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mercredi 12 février 2025

Réponse de l’abbé Chazal à l’abbé Schmidberger à l'occasion du décès de Mgr Williamson

 

Monsieur l’abbé,

Il est compréhensible que vous soyez bon envers Mgr Williamson seulement « iuxta modum», de manière limitée, tout comme nous le sommes lorsque certains d’entre vous partent. Lorsque Mgr Tissier est parti, nous avons tous dit des messes pour lui et l’avons loué pour ce qu’il a été jusqu’en 2012, souhaitant simplement qu’il aurait pu avoir été un peu plus fort. Si vous partez un jour (Dieu nous en préserve, ce jour pourrait être proche), nous nous souviendrons de votre zèle apostolique et de votre supériorat pendant la plus grande période d’expansion de la FSSPX. En vérité, dans les années 1990, la FSSPX était le « Das Boote » de l’efficacité au combat contre l’empire maléfique de Vatican II. Après cela, eh bien, nous sommes toujours en train de « Huondering ». Nous avons dû nous séparer, nous n’avons pas pu nous mettre d’accord ; attendons que Rome se convertisse, et nous serons à nouveau de parfaits amis. De mortuis nihil nisi bonum.

Pourtant, on peut s’étonner de la quantité de fleurs épineuses que vous déposez sur la tombe de l’évêque défunt. La liste est assez longue :

1. La croyance aux messages surnaturels, aux apparitions et aux phénomènes surnaturels. Notre religion entière est révélée, c’est un message et une apparition surnaturels... Apparuit humanitas et benignitas Salvatoris nostri Iesu Christi, dit saint Paul dans la liturgie de Noël. Ce sont vos mots ; quel est le problème de croire aux manifestations surnaturelles ? Les douze l'ont fait, et c’est ainsi que nous sommes là.

2. Le naturalisme. Donner à la politique et aux phénomènes contemporains une place excessive dans les sermons et les conférences. Celle-ci est difficile à quantifier, car dans l'ensemble, l'évêque a passé 90 % de son temps à ne pas mentionner les événements actuels. Le règne « covidiotique » du communisme devait être abordé, et les gens cherchaient des conseils pour refuser les vaccins destructeurs. Il faut être reconnaissant que l'évêque ait été prêt, alors que la FSSPX s'est révélée si faible sur la question. Le monde moderne est un monde de mensonges, mensonges, mensonges... que nous ne pouvons ignorer si nous voulons pouvoir donner une place à la vertu et permettre aux familles d'élever des enfants catholiques.
L’enseignement de l'évêque a donné une large place à la connaissance de la nature humaine, quelque chose d'absolument nécessaire pour l’activité sacerdotale d'un prêtre ; et il était très désireux de nous sauver de tout surnaturalisme « plus saint que toi »... jusqu'à minimiser l'armée hétéroclite de la « résistance » que vous êtes libre de mépriser.

3. La remise en question du nombre lié à l’  « H0ll0w »... menant à une « étiquette » dont la FSSPX a voulu se débarrasser à tout prix pendant des années. Encore une fois, avons-nous besoin d'un « label de qualité » de la part des pouvoirs en place, au lieu de déranger les puissants, tandis qu'ils détruisent la civilisation chrétienne ou qu'ils exterminent simplement les Palestiniens ? Au moment de l'interview télévisée suédoise, l'école de Diestedde était déjà en difficulté, et peut-être ne suis-je pas au courant d'autres dommages causés à l'apostolat allemand de la FSSPX. Mais même à ce sujet, l'évêque était prêt à s'excuser pour les dommages que le district avait pu subir, mais il a tenu ferme contre les mensonges modernes. Cela, à son tour, a amené de nombreuses personnes à la vraie religion. Ici, en Asie, la sympathie pour Mgr Williamson est immense, et durera encore longtemps après son départ. Au Japon, la FSSPX a publié une nécrologie très aimable de Mgr Williamson, et tous ses fidèles lui témoignent une grande sympathie. Je dois profiter de l'occasion pour remercier les nombreuses mentions aimables, dans toute la FSSPX, au moment de l’annonce de l’hémorragie cérébrale, puis de la mort de Mgr Williamson ; et ils vous invitent à faire de même, « den alles Fleisch es ist wie gras ».

4. Erreurs et confusions causées par les Commentaires Eleison. C'est l'un des motifs de l'expulsion de Mgr Williamson. Les Commentaires Eleison ne sont que la continuation des Lettres du Recteur, et reflètent une position qui n'a pas changé, depuis que l’abbé Williamson a été nommé par Mgr Lefebvre comme recteur de Ridgefield (Connecticut), il y a très, très longtemps. Si vous pouvez démontrer un changement de position erroné depuis et une confusion sur notre position constante contre l'église conciliaire, les sédévacantistes, les feeneyites, les américanistes, les féministes, les mondialistes, les ʝʊdɛօ-maçons, les libéraux, les covidistes, les communistes, les progressistes, etc., veuillez nous en informer, mais dans les temps confus que nous vivons, alors que l'hérésie règne en maître au Vatican, ces Commentaires étaient un phare, un phare balayant régulièrement l'horizon, semaine après semaine. On pourrait dire que ce guerrier est mort l'épée à la main, et il a probablement eu une hémorragie cérébrale en réfléchissant à ce que serait son prochain Commentaire Eleison. Et oui, ils ont parfois abordé l'actualité, tout comme Mgr Lefebvre était également bien informé sur l'actualité, traîné aussi devant les tribunaux à cause de ses prophéties sur la France.

5. Erreur et confusion plus grandes causées par ses sacres épiscopaux, qui manquaient et manquent encore de toute nécessité objective et de tout sensus Ecclesiae.
Voulez-vous dire que la FSSPX n’a pas besoin de sacrer des évêques ? Si Mgr Williamson n’avait pas consacré d’évêques, que voulez-vous que nous fassions, puisque vous nous avez mis dehors ? Devons-nous demander aux évêques novus ordo dont nous combattons les erreurs? Comment peut-il être contraire au sensus Ecclesiae de fournir des prêtres pour demain, sans conditions liées aux erreurs conciliaires ? Comment pouvez-vous dire qu’il n’y a aucune nécessité objective de consécration épiscopale au moment même où la FSSPX a besoin de consacrer ses propres évêques, sans mandat pontifical, puisque François est bien déterminé à écraser la Tradition ?

Le sensus Ecclesiae est l’horreur de l’Église pour le crime et le péché d’hérésie, et l’accès à la bouée de sauvetage de la grâce sacramentelle pour ses enfants. Aussi bien qu’ils soient six, nos évêques sont déjà très occupés, et la quantité de travail qui les attend ne cesse d’augmenter.
Si, par miracle, il persuade Mgr de Galarreta et Mgr Fellay de donner à la FSSPX des évêques corrects, l'abbé Pagliarani devra faire face à l'aile libérale de la FSSPX, à l'église conciliaire à laquelle la FSSPX est maintenant liée, aux gouvernements maçonniques modernes et aux médias vils. Vos paroles, et celles du supérieur allemand de la FSSPX, ne sont pas de bon augure et, de l'extérieur, elles confirment que la FSSPX est divisée sur cette question.
Au-delà de sa tombe, les sacres de Mgr Williamson peuvent faire pencher la balance en faveur de votre propre « opération survie »... à moins que vous ne vouliez utiliser un jour ces mêmes évêques que vous condamnez maintenant.

Peut-être cela vous aiderait-il de considérer que ce célèbre converti a été frappé le jour de la fête de la conversion de saint Paul (dont il était un brillant expert) et est décédé le jour de la fête du plus saint évêque français de la période tridentine, saint François de Sales... Car n'oublions pas qu'il était très doux, sur le point de faiblir avec les faibles, essuyant beaucoup de critiques pour cela même dans nos cercles ; alors qu'il ne reculait pas devant les forts, et cela vous inclut, Révérend Père.

Je comprends donc votre frustration, et je suis sûr que nous la pardonnons tous en prévision des temps meilleurs à venir.

Respectueusement, in Iesu et Maria,

François Chazal+


Communiqué de l’abbé Schmidberger du 3 février 2025

Mgr Williamson était anglais, converti de l'anglicanisme, un homme très instruit, doué linguistiquement, intelligent et capable. En tant que tel, il a fait beaucoup de bien à la Fraternité et c'est la raison pour laquelle Mgr Lefebvre l'a consacré évêque le 30 juin 1988 avec les trois autres candidats.

Cependant, on ne pouvait pas passer sous silence certaines faiblesses en lui, qui, en s'accentuant, ont finalement conduit à sa séparation de la Fraternité il y a quelques années :

il avait du mal à concilier la grâce et la nature. D'un côté, il accordait beaucoup de crédit aux messages, apparitions et autres phénomènes surnaturels ; de l'autre, il tendait vers un certain naturalisme, accordant à la politique et aux phénomènes contemporains une place excessive dans ses sermons et ses conférences.

Nous l’avions mis en garde à plusieurs reprises contre ses propos sur l’holocauste, mais en vain. Cela a conduit à l’interview malheureuse de la télévision suédoise du 1er novembre 2008, qui, fin janvier 2009, a qualifié la Fraternité en Allemagne de « fasciste, antisémite », etc., une étiquette avec laquelle nous luttions depuis des années.

Son défi aux autorités de la Fraternité a finalement rendu inévitable une séparation.

Que Dieu lui pardonne les erreurs et la confusion qu’il a provoquées dans les années qui ont suivi avec ses commentaires sur le Kyrie eleison, et plus encore pour ses consécrations épiscopales, qui manquaient et manquent encore de toute nécessité objective et de tout sensus ecclesiae.

Au contraire, que Dieu le récompense richement pour ses mérites antérieurs. RIP.

samedi 21 juillet 2018

Des conseillers généraux

Suite au "scoop" d'hier, nous vous proposons l'analyse de l'abbé Girouard. 

Une nouveauté dans la structure de la FSSPX : les Conseillers Généraux 


Par l’abbé Girouard (20 juillet 2018) 

Chers fidèles, 

J’ai appris par Cathinfo (et j’ai vérifié sur DICI et ils le confirment aujourd’hui) que le Chapitre Général de la FSSPX a créé deux nouveaux postes administratifs de haut niveau dans sa structure de direction. En effet, le Chapitre a institué la fonction de « Conseiller Général » qui sera exercée par deux membres de la FSSPX élus par le Chapitre. Leur responsabilité officielle est d’assister le Supérieur Général (et ses deux Assistants) dans la gestion quotidienne de la FSSPX. Ils feront partie du Conseil Général. 

C’est une nouveauté pour la Fraternité. En effet, j’ai regardé à nouveau ma copie des Statuts de la FSSPX et il est très clair que traditionnellement le Conseil Général est composé du Supérieur Général et de ses deux Assistants. Donc, maintenant, avec cette nouvelle innovation, le Conseil aura cinq membres au lieu de trois. 

Alors qu’il est tout à fait dans les pouvoirs d’un Chapitre Général de faire de telles modifications dans les Statuts, un pareil changement, à cette période de l’histoire de la Fraternité, soulève quelques questions sérieuses. Ceci est amplifié par le fait que les deux officiers élus par le Chapitre pour remplir ces nouvelles fonctions ne sont nul autre que Mgr Bernard Fellay et l’abbé Franz Schmidberger ! 

Ceux qui sont familiers de la voie libérale adoptée officiellement par la Fraternité depuis 2012, lors de son dernier Chapitre Général, et, non officiellement, depuis l’approbation du GREC par Mgr Fellay en 1997, verront immédiatement l’importance de ces deux facteurs. (Pour ceux qui ne le savent pas, le GREC est un groupe formé de prêtres de la FSSPX, de l’Indult et du Novus Ordo, créé dans le but de susciter une réconciliation entre la Rome non convertie et la FSSPX). 

Ainsi, la création de ces deux postes et la nomination des deux officiers pour les occuper ne peut signifier rien d’autre que l’intensification des efforts du Conseil Général pour que la Fraternité obtienne un accord officiel avec la Rome non convertie. 

Et j’atteins cette conclusion pour plusieurs raisons : 

1. Le développement de la Fraternité depuis le dernier Chapitre (2012) n’est pas tel que le Conseil Général ordinaire ait besoin d’avoir deux membres supplémentaires pour la gestion quotidienne de la Fraternité. 

2. Les Statuts originaux fournissaient déjà au Conseil Général un mécanisme l’assurant qu’il pouvait obtenir une aide supplémentaire, et temporaire, de tout autre membre de la Fraternité, à tout moment où il en sentait le besoin. Cela fut fait, par exemple, lors de la réunion des Supérieurs Majeurs à Albano en octobre 2011, qui fut convoquée pour étudier les propositions faites par Rome le mois précédent. De tels mécanismes sont bien prévus dans les anciens Statuts de la FSSPX. C’est pourquoi il n’était pas nécessaire de créer ces deux nouveaux postes, à moins que … 

3. Les deux personnes choisies pour être les deux premiers Conseillers Généraux ont tous deux eu de fréquentes et importantes rencontres avec les officiels romains, parfois même avec les Papes, à l’époque où ils étaient Supérieurs Généraux (1982-1994 / 1994-2018). C’est pourquoi, c’est une prudente hypothèse de penser qu’ils ont été élus par le Chapitre PARCE QU’ils ont une si vaste expérience dans les échanges avec la Rome moderne et PARCE QUE leur position en faveur d’un tel accord est bien établie. 

4. Ceci étant dit, je pense qu’il n’est pas farfelu de croire que ces deux nouveaux postes ont été, en réalité, CREES TOUT SPECIALEMENT POUR CES DEUX PERSONNES, pour qu’ainsi ils puissent travailler « en coulisses » avec les dignitaires romains, en ayant tout de même une certaine crédibilité officielle aux yeux de Rome. Ainsi ces deux Conseillers Généraux pourront être utilisés par le Supérieur Général comme une «Commission Spéciale » chargée de réaliser les travaux préparatoires à un accord avec Rome. 

5. Pendant que la « Commission Spéciale » travaillera en arrière-plan avec les officiels romains, le Supérieur Général lui-même, et ses deux Assistants, pourront garder leur distance officielle par rapport à de telles négociations. Donc ils pourront, si nécessaire, invoquer un « plausible déni » face à des questions gênantes regardant les relations de la Fraternité avec Rome. 

En d’autres mots, un tel changement dans les Statuts de la Fraternité est une indication claire que le Chapitre Général entend prendre tous les moyens nécessaires, et ce de façon très énergique, pour en arriver enfin à un accord avec la Rome non convertie. Les Supérieurs Majeurs ont appris à la dure qu’une telle manœuvre doit être réalisée avec les meilleurs outils disponibles, et non pas au hasard comme dans le passé. Ils semblent avoir réalisé que les Statuts originaux définissant les mécanismes administratifs de la Fraternité n’étaient pas adaptés aux efforts requis pour parvenir à un accord avec Rome. En effet, les tumultes éprouvés depuis 2012 leur ont montré que de telles négociations devaient désormais être accomplies de manière « plus prudente », en vue d’éviter une résistance ouverte des membres « du rang » de la Fraternité. C’est pourquoi ils ont changé les Statuts et choisi Mgr Fellay et l’abbé Schmidberger pour occuper ces nouveaux postes. 

Ceci n’est rien d’autre qu’un aveuglement volontaire de l’intelligence et un endurcissement du cœur. En effet, au lieu d’écouter les arguments sérieux et convaincants de la Résistance contre un accord avec la Rome non convertie, le Chapitre Général a décidé de changer les Statuts afin d’obtenir une « reconnaissance » officielle de Rome. Espérons que cette imitation de l’obstination du Pharaon n’amène pas sur la Fraternité les plaies que Dieu envoya sur l’Egypte ! 

Continuons de prier et de nous sacrifier ! Seul Dieu peut nous sauver ! 

Abbé P. Girouard

vendredi 14 avril 2017

Judas et les judas

14 avril 2012 - 14 avril 2017 
Note : comment concevoir qu'un des intimes du Sauveur ait pu devenir un traître ? Si Notre-Seigneur permit cette chute effrayante, c'est pour donner une leçon à toute l’Église jusqu'à la fin des temps. Ceux que Jésus s'est choisi pour intimes (même les évêques et les prêtres  de la tradition) peuvent devenir, hélas, des judas. Prions pour eux en ce vendredi saint.

Avez-vous jamais entendu l'expression : « un apostat » ? Elle désigne ceux qui connurent la grâce et l'intimité divine et qui plus tard l'abandonnèrent. C'est à eux que Notre-Seigneur fait allusion dans la parabole du semeur : « II n'y a pas en eux de racines ; ils sont inconstants, survienne la tribulation ou la per­sécution à cause de la parole, ils succombent aussitôt ». Appelons-les des « apostats » ; d'autres les appel­lent des renégats.

Personne n'a jamais quitté l’Église, corps du Christ, à cause d'une raison ; beaucoup l'ont quittée à cause d'une chose qui peut être l'orgueil, l'ambition, l'illusion, la sécheresse, la chair, l'un des mille et un succé­danés de la divinité. Ce qui illustrera le mieux cette vérité, c'est l'étude de Judas, l'homme qui quitta Notre-Seigneur pour une chose et de qui le Maître dit : « Mieux vaudrait pour cet homme qu'il ne fût jamais né ».

Un petit enfant naquit un jour à Kerioth. Les amis et les parents vinrent apporter des présents au bébé car il était l'enfant de la promesse. Non loin de là un autre Enfant naissait dans le village de Bethléem. Et parce qu'il était, lui aussi, l'enfant d'une promesse, des amis vinrent, apportant en présents l'or, l'encens et la myrrhe. Ces deux enfants grandirent ; un jour, l'homme de Bethléem rencontra l'homme de Kerioth à la séparation des eaux, et le Seigneur choisit Judas pour son apôtre.

Seul parmi les apôtres, il était originaire de la Judée, et puisque les gens de Judée étaient des administrateurs (économe peut-être polyglotte ?) plus habiles que les Galiléens, à Judas fut confiée la bourse apostolique. Sans doute était-il naturellement le plus apte à cette tâche. Utiliser les dispositions naturelles d'un homme, c'est le garder autant que cela est possible de l'apostasie, de la brouille et du méconten­tement. Mais aussi, les tentations dans la vie nous viennent sou­vent des choses pour lesquelles nous avons les plus grandes aptitudes.

Il faut qu'il y ait d'abord une faute intérieure avant que se produise la faute extérieure. Judas était avare. L'avarice est un péché pernicieux ; alors que les autres vices s'affaiblissent avec l'âge, l'avarice est toujours jeune. La cupidité de Judas se révéla particulièrement chez Simon quand celle qui n'était point conviée, la pécheresse, fit irruption pendant le souper, versa du baume sur les pieds de Notre-Seigneur et l'essuya de ses cheveux. Et la maison fut remplie de parfum.

Judas assistait au repas ce jour-là. Judas savait que la tra­hison du Seigneur était proche. Marie, la pécheresse, savait que sa mort était proche. Mettant le masque de la charité, Judas fei­gnit la colère devant le gaspillage du baume précieux. « Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers pour les donner aux pauvres ? Il dit cela, non qu'il se souciât des pauvres, mais parce qu'il était voleur, et qu'ayant la bourse, il dérobait ce qu'on y mettait ».

Notre-Seigneur ne rendit point à Judas l'affront que lui fai­sait ce dernier. Il y a dans ses paroles quelque chose d'indiciblement triste et de si patient, de si tendre et de si doux : « Laisse-la ». Certes il ne saurait y avoir de gaspillage au service du divin amour.

Il y aura toujours des âmes pareilles à Judas pour se scan­daliser des richesses offertes au Christ dans son Église. Si un homme peut, sans causer le scandale, donner des joyaux à la femme qu'il aime, pourquoi l'âme ne pourrait-elle, en tribut d'amour, verser son abondance aux pieds du Dieu qu'elle aime ?

Notre-Seigneur loua la femme, disant qu'elle l'avait oint pour sa sépulture. Judas fut choqué. Ainsi Il allait donc mourir !

Un peu plus tard, le mercredi de la Semaine sainte, Notre-Sei­gneur prédit à ses apôtres ce qui allait arriver. Judas entendit Ses paroles : « Vous savez qu'après deux jours ce sera la pâque, et que le Fils de l'Homme sera livré pour être crucifié ».

Le Christ allait être crucifié. C'était sûr. Dans le cataclysme général, il fallait que Judas sauvât quelque chose pour satisfaire sa cupidité. « Alors l'un des Douze, appelé Judas Iscariote, alla trouver les Princes des Prêtres et leur dit « Que voulez-vous me donner et je vous le livrerai » ? Et ils lui comptèrent trente pièces d'argent. » Huit cents ans plus tôt Zacharie avait prophétisé : « Si vous le trouvez bon, octroyez-moi mon salaire ; sinon, laissez. Et ils pesèrent mon salaire, trente sicles d'argent ». (Zacharie XI, 12.) Celui qui revêtit la forme du serviteur fut vendu pour le prix d'un esclave.

Le lendemain soir, à la dernière Cène, quand Notre-Seigneur fit Son testament, Il nous légua ce que jamais mourant n'a pu léguer, c'est-à-dire Lui-même, le Sauveur parla de nouveau de la trahison : « ...L'un de vous va me trahir ». Les disciples se regardèrent l'un l'autre, disant : « Est-ce moi, Seigneur, est-ce moi » ?

Aux yeux de Dieu, nulle conscience n'est pure ; nul ne peut être assuré de son innocence. Judas demanda donc : « Est-ce moi, Rabbi » ? Le Seigneur répondit : « Tu l'as dit ». Alors Judas sortit, et « c'était la nuit ». C'est toujours la nuit quand on se détourne de Dieu.

Quelques heures plus tard, Judas descendait la colline de Jérusalem à la tête d'une troupe de soldats. Bien qu'il fît pleine lune cette nuit-là, les soldats ne connaissant pas celui qu'ils devaient appréhender, demandèrent à Judas un signe. « Celui que j'embrasserai, c'est lui, arrêtez-Le. »

Traversant le ruisseau du Cédron et pénétrant dans le Jardin, Judas jeta les bras autour du cou de Notre-Seigneur et d'un bai­ser flétrit ses lèvres. Un mot en retour : « Ami ». Puis la ques­tion : « Trahis-tu donc le Fils de l'Homme par un baiser » ? Ce fut la dernière parole que Jésus adressa à Judas. Judas avait droit au veau gras, mais il préféra le veau d'or.

Seul, Judas savait où trouver Notre-Seigneur à la nuit close. Les soldats l'ignoraient. C'est du dedans que le Christ dans son Église est livré aux mains de ses ennemis. C'est du mauvais catho­lique que vient la trahison. Ce ne sont pas les ennemis qui font à la cause du Christ le plus grand mal, mais ceux que l’Église a entourés dès le berceau et qui ont été élevés dans la foi. Le scandale des apostats fournit des occasions aux ennemis encore craintifs. Les ennemis accomplissent l'œuvre sanglante de la cru­cifixion, mais ceux qui ont vécu dans l'union avec le Christ leur préparent la voie.

Judas montra pour la cause de l'ennemi plus de zèle que pour la cause de Notre-Seigneur. De même, les hommes qui quittent l’Église cherchent en l'attaquant à apaiser leur conscience inquiète. Puisque leur conscience se refuse à les laisser tranquilles, ils refusent de laisser tranquille le guide de leur conscience. Le Voltaire railleur fut le Voltaire qui abandonna l’Église. La haine n'est pas due à l'incroyance, mais bien l'incroyance à la haine. L’Église inquiète les pécheurs dans leur péché ; ils sentent que s'ils pouvaient la chasser du monde, ils pourraient pécher avec impunité.

Mais pourquoi trahir par un baiser ? C'est que trahir la divi­nité est un crime si abominable qu'il faut toujours le faire précé­der de quelque marque d'affection. Que de fois dans les discussions religieuses, entendons-nous une louange du Christ dans son Église, suivie d'un « mais » qui introduit l'insinuation malveil­lante.

Nous pouvons attaquer les choses humaines sans chercher des excuses, nul besoin en ce cas d'un amour hypocrite pour servir de fourreau à l'épée qui tue. Mais en présence du sacré et du divin, il faut feindre l'affection quand l'affection devrait être sans feinte.

Nombreux sont ceux qui attaquent les croyances de l’Église pour la seule raison, disent-ils, qu'ils voudraient garder pure sa doctrine. S'ils s'en prennent à sa discipline, c'est qu'ils veulent conserver une liberté, ou même une licence, qu'ils croient essen­tielle à la piété. S'ils accusent l’Église de n'être pas assez spiri­tuelle, c'est qu'ils prétendent être les défenseurs de l'idéal le plus élevé — pourtant jamais aucun d'entre eux ne nous dit quel point de spiritualité doit atteindre l’Église avant qu'ils s'y rattachent. Mais chaque fois la déférence envers la religion précède l'hosti­lité à l'égard de la divinité : « Salut, Rabbi, et il l'embrassa ».

Le crime ne fut pas plus tôt commis que Judas en éprouva le dégoût. Les sources profondes du remords jaillirent dans son âme, mais, comme tant d'âmes de nos jours, il porta son remords à la mauvaise adresse. Il retourna vers ceux avec qui il avait trafiqué. Il avait vendu le Seigneur pour trente pièces d'argent.

Le prix reçu pour la trahison de la divinité est hors de toute proportion avec sa valeur réelle. Toutes les fois que nous vendons le Christ, que ce soit pour la richesse ou pour l'avancement, tels ceux qui abandonnent leur foi parce qu'ils ne peuvent faire une carrière politique en portant la croix sur leurs épaules, nous nous sentons toujours frustrés au bout du compte.

Rien d'étonnant à ce que Judas reportât les trente pièces d'argent à ceux qui les lui avaient données, et qu'il les envoyât rouler et tinter sur le pavé du Temple en disant : « J'ai péché en livrant le sang innocent ». Il ne voulait plus de ce qu'il avait tant désiré naguère. Tout l'attrait avait disparu. Ceux-là même à qui il rendit l'argent n'en voulurent pas. Cet argent n'était bon à rien qu'à acheter le champ du sang. Il restitua l'argent, les âmes ne sont pas sauvées par l'abandon de leur avoir, mais par le don de leur être.

Éprouver le dégoût du péché ne suffit pas. Il faut aussi le repentir. L’Évangile nous dit : « Judas, qui l'avait trahi, voyant que Jésus était condamné, se repentit ». Mais Judas ne se repentit pas au vrai sens du mot. Ses sentiments changèrent. Il ne se repentit pas envers Notre-Seigneur, « il se repentit en lui-même ». Cela, c'est de la haine de soi, et la haine de soi conduit au suicide. Se haïr soi-même, c'est déjà se tuer. La haine de soi n'est salutaire que si elle est associée à l'amour de Dieu.

La désillusion et le dégoût, c'est peut-être un pas fait dans le sens de la religion, ce n'est pas la religion elle-même. Certains croient aimer Dieu parce que la vie n'a pas tenu toutes ses pro­messes, ou parce que leurs rêves ne se sont pas réalisés. Ils sou­piraient après un bonheur terrestre, il n'a été qu'un mirage. Les dépressions économiques, les chagrins, la maladie, les déceptions les ont peu à peu détachés du monde où ils ne trouvent guère, de plaisir. Ils n'ont plus l'espoir de recouvrer leur jeunesse, ils se mettent à détester faiblement le péché. Ils confondent la sagesse avec la satiété. Ils jugent des vertus par les vices dont ils s'abstiennent. Ils se soucient peu de l'approbation ou de la désapprobation du monde. Les amis anciens ne les intéressent plus ; ils n'en peuvent trouver de nouveaux.

Le résultat c'est, qu'au bout d'un certain temps, ils cherchent un réconfort dans la religion. Ils gardent les commandements parce qu'ils n'ont pas de motif assez fort pour ne pas les observer. Ils cessent de boire, et de se livrer aux autres vices parce que cela ruine leur santé. Leur vertu c'est l'inertie, ils ressemblent à des icebergs dans les courants froids de l'Arctique. Parce qu'ils sont remplis d'anxiété, de complexes et de craintes, ils se mettent à lire Freud et apprennent qu'il faut, d'une manière ou d'une autre, sublimer leurs émotions. Ils se repentent, mais ils se repentent pour eux-mêmes. Ils regrettent leur sort, mais ils ne regrettent pas d'avoir offensé Dieu.

Et quand donc commença la trahison de Judas ? Le premier témoignage de sa chute que nous ayons dans les Évangiles se rapporte au jour où Notre-Seigneur annonça qu'il léguerait sa personne au monde dans l'Eucharistie. Dans la merveilleuse his­toire de ce grand sacrement, s'introduit la suggestion que le Sau­veur savait quel était celui qui le trahirait. Notre-Seigneur venait d'annoncer qu'il continuerait à être présent dans le monde, caché sous la forme du pain. Ses paroles sublimes laissaient entendre que l'union avec lui serait plus intime que l'union entre le corps et les aliments que nous mangeons : « De même que le Père qui est vivant m'a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra aussi par Moi... Celui qui mange ce pain vivra éternellement ».

Notre-Seigneur, sachant ce qui se passait dans les âmes, poursuit : « Mais il en est parmi vous qui ne croient pas ». Et l’Évangile ajoute : « Car Jésus savait dès le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient point, et qui était celui qui le tra­hirait ».

La trahison eut lieu la nuit même où Notre-Seigneur donna ce qu'il avait promis de donner pour la vie du monde, c'est-à-dire, la sainte Eucharistie.

Dans tout l’Évangile, aucun récit ne révèle mieux que la tragédie de l'apôtre traître, la puissance qu'a une passion unique pour enlacer, enchaîner un caractère d'homme, pour s'en emparer et le dégrader.

Quelles influences religieuses auraient pu être meilleures que celles dont fut entouré Judas, lui qui reçut dans son esprit, dans sa mémoire et dans son cœur l'empreinte de la Vie unique, incom­parable, d'où rayonnait l'ardeur de la sagesse et de la charité ? C'est donc nous qui le connaissons, nous qui possédons sa vérité et sa vie, c'est donc nous qui pouvons le blesser plus que ceux qui l'ignorent. Peut-être ne jouerons-nous jamais les grands rôles de traîtres ; nous trahirons par des signes insignifiants, pareils au baiser de Judas ; par le silence quand nous devrions prendre sa défense ; par la crainte de la moquerie quand nous devrions proclamer notre foi ; par une critique quand nous devrions porter témoignage ; par un haussement d'épaules quand nous devrions joindre les mains dans la prière. Vraiment le Sei­gneur peut bien demander : « Mon ami, vas-tu trahir le Fils de l'Homme par un baiser » ?

Judas descendit la vallée de Hinnom, la vallée des souvenirs terribles - la vallée de la Géhenne - il marchait sur le sol froid et pierreux au milieu des rochers aigus, entre les arbres noueux et rabougris auxquels ressemblait son âme torturée et tortueuse.  Tout semblait porter témoignage contre lui : la poussière : il y était destiné ; le roc : c'était son cœur ; les arbres surtout parlaient, leurs branches étaient des bras accusateurs, des doigts qui le désignaient ; leurs nœuds étaient, semblait-il, autant d'yeux. Les feuilles frémissaient, refusant de participer à son inutile des­truction. Leur murmure semblait dire que tous les autres arbres de leur espèce trembleraient de honte jusqu'au jour final des Assises Suprêmes.


Prenant une corde dans sa ceinture (comme cette ceinture lui rappelait celle de Pierre où pendaient les clefs du Ciel !), il la lança sur une branche maîtresse, et en assujettit l'extrémité autour de son cou. On eût dit que le vent lui apportait l'écho de paroles entendues un an plus tôt : « Venez à moi, vous qui peinez et qui êtes accablés, et vous trouverez le repos de vos âmes ». Mais il se repentait pour lui-même, et non pas envers Dieu.

Et tandis que le soleil s'obscurcissait, des deux côtés opposés de Sion, deux arbres prenaient place dans l'histoire : l'arbre du Calvaire, celui de l'espérance — l'arbre de Hinnom, celui du désespoir. Sur l'un était pendu Celui qui allait réunir le ciel et la terre ; et sur l'autre, celui qui voulait être étranger à la terre comme au ciel.

Le plus triste, c'est qu'il aurait pu être saint Judas. Il possé­dait ce que possède toute âme : une immense capacité de sain­teté et de paix. Soyons sûrs que, quels que soient nos péchés, sans égard pour les abîmes de nos trahisons, il est toujours une main tendue pour nous étreindre, un visage où brille la lumière du pardon, une voix divine qui nous dit la parole que jusqu'à la fin entendit Judas : « Mon ami ».

Mgr Scheen


lundi 10 avril 2017

L'abbé Schmidberger parle de prélature

La fin du reportage sur le site de Zaitzkofen se conclut ainsi (ordinations au sous-diaconat le 1er avril 2017) :

« Les cinq Lévites recevront ensuite le diaconat, puis, en Juin 2018, ils monteront  à l'autel comme prêtres. Peut-être alors que la Fraternité aura déjà été établie en prélature personnelle par Rome » !

(Die fünf Leviten sollen an der Pfingstoktav die Diakonatsweihe empfangen und dann Ende Juni 2018 als Priester an den Opferaltar treten. Vielleicht ist bis dahin die Bruderschaft von Rom schon als Personalprälatur errichtet.)


vendredi 22 avril 2016

Abbé Schmidberger: Déclaration sur les "Réflexions sur l'Eglise, et la position de la FSSPX en son sein" du 19 février 2016

Source: Tradinews


Le document Réflexions sur l'Eglise, et la position de la FSSPX en son sein a été écrit par moi-même, de ma propre initiative, sans que personne ne m’y incite, ne m’y pousse ni ne m’en charge. Il représente mes propres réflexions, et a un caractère purement privé.
 
Il a été communiqué à un petit cercle de personnes, en tout à neuf personnes: au Supérieur Général, à un autre évêque de la Fraternité, aux autres prêtres du Séminaire de Zaitzkofen, et à un laïc non nommé. Il n’a pas été montré aux séminaristes ni aux Frères du séminaire, qui n’ont pas eu connaissance de son contenu. De même, aucune traduction dans une autre langue n’a été faite, ni envisagée, ni autorisée. Je n’ai aucune responsabilité dans la publication de ce document sur internet.
 
J’assume naturellement les remarques que j’ai faites, et je les tiens pour pertinentes dans la situation actuelle de l’Eglise et de la Fraternité. Du reste, je ne m’interdis ni de penser ni de Sentire cum Ecclesia.
 
Zaitzkofen, le 15 avril 2016
Abbé Franz Schmidberger
Directeur



mardi 19 avril 2016

Incroyable lettre de l'Abbé Schmidberger: 'Normalisation' de la Fraternité


Note de France Fidèle
Alors que le fondateur de la FSSPX, Mgr Lefebvre, avait exigé des quatre évêques de ne remettre leur épiscopat entre les mains d'un pape redevenu parfaitement catholique, et ce pour éviter la désintégration de la Tradition dans le sein de l'église conciliaire, nous assistons, terrifiés, à la planification calculée de cette désintégration par les nouveaux supérieurs de la FSSPX sous le prétexte de "Normalisation". Le document ci-joint a été distribué à tous les prêtres de langue allemande de la FSSPX il y a quelques semaines. Nous venons d'en avoir connaissance. Les clercs sans scrupules qui ont rédigés ce document ont même l'audace de présenter des arguments qui furent tous réfutés par Mgr Lefebvre (cf. document : "reconnaissance canonique, un danger pour la Foi ?) . Puisse l'Esprit de Force aider les prêtres à refuser une telle trahison.

Note de ReconquistaNous pensons que cette lettre a été traduite et envoyéà TOUS les prêtres de la FSSPX dans le dernier Cor Unum, car des prêtres de pays anglo-saxons n'ont pas nié l'avoir reçue...

« Normalisation » (Régularisation)
Par M. l'abbé Franz Schmidberger de la FSSPX

Lettre à tous les membres de la FSSPX

I. L’Eglise est un mystère. C’est le mystère de la présence de Dieu parmi nous, notre Sauveur, Dieu, qui ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive. La conversion réclame notre collaboration.

mardi 22 décembre 2015

Confessions jubilaires au séminaire de Zaitskofen

Source: France fidèle

Traduction de l'affiche publiée par l'abbé Schmidberger à l'entrée du séminaire de la fsspx:
 
L’année jubilaire de la miséricorde
Pape François vous invite à faire votre confession jubilaire à Zaitzkofen
Événement unique. Samedi 19. Décembre de 14 :00 à 17 : 00 heures
L’adoration et la confession personnelle
Chaque heure, la préparation commune pour la confession
 
CF. L'AFFICHE CI DESSOUS