mercredi 14 juin 2023

Petite analyse des vidéos de Mgr Huonder

Ce dimanche 4 juin 2023, le Père Bruno a publié une intéressante analyse des vidéos publiées récemment par Mgr Huonder; cela donne un éclairage supplémentaire à l'affaire des "Saintes Huiles". 

 

Mgr Huonder est un évêque suisse de langue allemande, qui a pris sa retraite, il y a quatre  ans, dans une école de la Fraternité. Le communiqué qui l'annonçait précisait dans quel  but : « se consacrer à la prière et au silence» ; ce qui semblait exclure le ministère.  En réalité,  dès le début,  Mgr Huonder s'est vu confier du catéchisme, des confessions, des prédications  pour les élèves.  Par la suite, il a visité différentes chapelles, et à la Pentecôte 2021 il a même  célébré une messe pontificale au séminaire de Zaitzkofen, en Allemagne.  C'est dans ce  même séminaire que, le jeudi saint dernier (6 avril), il a de nouveau célébré une messe pontificale, cette fois pour la consécration des saintes huiles. Il s'agit d'une cérémonie très importante, puisque les saintes huiles sont la matière des sacrements de confirmation et  d'extrême-onction, et sont utilisées également pour le baptême et l'ordre.

Pour qu'un évêque consacre validement les saintes huiles, il faut qu'il soit vraiment évêque, c'est-à-dire qu'il ait été sacré validement, et d'abord qu'il ait été ordonné validement en tant que prêtre. Or Mgr Huonder a été ordonné prêtre en 1971 et sacré évêque en 2007, donc dans les deux cas selon le nouveau rite d'ordination ou de sacre, qui remonte à 1968. Il semble que ce nouveau rite soit valide en soi, mais en pratique il est douteux.  C'est ce qu'affirmait Mgr Lefebvre dans une circonstance très solennelle, le 30 juin 1988 : les sacrements des  évêques conciliaires « sont tous douteux »,

Quand il s'agit d'une chose aussi vitale que les sacrements (qui sont les moyens par lesquels Notre-Seigneur nous communique sa vie surnaturelle), on ne peut rester dans le doute.  Il faut être «tutioriste », comme disent les théologiens, c'est-à-dire aller au plus sûr, avoir la certitude qu'un donne ou qu'on reçoit des sacrements valides. Si Mgr Lefebvre a fondé sa Fraternité, c'est pour préserver le sacerdoce catholique, et du même coup la messe catholique et les sacrements catholiques. Il a sacré quatre évêques dans le même but.

Je reviens à Mgr Huonder: il y a un doute sur la validité de son ordination sacerdotale et de son sacre épiscopal, ce qui entraîne un doute sur la validité de toutes les confirmations et de toutes les extrêmes-onctions qui seront administrées avec les saintes huiles consacrées le jeudi saint dernier à Zaitzkofen. Il s'agit donc d'un événement gravissime, qui malheureusement n'a pas fait beaucoup de vagues; malheureusement, parce que les prêtres qui ne sont pas d'accord auraient dû protester publiquement. Leur silence est un silence complice.  On sait cependant que quelques prêtres allemands refusent d'utiliser les saintes huiles consacrées par Mgr Huonder (ce qui est le signe qu'il y a vraiment un doute).

Dans les semaines qui ont suivi cette cérémonie, le site de la Fraternité a publié trois vidéos  présentées comme un « témoignage de Mgr Huonder », sans doute pour rassurer les prêtres et les fidèles sur ses bonnes dispositions. Nous allons voir que cela ne rassure guère, mais de toute façon nous n'avons pas à juger ses intentions; le problème est objectif : ce Mgr Huonder est-il vraiment évêque?  les huiles qu'il a consacrées il y a deux mois en Allemagne sont-elles vraiment des saintes huiles?  les enfants qui sont confirmés, les malades qui sont extrémisés avec ces huiles reçoivent-ils vraiment les sacrements de confirmation ou d'extrême-onction ? - Ceci dit, même si on pouvait avoir une certitude quant à la validité du sacre de Mgr Huonder (auquel cas les supérieurs auraient dû l'expliquer, au lieu de réclamer une confiance qu'ils ne méritent plus, au moins depuis le 15 avril 2012), même en ce cas on pourrait se demander s'il était convenable de faire célébrer une telle cérémonie par cet évêque. C'est là qu'il est intéressant d'analyser brièvement les trois vidéos.

On y trouve quelques paroles assez fortes au sujet de la crise, par exemple lorsqu'il dit que l'abolition du rite traditionnel est « une injustice, un abus de pouvoir ».  Mais il y a bien des éléments qui montrent qu'il est loin d'adhérer au combat de la foi que nous voulons mener dans le sillage de Mgr Lefebvre. Quelques exemples:

- Il est très bienveillant envers Benoît XVI. Il se trompe d'ailleurs quand il prétend que ce pape a «levé l'excommunication injuste de Mgr Lefebvre et des évêques de la Fraternité» : l'excommunication n'était pas seulement injuste, mais invalide; et Benoît XVI n'a pas parlé de Mgr Lefebvre (ni de Mgr de Castro Mayer).

- Au sujet d'Assise, il emploie les expressions de « choc» et de « perte de confiance », mais il ne semble pas voir qu'il s'agit d'abord et surtout d'un blasphème contre Notre-Seigneur.

- Il reconnaît qu'il porte un « regard nouveau» sur ce qui s'est passé dans l'Église depuis quelques dizaines d'années, mais il ne fait aucune allusion à son propre passé d'évêque très conciliaire, très œcuméniste. Il est par exemple à l'origine du dies judaïcus, le «jour du judaïsme », institué en Suisse en 2011 et adopté ensuite par d'autres pays. Ses vidéos ne constituent pas une profession de foi comme celle de Mgr Lazo en 1998 ou comme la célèbre déclaration de Mgr Lefebvre en 1974. Monseigneur y affirmait clairement son  « refus catégorique d'acceptation de la réforme ».

- Pour Mgr Huonder, la position de Mgr Lefebvre sur le Concile est beaucoup plus nuancée: elle se résume dans une lettre de Monseigneur où il acceptait le Concile «interprété dans le sens de la Tradition ». C'est vrai que Monseigneur avait employé cette formule, mais il faut se souvenir du contexte: c'était fin 1978, juste après l'élection de Jean-Paul II, qui avait fait naître un certain espoir après les quinze années désastreuses du pontificat de Paul VI. Mais Monseigneur en était vite revenu, et il avait émis des jugements beaucoup plus sévères sur Vatican II.

- J'ai remarqué dans les vidéos plusieurs habitudes caractéristiques des ralliés: Mgr Huonder cite le texte du Concile sur la liturgie pour critiquer la messe de Paul VI, alors que Paul VI est inséparablement le pape du Concile et le pape de la nouvelle messe, et que la nouvelle messe  est la messe du Concile. Il se réfère au nouveau code de droit canon. Il évoque « les prêtres qui, pour des raisons de conscience, voulaient rester fidèles à la liturgie traditionnelle », ce qui n'est pas faux mais très incomplet, puisqu'il faudrait dire « pour des raisons de foi ». Il insiste sur le droit à la messe traditionnelle, qui est bien réel mais qui n'est pas l'essentiel : nous refusons la nouvelle messe parce qu'elle est mauvaise, dangereuse, empoisonnée. D'une manière générale, Mgr Huonder insiste davantage sur la loi que sur la foi.

- Un dernier point très important : il explique qu'en janvier 2015 Rome lui a demandé de faire le lien avec la Fraternité, en vue ... d'une reconnaissance canonique. On sait par ailleurs qu'il a été impliqué dans le « cadeau» du pape François à la Fraternité fin 2015 : la juridiction pour les confessions. Il affirme également s'être installé dans une maison de la Fraternité avec la bénédiction de Rome. Et à la fin de la troisième vidéo, il avoue franchement: « J'ai rempli ce mandat [du Saint-Siège], et je suis toujours en train de le remplir.»  Voilà qui est clair: Mgr Huonder travaille, aujourd'hui encore, à l'intégration de la Fraternité dans l'Église conciliaire, intégration qui ne peut aboutir qu'à une désintégration. On peut craindre que  «l'affaire Huonder » ne soit pas terminée, et que d'autres «paliers» se préparent.

Prions pour la Fraternité, qui est de plus en plus en grand danger, et demandons au Saint- Esprit - même si l'octave de Pentecôte est terminée - de nous donner la lucidité et la force: la lucidité pour y voir clair, la force pour marcher droit.