Nova et vetera
Pour garder la foi, il faut se
battre.
Extrait de l'ouvrage de Mgr
de Ségur, 1872, « Le Bon Combat pour la Foi, chapitre 2. »
« J’ai combattu le bon combat,
j’ai gardé la foi », écrivait saint Paul peu avant sa mort. Puissions-nous
tous en dire autant à l’heure de notre dernier souffle.
La foi est comme la vie ;
elle ne se préserve pas toute seule. Nous
l’avons reçue et il nous faut la préserver et la défendre, comme nous le
ferions pour la vie de notre corps. En effet, nous devons œuvrer encore plus
pour cette vie supérieure fondée sur la foi, la vie surnaturelle, la vie de la foi.
Cette vie véritable provient de
l’union sanctifiante de nos âmes avec Jésus-Christ, de même que la vie humaine
provient de l’union vivifiante de nos corps avec nos âmes. Notre Seigneur est
la vie céleste et divine des âmes. La foi est sa lumière, que le Saint-Esprit
répand en nous par la grâce.
C’est pourquoi il faut à tout prix
rester fidèle à Notre Seigneur, demeurer dans sa grâce et préserver le trésor
divin de la foi.
Et ce, malgré les nombreuses
difficultés intérieures et extérieures. Le Ciel se gagne par une conquête ; la
vie chrétienne est un combat ; Jésus-Christ est le chef des armées, et
l’Église est une société militante. Le monde est le grand champ de bataille où
Satan et ses sbires luttent sans relâche contre Notre Seigneur et ses soldats.
C'est pourquoi, pour préserver le
don de la Foi, nous devons lutter. Nous marchons entourés d'ennemis : les mauvais
exemples, la contagion de l'indifférentisme, les erreurs modernes du
naturalisme (= anti-surnaturalisme) et l’esprit de révolte omniprésent. Nous avons à craindre et éviter les pièges
des mauvaises doctrines, des fausses politiques, des faux enseignements ou des
lectures malsaines.
De plus, nous devons lutter
contre les ennemis intérieurs qui ne sont pas moins dangereux et qui, si on
leur laisse carte blanche, sont capables d’altérer, puis d’obscurcir, puis de
diminuer, puis d’éteindre entièrement les lumières divines de la foi dans nos
âmes baptisées.
Quel combat ! Il embrasse chaque
aspect de notre existence et rien n'y échappe, ni l'âge ni la condition. Ce
combat est obligatoire. Celui qui dépose les armes est perdu. L'ennemi est
toujours là, cherchant par mille moyens à nous attirer dans ses pièges afin de
nous faire perdre d'abord la vie de la foi, puis la foi elle-même.
Nous avons la joie de comprendre
le don céleste de la foi, pour nous-mêmes et pour les autres. « Charité bien
ordonnée commence par soi-même », dit le proverbe ; aussi, si nous voulons
préserver la foi de nos frères, nous devons commencer par la conserver en nous
et autour de nous. Si nous désirons
raviver la foi chez les autres, commençons par nous-mêmes en utilisant tous les
moyens capables de faire de nous de véritables fidèles. Personne ne peut donner
ce qu'il ne possède point ; par conséquent, si nous ne commençons pas par
nous-mêmes, nous ne pourrons combattre efficacement, pour le bien d'autrui,
dans le bon combat pour la foi.
Dans le contexte révolutionnaire
que nous traversons, cette vigueur est plus indispensable que jamais. Dans
notre pauvre pays (la France), ravagé depuis plus de trois siècles par tant
d'erreurs et de négations, nous ressemblons aux habitants des régions marécageuses
dont l'atmosphère malsaine empoisonne le sang et provoque facilement la fièvre.
La fièvre la plus maligne, si
pernicieuse qu'elle nous menace tous, c'est le rationalisme, qui s’insinue
partout comme un gaz toxique. Elle sape insidieusement en chacun de nous la vie
de la foi, le règne de Jésus-Christ dans nos âmes.
Le danger est universel. Le pape
Pie IX nous met en garde à ce sujet dans sa célèbre Encyclique du 8 décembre
1864 [Quanta Cura avec le Syllabus des erreurs*, condamnant 80
propositions erronées]. Soyons vigilants, car nous sommes contraints de vivre
dans ce climat délétère ; prenons toutes les précautions nécessaires et,
quel qu’en soit le prix, préservons notre foi.
* Le document est divisé en dix
sections ciblant des erreurs modernes spécifiques :
- Le panthéisme et le
naturalisme, qui affirment que Dieu est identique à la nature ou qu'il n'existe
pas d'Être suprême distinct de l'univers
- Le rationalisme affirme que la
raison humaine est le seul juge de la vérité et de la moralité, sans qu'il soit
nécessaire de recourir à Dieu ou à la révélation divine.
- L’indifférentisme religieux
affirme que chaque personne est libre d’embrasser n’importe quelle religion ou
aucune, ou encore que toutes les religions mènent également au salut éternel.
– Le socialisme, le communisme et
les sociétés secrètes, qui menacent l’Église et l’ordre social.
– Les partisans du progrès
moderne, qui souhaitent que l’Église et le Pape se réconcilient avec le
progrès, le libéralisme et les valeurs modernes.
[À suivre. Prochain
épisode : La véritable obéissance au Siège de Pierre]
+Mgr Paul Morgan