Nova et Vetera
Monseigneur Louis-Gaston de Ségur (1820-1881) était un prélat et écrivain français de renom. Sa mère était la comtesse de Ségur, célèbre auteur de livres pour enfants. Ordonné prêtre en 1847, il devint aveugle en 1856, alors qu'il travaillait à Rome. Cette épreuve le conduisit à se consacrer à un important apostolat auprès des pauvres et des démunis à Paris, ainsi qu'à l'apostolat par l'écrit, composant de nombreux ouvrages de dévotion et d'apologétique. Connu comme l'apôtre aveugle, il a défendu la communion fréquente, le catéchisme et les œuvres de charité jusqu'à sa mort en 1881. Son ouvrage intitulé « Le bon combat de la foi », destiné à la conservation, à la préservation et à la défense de la foi par les catholiques de toutes conditions, a été loué par le souverain pontife Pie IX en 1871 et a reçu la bénédiction apostolique : « Dans votre dernier ouvrage, vous voulez prémunir contre les graves périls que la foi rencontre de nos jours. Vous présentez les motifs et les moyens par lesquels la foi peut se conserver pleine et entière, s’accroître et porter des fruits. Nous ne doutons pas que, dans ce nouvel ouvrage, vous ayez atteint cet objectif. »
Chapitre 1 – L’importance d’une
profonde estime pour le don sacré de la foi. Notre auteur présente ce court
ouvrage comme un moyen de consolider la foi dans l’âme du croyant, sachant qu’elle
est constamment mise à l’épreuve par l’enseignement, l’éducation, les habitudes
privées et publiques, les journaux, la politique et l’opinion publique. La foi
– ce don surnaturel qui permet à l’âme de croire en tout ce que Dieu a révélé –
est la substance et le fondement du salut. Toute la vie chrétienne repose sur
la foi. La vie éternelle n’est autre chose que le développement parfait et la
récompense divine de la vie chrétienne vécue sur terre. Apprécier et estimer sa
foi, c’est estimer son salut. Fortifier sa foi, c’est fortifier son salut et
consolider son bonheur éternel. De même que nous prenons soin de notre santé et
de nos biens, nous devons à plus forte raison prendre soin de notre bonheur
éternel, dans la pureté et la vitalité de notre foi. Si vous vous demandez
pourquoi il y a si peu de catholiques fervents, si peu d'âmes de prière, de
pénitence et de sacrifice, c'est parce que, même parmi les pratiquants et les
fervents, la foi n'est pas suffisamment vivante et fructueuse. Lorsque nous
jugeons l'arbre à ses fruits, et que nous mesurons la grâce de notre foi aux
fruits de notre vie chrétienne, intérieure et extérieure, nous devrions faire
preuve d'une profonde humilité.
« Je le répète, écrit Mgr de Ségur,
c’est la vigueur de la foi qui fait toute notre force spirituelle ; c’est la foi
qui engendre les pensées saintes et le dévouement religieux ; c’est la foi qui porte
et féconde la prière, le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, l’amour
de l’Église, l’énergie dans les combats de la vie et l’effusion de toutes les
vertus chrétiennes. C’est la foi qui conduit à la sainteté : la grandeur d’un
saint se mesure à la mesure de sa foi. » Le don de la foi est la première des
grâces reçues au baptême, au moment où l’homme devient enfant de Dieu et membre
de l’Église. Et c’est sur ce fondement que l’Église œuvrera sans relâche à
bâtir l’édifice vivant et immortel de la sanctification de chaque fidèle.
Ainsi, le premier but de l'éducation catholique, de la prière, des sacrements,
de la sainte communion et, d'une manière générale, de la vie de piété, est, aux
yeux de l'Église, de consolider et d'accroître la foi de ses enfants, afin de
produire en eux les excellents fruits attendus par Notre Seigneur. « La
première fonction du sacerdoce, de l'épiscopat et de la papauté elle-même n'est
autre que de donner la lumière de la foi à ceux qui ne l'ont pas encore reçue,
et, pour ceux qui ont le bonheur de la posséder déjà, d'en conserver la pureté,
la vitalité, l'énergie et la ferveur. » La lumière qui brillera pour nous pendant
toute l'éternité, et que les théologiens appellent « la vision intuitive »,
sera la lumière de la foi, développée et perfectionnée, dépouillée de tout
voile. Les vérités divines que, par la miséricorde de Dieu, nous verrons un
jour révélées au ciel, sont les mêmes vérités que nous connaissons ici-bas,
sans les comprendre pleinement ni les voir. Ainsi, nous comprenons la
profondeur des paroles du Saint-Esprit qui déclare dans les écrits inspirés de
saint Paul que « la foi est la substance des réalités terrestres qui
constituent notre espérance, et l’essence de la vision céleste que nous ne
voyons pas encore ». Par conséquent, la vraie foi, la foi catholique, est la
vérité divine, infaillible et éternelle, qui illumine nos âmes. Elle est la
lumière de l’éternité qui brille pour nous dans le temps ; la lumière des anges
qui se reflète sur la terre pour éclairer notre pèlerinage terrestre. La foi
est le trésor des trésors, la grâce des grâces. Elle devrait nous être plus
précieuse que la vie elle-même. [À suivre dans le prochain article : la
nécessité de lutter pour conserver sa foi au temps présent.]
+ Mgr Paul Morgan
Rappel : Il est désormais possible de recevoir la version française des lettres et documents publiés sur Respice Stellam (Apostolat de la Maison de la Reine des Martyrs à Broadstairs) en en faisant la demande à lettredebroadstairsfrancais@gmail.com