mercredi 11 février 2026

Un prêtre de la Compagnie de Marie en garde à vue pour avoir béni une église

Voici ce qu'en rapporte un journal local :



Église de Saint-Gault (Mayenne) — chronique d’un scandale ordinaire

Depuis des mois, le sort de l’église millénaire de Saint-Gault empoisonne la vie locale.
Un édifice que certains veulent sauver.
Un bâtiment que d’autres ont déjà enterré.

Mercredi dernier, un incident oppose un prêtre au maire de la commune. En quelques heures, la presse locale tranche, titre, condamne :

« Un prêtre agresse le maire »
« Inadmissible »
« Deux personnes placées en garde à vue »Capture : https://france3-regions.franceinfo.fr/pays-de-la-loire/mayenne/on-a-franchi-une-etape-qui-est-inadmissible-a-quelaines-saint-gault-en-mayenne-le-maire-se-confie-apres-l-incident-avec-un-pretre-3295143.html

Rideau.

Chez Mayenne Aujourd’hui, nous n’entretenons pas l’illusion d’une neutralité hors-sol. Nous sommes un média engagé, enraciné, attaché au patrimoine, à la liberté de conscience et au droit de contester. Nous enquêtons. Nous écoutons. Nous confrontons les versions.

Et lorsque l’on prend le temps de replacer les faits dans leur chronologie, une autre histoire apparaît.

Plus dérangeante.
Plus politique.
Plus révélatrice.

Une église qu’on a laissé mourir


L’église Saint-Gault, fondée au XIᵉ siècle, n’est pas tombée en ruine par accident.

Elle a été fermée.
Clôturée.
Privée de toute perspective de restauration.

Et enfin désaffectée.

Quinze ans sans entretien sérieux.
Quinze ans sans volonté réelle de sauvegarde.
Quinze ans de dégradation parfaitement prévisible.

En septembre dernier, Mayenne Aujourd’hui assistait à la réunion publique organisée par la municipalité de Quelaines-Saint-Gault. Officiellement, il s’agissait « d’ouvrir la réflexion ». Dans les faits, la décision semblait déjà ficelée.

Le maire évoquait plusieurs pistes : salle de spectacle, jardin du souvenir, démolition partielle.
L’usage cultuel n’était même plus une hypothèse.

Les membres de l’Association pour la sauvegarde de l’église peinaient à se faire entendre. Certains habitants allaient jusqu’à leur reprocher de ne pas être originaires de la commune, comme si le patrimoine cessait d’être commun dès lors qu’il dérange.

Ce soir-là, un mot dominait les échanges : résignation.

Ou, pour être plus honnête : liquidation.

Mercredi : un incident, un mot, une mise en accusation


Mercredi dernier [Note de Reconquista : 4 février 2026], l’abbé Matthieu Salenave, prêtre non rattaché à l’évêque de la Mayenne, se rend près de l’église accompagné d’un fidèle.

Objectif : bénir l’édifice, prier pour sa sauvegarde, filmer quelques images afin de sensibiliser les catholiques et l’opinion publique à la disparition programmée de ce monument.

Quelques heures plus tard, la mécanique médiatique est enclenchée.

Le maire parle d’« agression ».
Les gendarmes évoquent une « violence avec arme ».
L’« arme » : une voiture.

Un mot suffit.https://www.ouest-france.fr/societe/faits-divers/apres-lagression-dun-maire-en-mayenne-deux-personnes-dont-le-pretre-matthieu-salenave-placees-en-garde-a-vue-82a10914-0337-11f1-b297-4335c8ab3868?utm_content=link&utm_term=OuestFranceChateauGontier&utm_campaign=facebook&utm_source=nonli&utm_medium=Social

Agression.

Un mot qui transforme un désaccord patrimonial en fait criminel.
Un mot qui fabrique un coupable.
Un mot qui dispense de réfléchir au fond du dossier.

La version du prêtre


Nous avons longuement échangé avec l’abbé Matthieu Salenave.
Abbé Matthieu Salenave

Il se dit stupéfait de ce qui lui arrive.

Selon son récit, il arrive sur place calmement. Il bénit l’église. Il interpelle brièvement les ouvriers, sans agressivité, leur demandant simplement de réfléchir à ce qu’ils s’apprêtaient à faire.

Puis le maire arrive.

D’après l’abbé, le ton est immédiatement agressif. Le maire exige l’arrêt de la vidéo. Le fidèle refuse. Il est parfaitement légal de filmer sur la voie publique.

Le maire tente alors d’arracher le téléphone.

Des personnes s’attroupent.
La tension monte.

Le prêtre se sent agressé. Il décide de partir.

C’est à ce moment-là que, selon lui, le maire appelle les gendarmes et donne des ordres :

« Bloquez la voiture.
Mettez-vous devant.
Garez-vous en travers. »

Des ouvriers se placent devant le véhicule.
Certains tentent d’ouvrir les portières.

L’abbé démarre.

Très lentement.

Uniquement pour se dégager.

Personne n’est percuté.
Personne ne tombe.
Aucun choc.

Concernant le rétroviseur prétendument cassé, l’abbé nous le montre en visioconférence : il est intact. Pas une fissure. Pas une rayure.

Trente-six heures de garde à vue


Une heure après les faits, les gendarmes arrivent au prieuré.

Garde à vue.

Vingt-quatre heures sans audition.
Une prolongation, faute de procureur disponible.
Trente-six heures au total.

Le prêtre sera finalement entendu, sans avocat par choix personnel, puis relâché.

Il n’en revient toujours pas.

Il a depuis déposé plainte pour violences en réunion, tentative de vol de téléphone, tentative d’intrusion dans son véhicule et faux témoignage.

La vidéo, élément central du dossier, est désormais entre les mains de la justice.

Un récit officiel qui arrange


Dans cette affaire, la presse locale a choisi son camp très vite.

Un maire présenté comme victime.
Un prêtre présenté comme agresseur.
Un contexte patrimonial relégué au second plan.

Aucune mise en perspective.
Aucune prudence lexicale.
Aucun principe de précaution.

Pourtant, les faits matériels sont têtus : aucun blessé, aucun dégât constaté, un prêtre et un fidèle, face à plusieurs personnes, et une vidéo à visionner.

Mais dans notre époque, l’important n’est plus ce qui est vrai.

C’est ce qui est immédiatement exploitable.

Ce que révèle cette affaire


Ce n’est pas seulement l’histoire d’un prêtre et d’un maire (On a Don Camillo et Péponne pour ça, le respect en plus).

C’est celle d’une France où l’on préfère détruire que restaurer.

C’est celle d’un pouvoir local qui supporte de moins en moins la contestation symbolique.

C’est celle d’un pays où prier, bénir, filmer devient suspect.

Et c’est celle d’une presse qui se proclame neutre tout en relayant sans filtre la version institutionnelle.

Conclusion


L’abbé Matthieu Salenave nous a confié ces mots :

« J’aimerais que d’autres catholiques viennent prier devant cette église. Peut-être que tout cela est déjà une œuvre du Saint-Esprit. »

Peut-être.

Car ce qui devait se faire dans le silence se fait désormais au grand jour.

Et parfois, c’est ainsi que commencent les résistances.

Pierre d’Herbais.

À ce stade, l’enquête judiciaire est en cours. Mayenne Aujourd’hui rapporte les versions des différentes parties sans préjuger des conclusions de la justice.