leclerc, auteur de Rome et les lefebvristes (Salvator). Bien au contraire, dans l'Eglise catholique, l‘équilibre se porte vers le traditionalisme».

lundi 2 juillet 2018

Mgr Fellay, les louanges et les opprobres...

Nous relevons sur le forum fidélité catholique un billet d'humeur de Mikaël sur le sermon des ordinations  du 29 juin, nous en faisons profiter nos lecteurs.   

A Rome

En Suisse

Double langage, ambiguïtés, contradictions, le Supérieur Général de la FSSPX se montre expert sur ces registres de l’expression écrite ou orale…

Dans son sermon des ordinations à Ecône, ce 29 juin 2018, on l’entend exalter l’idéal du prêtre configuré à Jésus-Christ, les grandeurs du sacerdoce, le sens de la croix, du sacrifice, de l’oblation, et il rappelle fort justement aux ordinands à qui il va imposer les mains :

« Le disciple n’est pas au dessus du Maître. Vous aurez, soyez-en certains, des opprobres de ce monde ! Et si vous n’en avez que des louanges, alors posez-vous des questions » (audio, mn 17:00).

« Bienheureux (serez-vous) lorsque vous aurez à souffrir, qu’on dira quelque chose de méchant, de
Expulsion d'Argentine
mauvais contre vous, à cause de Moi ! », rappelle-t-il encore avec le Christ (min 19:00)

Dans une interview de mai 2016 au journal « La Croix », le pape François disait de la Fraternité :

« A Buenos Aires, j’ai toujours parlé avec eux. Ils me saluaient, me demandaient une bénédiction à genoux. Ils se disent catholiques. Ils aiment l’Eglise. Mgr Fellay est un homme avec qui on peut dialoguer. Ce n’est pas le cas d’autres éléments un peu étranges, comme Mgr Williamson (…). Je pense, comme je l’avais formulé en Argentine, que ce sont des catholiques en chemin vers la pleine communion (…) On dialogue bien, on fait un bon travail » (La Porte latine, 17 mai 2016).

Deux questions :

- Qui reçoit les louanges de François ?
- Qui reçoit de lui « quelque chose de méchant » ?

Il serait peut-être temps que Mgr Fellay lui aussi … « se pose des questions » !

samedi 23 juin 2018

M. l'abbé Pfluger nous parle de la future prélature en bon connaisseur

Le sourire des gagnants ?
M. l'abbé Pfluger, actuel Premier Assistant de la FSSPX, a le mérite de ne rien cacher des projets de prélature en cours et nous lui sommes gré d'avoir développé cette question à l'occasion d'un interview donnée aux Etats-Unis il y a quelques jours . Un commentateur avisé (CMS) explique cette audace invraisemblable du Premier Assistant. 





Citation de M. l'abbé Pfluger *:
Dans le cadre d’une éventuelle Prélature personnelle – proposée par Rome à plusieurs reprises déjà – le Prélat et les futurs évêques seront choisis au sein même de la Fraternité.

On doit croire l’abbé Pfluger, car il maîtrise son dossier, et parle avec autorité.

Sans connaître le contenu exact des textes, mais sur la base des propos du Premier Assistant général, il est tout à fait crédible que le schéma d'organisation de la Prélature – sans doute en bonne place sur le bureau du Supérieur général – prévoie la désignation du Prélat et des évêques par le pape, qui les choisira parmi les membres de la FSSPX.

Mais cela n’est pas rassurant pour autant.

A voir l’évolution des choses, il s’avère en effet que le pape n'aura pas trop de mal à trouver "au sein même de la Fraternité" (oui, c’est sûr !) les "patrons" de la future structure… car des libéraux, "collabos", et autres "ralliés" au mirage d'une coexistence pacifique de la Tradition avec l'Eglise conciliaire, ... on en trouve suffisamment désormais en interne, Mgr Fellay ayant réussi, en 24 ans de supériorat, à modeler selon ses vues le profil-type des responsables "convenables" et maintenant "présentables"… aux autorités romaines !

D’ailleurs, depuis plusieurs années, l’abbé Pfluger participe lui-même à ce formatage de la hiérarchie de la Fraternité, étant en charge des "Ressources Humaines" (promotions et mutations). Et il sait travailler…

Par conséquent, le pape n'aura pas besoin d'envoyer siéger à Menzingen un gauleiter pris au sein de la Curie, ou parmi ses proches "hommes de confiance".

Si l’abbé Pfluger se montre si péremptoire sur le sujet qui nous occupe, c'est qu'il a pu vérifier lui-même les règles proposées par Rome dans le projet de normalisation canonique de la Fraternité : il faut donc bien écouter ce qu'il dit !

Ainsi, les apparences resteront sauves, et le chef de la nouvelle Prélature pourra rassurer son clergé et les fidèles : celle-ci continuera à "résister" à l’apostasie (eh oui!) comme le faisait la Fraternité de Mgr Lefebvre (si, si, absolument !), ... mais elle le fera désormais intra muros dans le sein de l’Eglise ("conciliaire") et avec la caution de l’autorité du pape, que demander de plus ?

Avec la caution ? peut-être, … mais surtout sous le contrôle !

Bravo François !


Pour mémoire :

* Extrait de l’interview de l’abbé Pfluger – publié le 16 juin 2018 sur FSSPX-News
Citation:

- Monsieur l’abbé, vous n’êtes pas sans savoir que certains jugements émanant d’une soi-disant « résistance » reprochent à Mgr Fellay d’avoir concédé aux autorités romaines le point suivant : si une normalisation canonique devait avoir lieu, les Statuts de la Fraternité devraient être modifiés en sorte que Rome pût nommer un Supérieur général et des Assistants extérieurs à la Fraternité…

- Cette vision est absolument fausse. C’est même exactement le contraire qui est vrai. Dans le cadre d’une éventuelle Prélature personnelle – proposée par Rome à plusieurs reprises déjà – le Prélat et les futurs évêques seront choisis au sein même de la Fraternité. Ces rumeurs ne reposent sur aucun fondement objectif ; tout cela « sent vraiment l’arnaque à plein nez », si vous me permettez l’expression ! D’ailleurs, les personnes auxquelles vous faites allusion enfreignent le plus souvent, dans leurs paroles et leurs écrits, la vertu de justice. Il suffit seulement de voir comment elles se révoltent à la seule idée d’une normalisation canonique de la Fraternité… Et pourquoi une telle attitude ? Cela tient en quelques mots : ils ont tout simplement perdu l’esprit de Mgr Lefebvre. Ils sont devenus étrangers à l’âme de notre Fondateur qui est « l’esprit de Notre Seigneur Jésus-Christ, de l’Eglise, de l’Evangile ». En définitive, ces angoisses paniques à l’idée de quelque contact que ce soit avec les autorités romaines, qui viennent de la part de ceux qu’on affuble de l’étiquette de « résistants », sont basées surtout sur la peur, et sur un manque flagrant d’espérance théologale.

mercredi 14 décembre 2016

Reconnaissance conciliaire de la FSSPX

Rome conciliaire/FSSPX : une reconnaissance à rebours et en douceur

Dans une interview donnée au journal Présent ( present.fr/2016/12/09/conserver-lesprit-combat-chretien/ ) le samedi 10 décembre 2016, Mgr Athanasius Schneider a eu des mots tout à fait nouveaux vis-à-vis de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X fondée par Mgr Marcel Lefebvre.


Citation:
Le souverain pontife a prorogé la possibilité de confesser pour les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X au-delà de l’Année de la Miséricorde. Cela vous paraît-il une décision importante ? .

"Oui, bien sûr, et j’en suis très heureux ! Voilà un geste très pastoral, très miséricordieux, selon moi un des gestes les plus importants du pontificat du pape François, qui aide le processus d’intégration canonique de cette réalité ecclésiale qui existe depuis 50 ans et qui porte des fruits spirituels évidents. Beaucoup de jeunes familles regroupées autour de la Fraternité Saint-Pie X aiment l’Eglise, prient pour le pape, comme le faisaient leurs ancêtres avant eux. L’Eglise contient diverses maisons, diverses spiritualités. Seuls les ecclésiastiques hostiles à la Fraternité lui présentent des exigences exagérées. Jean XXIII comme Paul VI ont toujours insisté sur le caractère pastoral du Concile. Si la Fraternité a des difficultés pour accepter certains documents de Vatican II, il faut replacer cela dans le contexte de l’objectif pastoral du Concile. Le dogme n’a pas changé. Nous avons la même foi. Il n’y a donc pas de problème pour une intégration canonique de la Fraternité Saint-Pie X".


Vous avez été un des hommes d’Eglise envoyés par le Vatican pour visiter des séminaires et des prieurés de la Fraternité. Quelle solution pensez-vous possible à sa position controversée ?


"La prélature personnelle est une position très adaptée à la réalité de la Fraternité Saint-Pie X et à sa mission. Je suis convaincu que Mgr Lefebvre aurait accepté volontiers et avec gratitude cette structure ecclésiale officielle, reconnaissance par l’Eglise de l’apostolat mené. Ce ne serait que rendre justice, bien tardivement, à l’injuste suppression de la Fraternité en 1975 de la part du Saint-Siège. À ce moment-là, Mgr Lefebvre a présenté un recours. L’érection d’une prélature serait en quelque sorte accepter le recours canonique de Mgr Lefebvre avec un retard de 40 ans. D’autre part, la Fraternité ne doit pas exiger des garanties à 100 %, ce qui reste irréaliste : nous sommes sur terre, pas au Ciel ! Ce serait un geste qui trahirait un certain manque de confiance en la Providence."
L'organe de presse MPI commente judicieusement cet entretien 

"Depuis quelques années, Mgr Schneider apparaît de plus en plus comme un OVNI dans le monde ecclésial. Évêque auxiliaire d’Astana au Kazakhstan, il passe beaucoup de son temps en Europe à visiter les oeuvres « traditionalistes » au sens large. Ces différentes visites européennes semblent lui faire prendre petit à petit conscience de la gravité de la crise de l’Eglise.

C’est ainsi qu’il est l’un des seuls évêques à s’être élevé publiquement et avec vigueur contre l’ignoble Synode sur la famille de 2014 et 2015 suivi la politique de destruction du mariage par le pape François. C’est dans ce contexte qu’il travaille à une reconnaissance canonique de la FSSPX. Si l’intention de Mgr Schneider semble être des meilleures, des éléments semblent encore lui échapper, que traduisent certaines contradictions contenues dans son interview.

La possibilité de confesser pour les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X n’est en rien « un geste très pastoral très miséricordieux », et pour deux raisons :

1 – les confessions dispensées par les prêtres de la FSSPX sont valides et licites vu l’état de nécessité dans la crise actuelle de l’Eglise ;


2 – il n’y a pas de miséricorde à octroyer à quelqu’un quelque chose qu’il possède déjà, surtout quand les notions de miséricorde du pape François en matière de confession sont substantiellement en contradiction avec le dogme catholique.

Si la FSSPX est une « réalité ecclésiale qui existe depuis 50 ans et qui porte des fruits spirituels évidents », c’est donc que son action se situe dans le cadre de l’Eglise et qu’elle est bénie de la providence. Pourquoi Rome continue donc de dire que les mariages célébrés par les prêtres de la FSSPX sont invalides ?


« Si la Fraternité a des difficultés pour accepter certains documents de Vatican II, il faut replacer cela dans le contexte de l’objectif pastoral du Concile. Le dogme n’a pas changé. » Là est le problème de fond. Tout d’abord la problématique du concile n’est pas de savoir q’il est pastoral ou non, mais de savoir si ce qu’il dit est catholique ou non. Car le fait qu’un concile soit pastoral ne justifie en rien qu’on y trouve des éléments contraires à la Foi. Faire de la pastorale en opposition avec la doctrine, voici qui mène à l’apostasie. Mgr Athanasius Schneider affirme que le « dogme n’a pas changé » : certes, aucune définition dogmatique nouvelle n’est venue contredire le dogme de l’Eglise, cependant, toute la doctrine déversée dans l’Eglise depuis le concile Vatican II est celle d’une nouvelle religion qui a modifié dans sa substance même le corpus doctrinal des catholiques, hiérarchie comprise.


« La Fraternité ne doit pas exiger des garanties à 100 %, ce qui reste irréaliste : nous sommes sur terre, pas au Ciel ! Ce serait un geste qui trahirait un certain manque de confiance en la Providence. » La Fraternité se doit d’exiger des garanties à 100% justement parce que nous ne sommes pas au Ciel ! Et ses garanties ne sont pas pour elle-même mais pour ceux qui y ont trouvé refuge après la trahison des autorités romaines et de la totalité de la hiérarchie. Et ce n’est pas un manque de confiance en la providence, mais une défiance juste et nécessaire vis à vis d’une hiérarchie qui détruit jour après jour l’Eglise.


En réalité la question n’est pas celle de la FSSPX ; regarder les choses sous cet angle c’est ne pas voir le véritable problème : celui du concile Vatican II. Ses fruits « miraculeux » sont désormais connus, visibles pour tous : liturgie anthropocentrique, Eglise sécularisée, relativisme, abandon de la pratique, séminaires vides et vocations détruites, dogmes niés et oubliés…A quand la remise en cause de ce Concile pour le véritable bien de l’Eglise ? Et d’ailleurs si ce concile n’est que pastoral comme le prétend Mgr Schneider, qu’est-ce qui empêche de le remettre en cause ? A moins qu’il ne soit pastoral que lorsqu’il s’agit d’obtenir un accord suicidaire pour la FSSPX…

La confiance envers Mgr Schneider ne pourra prudemment être de mise, même si nous nous réjouissons de son évolution et que nous le remercions pour ses prises de positions courageuses, que lorsqu’il attaquera frontalement le concile Vatican II, source doctrinale empoisonnée, et qu’il cessera de célébrer la liturgie protestantisée de Paul VI. Car qui ne remonte pas aux causes nous mènera aux même conséquences…"


Comme bien le souvent, le commentaire de MPI est judicieux. Mais n'y manque-t-il pas un élément très important ? Le journaliste de MPI  a-t-il tiré toutes les conclusions de cette nouvelle situation ? N'est-il pas "en retard" par rapport à Mgr Fellay ?

Au début de la citation de Mgr Schneider, il est question de la prolongation de la possibilité de confesser pour les prêtres de la FSSPX. A ce propos, Mgr Schneider insiste :

Citation:
"Oui, bien sûr, et j’en suis très heureux ! Voilà un geste très pastoral, très miséricordieux, selon moi un des gestes les plus importants du pontificat du pape François, qui aide le processus d’intégration canonique de cette réalité ecclésiale qui existe depuis 50 ans et qui porte des fruits spirituels évidents.
A notre connaissance, Mgr Fellay n'a pas refusé ... C'est qu'il a accepté "ce geste paternel" ... La FSSPX est donc bien passée de la juridiction de suppléance à la juridiction ordinaire ( et c'est bien ainsi que le perçoit Mgr Schneider). N'est-ce pas se trouver déjà dans l'église conciliaire ?

Citation:
"La Fraternité se doit d’exiger des garanties à 100% justement parce que nous ne sommes pas au Ciel !"

Il est trop tard ... C'est fait, le chat conciliaire a attrapé la souris fsspx et se joue d'elle désormais.




Mgr Schneider sympathise avec les milieux ralliés



Rencontre des chefs religieux  Kazakhs en 2013 à Astana


mardi 17 mai 2016

Normalisation canonique? par Dom Thomas d'Aquin

Normalisation canonique?

Avril 2016


Dans une lettre du 19 février, Monsieur l’abbé Franz Schmidberger a exposé les raisons pour lesquelles lui parait arrivée l'heure de normaliser la situation de la Fraternité Saint Pie X et, sans doute, des communautés amies.
Dans les raisons avancées par l’ancien Supérieur Général, nous trouvons le fait que Dom Lefebvre aurait recherché une régularisation canonique pour sa congrégation. A vrai dire, Mgr Lefebvre recherchait beaucoup plus que cela: il recherchait la survie de l’Eglise. La question canonique a son importance, mais ce que recherchait surtout Mgr Lefebvre, c’était la sauvegarde de la Tradition, sans les entraves par lesquelles les libéraux la paralysent.
Parlant de Mgr Antonio de Castro Mayer, Mgr Lefebvre disait (il me semble que c’était en 1985) qu’il fallait que l'évêque émérite de Campos comprenne qu’il était nécessaire de rentrer dans l’illégalité. Mgr de Castro Mayer, malgré une analyse théologique profonde de la crise actuelle, restait prisonnier d’un légalisme qui le paralysait. Par crainte de l’illégalité, Mgr de Castro Mayer n’ordonna aucun prêtre entre 1984, date où il fut contraint de quitter la charge d’évêque titulaire de campos, et 1988, date des sacres des quatre évêques de la FSSPX. Mgr Lefebvre avait mieux compris ce que dit Saint Paul: “la lettre tue, mais l’esprit vivifie”. Il avait discerné que le coup de maître de Satan avait été de lancer toute l’Eglise dans la désobéissance à la Tradition, précisément par obéissance; l’obéissance retournée contre sa finalité; le bien au service du mal.
Que Mgr Lefebvre ait, un temps, recherché une solution canonique est évident, mais qu’il ne l’ait pas trouvée est plus évident encore. Et il ne l’a pas trouvé parce qu’elle n’existait pas, et n’existera pas tant que Rome est occupée par les ennemis de la Royauté universelle de Notre Seigneur Jésus Christ. C’est pour cette raison que Mgr Lefebvre sacra quatre évêques en 1988. Il en aurait probablement sacré plus si Mgr de Castro Mayer avait désigné des prêtres pour recevoir l’épiscopat, comme il lui fut proposé par l’intermédiaire de Dom Gérard qui vint au Brésil en 1987, avec la mission de lui faire cette requête.
Mgr Lefebvre pensait que Mgr de Castro Mayer aurait pu refuser d’abandonner sa charge et aurait pu choisir son successeur, luttant ouvertement contre la Rome moderniste, pour préserver son diocèse des erreurs actuelles. C’est ce que Mgr de Castro Mayer fit ensuite, mais dans des conditions plus difficiles, ayant accepté sa démission comme évêque titulaire de Campos.
Certes, Mgr Lefebvre souhaitait une solution canonique, mais une solution qui ne fut pas fausse, mais conforme à la Vérité.
Pour l’abbé Schmidberger, le moment de cette vraie normalisation parait arrivé, parce que Rome ne parle plus d’accepter Vatican II ni la légitimité du Novus Ordo. Il dit aussi que la Fraternité ne se taira pas au sujet des erreurs modernes.
Ces garanties semblent assez fragiles, car Dom Gérard et Campos disaient aussi qu’aucune limitation ne serait imposée à leur combat anti-moderniste. Ils nous promettaient de continuer le combat et certains allaient même jusqu’à dire que c’était maintenant que le combat allait vraiment commencer, parce qu’ils allaient lutter de l’intérieur même de l’Eglise. Pure illusion, comme les faits le montrèrent. Illusion et fausse doctrine, selon laquelle la Tradition serait hors de l’Eglise.
Mgr Lefebvre voyait bien ces illusions chez Dom Gérard. Tant qu’à Rome règnera le modernisme, tout espoir d’une normalisation véritable sera vain.
L’abbé Schmidberger affirme également que la Résistance a perdu le sens et l’amour de l’Eglise. Nous devrions bien sûr avoir plus de vertu, plus de Foi et plus de Charité. Nous pouvons cependant dire en notre défense que, dans la Résistance, on étudie Pascendi, le Syllabus, Quanta Cura, Quas Primas, Quadragesimo Anno, etc. Dans la Résistance on lit l’Histoire du catholicisme libéral du Père Emmanuel Barbier. Dans la Résistance, on traduit le livre Pierre m’aimes-tu de Daniel le Roux. Dans la Résistance on publie le Sel de la Terre, on y vénère NN. SS. Lefebvre et de Castro Mayer et leurs oeuvres sont étudiées et expliquées aux fidèles.
Si nous ne faisons pas plus, c’est de notre faute, mais nous faisons quelque chose, et cela, je crois que nous le faisons parce que nous avons le sens et l’amour de l’Eglise.
Si nous manquons d’amour de l’Eglise, que Dieu nous le donne. Si nous l’avons déjà, que Dieu nous le conserve et le fasse croître par l’intercession du Coeur Immaculé et Douloureux de Marie.

+ Thomas d’Aquin OSB

samedi 14 mai 2016

FSSPX - Objections à une paix canonique avec Rome

FSSPX – Objections à une paix canonique avec Rome
Reproduction d'une étude récente publiée sur le forum catholique par "Germain"

 Considérations préalables

Ce qui suit concerne essentiellement les personnes se reconnaissant dans le combat de la Fraternité Saint Pie X et qui l’ont jusqu’à présent soutenue dans les choix qu’ils ont été amenés à faire. D’autres liront probablement ce texte : il est bien évident que dès lors qu’ils considèrent que la position actuelle de la FSSPX est illégitime (schismatique, non en communion avec Rome…) la question des accords ne peut se poser de la même façon et toutes sortes d’objections sont possibles. Mais le débat, aussi intéressant soit-il, n’est pas le même, puisque l’accord canonique devient une nécessité en soi. Je n’entends pas répondre ici à des objections tirées de l’illégitimité de l’actuelle position de la Fraternité Saint Pie X. Personne ne peut nier qu’une paix pratique avec Rome aurait des conséquences majeures, d’où un devoir approfondi de réflexion préalable. Certains espèrent beaucoup de cette paix canonique. En ce qui me concerne, je tente d’expliquer ici pourquoi je la redoute beaucoup plus que je ne l’espère au point que je la vois comme un désastre prévisible. La question n’est ici abordée que sous l’angle prudentiel : autrement dit, si la fin à atteindre est le retour de l’Église à toute la Tradition, qu’attendre de ce moyen que seraient des accords avec Rome ? Un tel jugement ne saurait être complet ; je me contenterai ici du point de vue historique. Un mot à propos de quelques termes employés ici. Ils risqueront sans doute d’en heurter quelques uns, qui parleront de raccourci ou simplification ; je les emploie néanmoins pour faciliter certains développements. J’entends par ralliée toute personne, qui historiquement a eu l’occasion d’initier ou de suivre un accord ou une paix avec la révolution, pratique ou doctrinale. J’entends par révolution, le mouvement défendant les idées révolutionnaires que ce soit sur le plan politique ou religieux (Mgr Suenens n’a t-il pas parlé du concile comme 1789 dans l’Église ?), mouvement contre lequel nous luttons depuis plus de deux-cents ans. Enfin, j’entends par paix les arrangements politiques, canoniques ou doctrinaux qu’ils soient négociés ou unilatéraux (comprenant donc dedans une éventuelle reconnaissance canonique unilatérale, en débat actuellement).

Objections historiques

Trois exemples de « paix » historiques me paraissent à bien des égards montrer des similitudes avec la situation actuelle. Le concordat de 1801, le ralliement à la république en 1892 et le ralliement de certaines communautés traditionnelles en 1988 ou après, présentent autant de situations très différentes, cependant elles ont pour point commun la réalisation d’une paix, qui se veut « stratégique » ou « pratique » avec la révolution. À partir de là, les points de comparaison sont tels que la prudence oblige à les analyser pour apprécier le bien fondé d’une telle stratégie dans le contexte actuel. Ils dépassent d’ailleurs le simple point de vue historique, il est possible d’en tirer une véritable « psychologie » du ralliement. Tout un chacun, qui a caressé ou caresse l’illusion d’une paix pratique pourra se demander s’il s’y reconnaît. Je ne ferai ici qu’ébaucher certains traits, il y aurait un livre à écrire.

Il faut bien sûr se garder d’être trop schématique. Il est difficile de savoir précisément ce qui se serait passé si dans chaque cas l’Église avait refusé la paix proposée. Il est impossible de refaire l’histoire au conditionnel. Il faut, notamment, mettre à part le cas du concordat ; valait-il mieux une époque de persécution pour l’Église de France ou la paix napoléonienne ? Que serait-t-il advenu si le pape avait refusé le concordat ? Il faut reconnaître qu’à vue humaine sur ce cas précis il est impossible de répondre. Il est difficile de porter un jugement définitif sur ce qui a constitué, de fait, la première paix pratique avec la révolution.

En revanche, inévitables ou pas, que ce soit en 1801, en 1892, ou en 1988 il y a le bilan bien réel des conséquences de ces paix. De ce point de vue aussi tout n’est pas si simple ; dans les exemples cités, il y a aussi eu des conséquences positives, quoique partielles, toujours temporaires et au final mineures par rapport à des effets globalement négatifs. Certes, le concordat a permis une certaine renaissance de l’Église en France (bien plus relative qu’on ne le présente souvent, il n’est qu’à citer les chiffres des ordinations : 6000 estimées annuellement avant la révolution, 2350 au plus haut au XIXème siècle (1830), pour une population nettement plus nombreuse). Le ralliement de 1892 a eu de manière marginale à son commencement et avant l’arrivée des gouvernements radicaux, quelques (très modestes) effets bénéfiques sous le gouvernement Méline en 1895. Les communautés ralliées, après 1988 ont permis à certains fidèles de connaître la messe saint Pie V, les plus cohérents d’entre eux arrivant ensuite jusqu’à la Fraternité Saint Pie X.

C’est vrai, il faut le reconnaître et le prendre en compte, par souci d’exactitude et pour ne pas tomber dans la caricature. Mais c’est avec le même souci d’exactitude qu’on doit reconnaître que ces quelques effets positifs sont bien peu de chose par rapport à un bilan fondamentalement négatif.

Pourtant chaque fois nombreux sont ceux qui ont milité pour ces paix et qui de ce fait, en se séparant des « intransigeants » en ont rendu possibles l’application. Plutôt que de refaire l’histoire de ces accords, ce qui a déjà été fait et ne pourrait tenir en quelques lignes, il est intéressant d’essayer de décrypter les motivations profondes, puis l’évolution de ceux qui ont été les défenseurs puis, souvent, les victimes (consentantes).

On note ainsi qu’à chaque fois, cette paix semble agir comme une tentation sous apparence de bien.

Une tentation…

La tentation est le ressort le plus difficile à cerner, car c’est aussi le moins avouable, mais également, à y regarder de plus près, le plus profond et le plus puissant. La plupart du temps, elle ne s’avoue pas à l’intéressé lui-même, qui a besoin d’un retour sur soi pour la reconnaître honnêtement. Dans tous les cas elle n’est bien entendue jamais publiquement avouée par ceux qui y cèdent, que ce soit consciemment ou inconsciemment.

Cette tentation peut avoir des ressorts et formes différents selon les contextes et les époques avec cependant comme point commun le plus fondamental à chaque fois la lassitude du combat. Ce peut être tout simplement le confort d’une vie paisible enfin retrouvée pour le chouan ou le paysan vendéen (1801). Ce peut être une carrière politique plus brillante pour des députés monarchistes tenants d’une cause qui apparaît presque perdue à la fin du XIXème siècle, ou plus largement la perspective de la fin d’une marginalisation au sein de la société pour les électeurs catholiques et monarchistes (1892). Ce peut être encore les honneurs retrouvés ou recherchés, les amitiés reconstituées, la peur de la marginalisation (mai 1988). Ce peut être enfin, aujourd’hui, la fin des persécutions verbales, la pression sociale et mondaine, des modes de vie et d’être plus relâchés au jour le jour, à moins qu’il ne s’agisse de tout cela à la fois…

…sous apparence de bien.

Il est d’autant plus difficile démasquer ces tentations que parallèlement elles se cachent derrière une illusion ou une apparence de bien : penser que la paix retrouvée rendra à l’Église son rayonnement d’antan (1801), penser que les Français vont majoritairement élire un gouvernement catholique (1892) (alors même qu’il avaient depuis déjà deux décennies la possibilité de le faire en élisant des députés monarchistes…), penser qu’ayant respecté la nécessité d’éviter un schisme on réussira à ramener l’Église conciliaire de l’intérieur vers la Tradition (alors même qu’on sera condamné au silence, voire à la compromission active) (1988)

L’apparence de bien est bâtie, consciemment ou inconsciemment avec une argumentation factice. Le raisonnement spécieux qui en est issu laisse penser que la victoire sera facilitée par une paix pratique avec la révolution.

On y croit d’autant plus volontiers qu’en son for interne on est disposé à céder à la tentation. Elle permet de se justifier, tant vis-à-vis de soi-même que vis-à-vis des autres, à tel point qu’on finit par s’en convaincre. C’est d’ailleurs une nécessité morale de croire à cette illusion pour éviter de ressentir la partie la moins avouable de ses motivations.

Il n’est bien entendu pas question de juger les partisans d’une paix avec Rome ou même toute personne éprouvant quelque hésitation. Cependant, tout un chacun qui réfléchit honnêtement sur le sujet pourra se poser la question.

Conséquences

L’accord passé, un seul souci va guider l’action des ralliés : celui de maintenir coûte que coûte l’accord, la paix avec les révolutionnaires. Si l’accord échoue c’est la preuve de l’erreur qui a été commise, c’est le retour forcé vers ceux qui ont refusé de marcher, qui sont devenus le repoussoir dont on ne cesse de vouloir se démarquer (les schismatiques de la Fraternité Saint Pie X, mais aussi les monarchistes intransigeants, ou encore les chouans irréductibles qui continuent de s’opposer à Napoléon) Les évêques concordataires, choisis par Napoléon, sont pieds et poings liés. Le député rallié ne peut plus défendre les intérêts de l’Église et combattre certaines lois, sous peine de casser l’alliance avec les républicains. Le prêtre Ecclesia Dei vit dans la peur des conséquences d’une prédication contre le concile.

L’efficacité de toute action est comme paralysée par ce souci de sauvegarder la paix. Là où l’ex-combattant devenu rallié, avait toute liberté pour agir autrefois, le rallié d’aujourd’hui doit toujours calculer, soupeser, composer et s’effrayer de toute initiative trop clairement hostile à la révolution. Comme gage de bonne volonté, et pour donner davantage de solidité à l’accord, les ralliés se trouvent forcés d’encenser les autorités révolutionnaires. Ce sont les louanges sans cesse répétées des évêques concordataires à Napoléon « restaurateur de l’Église en France » (forcément, ils lui doivent tous leur place), c’est la défense acharnée de la démocratie désormais vue comme seul régime légitime possible (Sangnier, Piou), c’est la papolâtrie des communautés ralliées à l’égard d’un Jean-Paul II ou d’un Benoît XVI. En retour, les ralliés ne gagnent pas pour autant la confiance des autorités révolutionnaires qui, méfiantes, demandent de nouveaux gages.

La réalisation de l’illusion qui avait justifié l’accord est comme paralysée, repoussée à plus tard, une fois la confiance des révolutionnaires gagnée et l’accord définitivement solidifié. Cette illusion qui était le motif officiel de l’accord, devient une stratégie de plus en plus floue dont la réalisation concrète est sans cesse repoussée ou réduite à presque rien, au nom de la prudence travestie par des raisons purement humaines. A la place du combat contre la révolution et les autorités révolutionnaires, fait place un silence assourdissant, ponctué tout au plus quelques demandes ou textes timides et édulcorés. L’évêque concordataire qui doit tout à Napoléon, se trouve bien embarrassé pour critiquer les articles organiques qui constituent dès 1802 un empiétement considérable sur les garanties apportées par le concordat. Le député rallié est tétanisé pour critiquer la politique anti-cléricale du gouvernement ; toute opposition le ferait suspecter de crypto-monarchisme. Le père Louis-Marie de Blignières presse – avec succès – dom Gérard de ne pas remettre le petit mémorandum de l’abbé Schaeffer sur Dignitatis humanae au cardinal Ratzinger ; « Vous allez tout mettre par terre en remettant ce texte ! ». Et dom Gérard cède ! (résultat, dix ans plus tard, le Barroux par l’intermédiaire du père Basile défendra désormais la continuité de Dignitatis Humanae et du magistère traditionnel)

En revanche, chacun peut désormais pleinement céder à la motivation obscure du ralliement, c’est à dire la tentation elle-même, pour ainsi dire en toute impunité, d’autant plus qu’elle n’apparaît pas directement peccamineuse, et que les barrières qui empêchaient d’y succomber sont levées. Le fait d’y céder sera le premier pas qui amènera plus ou moins rapidement à épouser les idées de la révolution.

Exemple, 1802 : le paysan vendéen est réinstallé dans sa ferme et peut enfin savourer une tranquillité retrouvée, qui plus est avec la bénédiction de son curé, fût-il un ancien réfractaire. Il « subit » les exhortations de son évêque prêchant le respect des autorités temporelles constituées sous le régime du concordat. La fin du combat au sens physique, entraîne petit à petit, parallèlement, l’affaiblissement du combat au niveau spirituel et moral, puis enfin au niveau doctrinal ou idéologique. Progressivement l’ancien soldat, et surtout les générations qui le suivent, deviennent plus perméables aux discours qui leur sont dispensés. Cela, d’autant plus facilement que les gouvernements révolutionnaires, malgré des tensions de plus en plus vives au fur et à mesure que le siècle avance, bénéficient toujours de la reconnaissance officielle de l’Église. Vers la fin du XIXème siècle, une politique clairement anti-cléricale fait son retour. Mais les descendants des paysans vendéens, en 1882 ou en 1905 n’ont plus la force de s’y opposer moralement et physiquement comme leurs ancêtres, alors que leur religion se trouve à nouveau persécutée. Les meilleurs se contenteront de manifester de façon plus ou moins musclée au moment des inventaires, tandis qu’une proportion non négligeable de ces mêmes paysans, descendants des chouans, aura élu ces gouvernements ouvertement anti-cléricaux. Sans même s’en rendre compte, ils seront passés dans le camp de la révolution.

1892 : à la fin du XIXème, les ex-députés monarchistes travaillent maintenant main dans la main avec leurs adversaires d’hier ; ils peuvent désormais penser à leur carrière au sein de l’action libérale populaire ou des chrétiens démocrates. Certains poussent la « bonne volonté » jusqu’à voter les lois anti-cléricales de séparation de l’Église et de l’État, ou des inventaires, poussant à son paroxysme la logique du ralliement. Quant aux électeurs catholiques, les voilà pleinement intégrés dans cette société de la fin du XIXème siècle. Désormais, ils voient la république comme un régime acceptable, bientôt respectable, sinon le seul légitime, rassurés en cela par le pape, l’évêque, le curé et le virage de bon nombre de leurs chefs politiques d’hier. Certes, ce n’est pas ce que veut ni dit Léon XIII, ni certaines élites catholiques qui, au départ, jouent la carte du ralliement comme pure stratégie politique. Beaucoup de fidèles doivent se sentir mal à l’aise en défendant des idées et un régime dont ils étaient les adversaires hier. Mais personne n’est là pour les mettre en garde et les inviter à redoubler de prudence envers la nature révolutionnaire des institutions républicaines : forcément, comme leurs prédécesseurs un siècle avant, comme leurs successeurs un siècle après, les clercs partisans du ralliement sont bâillonnés sous peine de voir la stratégie du ralliement condamnée.

1995 : des communautés Ecclesia Dei défendent désormais avec acharnement les textes du concile (Le Barroux, avec dom Basile défend Dignitatis Humanae). Suffisamment de clercs ou de revues ont décrit cette trajectoire, pour qu’il soit besoin d’y revenir ici.

Une grande partie des « ralliés », notamment les masses, adoptent très vite les mœurs puis les idées révolutionnaires ; ce sont souvent ceux dont les modes de vie s’en rapprochaient le plus avant, et à qui ne seront plus rappelés les principes de doctrine et de prudence.

En effet, qui était là en 1802 pour rappeler que la signature du concordat n’empêchait pas Napoléon d’être attaché aux principes de la révolution et d’en continuer l’œuvre insidieusement ? Certainement pas l’épiscopat concordataire qui lui était tout acquis. Qui en 1892, dans les milieux ralliés, était là pour expliquer aux électeurs que le ralliement prêché par Léon XIII n’était qu’une tactique temporaire pour christianiser le régime républicain « de l’intérieur » ? Qui en 1988, dans les milieux Ecclesia Dei avait encore suffisamment de liberté de parole pour expliquer que le refus des sacres ne signifiait pas l’acceptation de la nouvelle messe et des textes du concile ? Rappels pénibles auparavant mais qui aidaient à se maintenir dans la voie droite, devenus impossibles, au-moins publiquement, au nom de la sauvegarde de l’accord.

Bon nombre passent très vite du ralliement pratique au ralliement idéologique c’est à dire doctrinal. Ce reniement est souvent précédé ou accompagné d’un relâchement moral, dû aux contacts permanents avec les modes de vie des révolutionnaires, ce qui est une autre conséquence du ralliement. Ce relâchement moral facilite le changement doctrinal car, « A force de ne pas vivre comme on pense on finit par penser comme on vit ». Cependant, une minorité de ralliés, sans passer aussi vite dans le camp révolutionnaire, se tait. Les meilleurs ne rappellent leurs idées que si faiblement et si subtilement qu’ils deviennent inaudibles. Ces derniers ne représentent après quelques années qu’un pourcentage très minoritaire des ralliés qui avaient accepté l’accord à ses débuts, les autres sont devenus révolutionnaires. À ce stade, une toute petite partie fait peut-être demi-tour, quand les événements les éclairent (1999 : crise de la Fraternité saint Pierre. 1905: séparation de l’Église et de l’État) ; malheureusement, il ne s’agira que de cas isolés, trop tard pour faire réfléchir efficacement les plus faibles, qui depuis longtemps sont des révolutionnaires (au sens idéologique du terme qui peut prendre selon les époques les dénominations de « bonapartistes » (1802), « républicains » (1892) ou « conciliaires » (ces dernières décennies). Les derniers ralliés, trop orgueilleux pour reconnaître l’impasse dans laquelle ils sont, continueront à se taire et verront la génération qui suit épouser pleinement les idées révolutionnaires, faute d’avoir pu leur rappeler efficacement les principes, pour les avoir fait grandir en contact permanent avec de fausses doctrines et pour les avoir fait vivre en contact permanent avec des modes de vie et des façons d’être plus relâchés.

Application à la situation actuelle

Comparaison n’est pas raison ai-je marqué plus haut et on trouvera certainement beaucoup de différences entre aujourd’hui et les situations passées. Cependant, pour passer outre les leçons de l’histoire et s’engager sans crainte dans la voie d’une paix pratique, la prudence exigerait qu’on prouve une différence fondamentale entre la situation actuelle et les trois situations antérieures.

Or les similitudes avec les situations antérieures l’emportent bien au contraire et de très loin. Quel partisan actif d’un « accord » peut dire, au fond de lui-même qu’il est totalement indemne du genre de tentations décrites plus haut (fin des persécutions verbales pour certains, pression sociale et mondaine pour d’autres, ou encore relâchement dans les modes de vie et d’être plus faciles à embrasser au jour le jour, levée d’un scrupule, ou tout cela à la fois…) ?

A côté de la tentation, il y a aussi l’illusion, aussi puissante qu’en 1988, « transformer l’Église de l’intérieur », qui ne sonne pas très différemment de « christianiser la république » ou de « L’Église libre dans un État libre » ou encore de « l’Église restaurée par l’empereur ». À chaque fois, de jure ou de facto, même lien de subordination avec les révolutionnaires, même complexe de devoir continuer à s’opposer à ceux qui nous ont tendu la main et nous ont fait si magnanimement cadeau de l’accord. Qui peut nier que tout cela, on ne le retrouve pas cette fois ?

La Fraternité Saint Pie X n’échappant pas à cette évolution, les fidèles y échapperont encore moins. Il est déjà bien difficile de transmettre le flambeau à l’heure actuelle, alors que, malgré les rappels insistants et les barrières mises en place, tant de fidèles se compromettent avec les modes de vie et les pratiques contemporains. Dans le contexte d’un accord, beaucoup de digues seront rompues et les contacts avec le monde conciliaire rendront la pression intenable notamment sur la génération d’après. Cédant sur le plan comportemental, ils céderont ensuite sur le plan doctrinal et liturgique. Le courant, qui emporte facilement 80 % de la première génération « signataire », emportera à terme inéluctablement la totalité de la génération suivante, sauf Grâce particulière.

De tels accords sont d’autant plus frustrants qu’ils se produisent souvent à un moment où certaines victoires sont à portée de main, où encore un peu de fermeté pourrait enfin payer. Par exemple, Napoléon avoua que trois ans ne se seraient pas passé après 1802 et l’éventuel échec de ses pourparlers avec Pie VII, qu’il lui aurait tout « cédé », tant il avait besoin de l’Église pour stabiliser la société au lendemain de la révolution. Plus récemment, il est certain que le message de la Fraternité Saint Pie X, s’il n’était pas brouillé comme il l’est aujourd’hui, aurait certainement beaucoup plus de portée auprès des milieux ralliés ou conservateurs, à l’heure du pape François I et des troubles qu’il sème dans leurs milieux.

L’histoire n’est pas le seul élément d’un jugement prudentiel. Pourtant, force est de reconnaître que dans la situation actuelle elle plaide de toute évidence contre une paix canonique avec Rome.

Germain