lundi 13 avril 2026

Sermon de Mgr Michael Stobnicki pour la Vigile de la Pâques 2026

Sermon pour la Vigile de Pâques de S.E. Mgr  Michael Stobnicki - Evêque polonais de la Résistance Catholique 


Voici la traduction intégrale de ce sermon polonais en français :



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Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il


Nous nous réunissons en cette sainte nuit pour méditer le mystère de la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ. Pour méditer ce moment qui a changé le cours de l’histoire, ce moment où la mort a été vaincue, écrasée. Le vainqueur de la mort, de l'enfer et de Satan sort du tombeau comme un chef triomphant, comme celui qui nous conduit aux portes du Ciel qui ont été ouvertes.

Le Vendredi Saint, lorsque le Christ est mort sur la croix, comme l’a décrit l’apôtre saint Jean dans son Évangile, un centurion a ouvert son côté avec une lance. Il ne l’a pas transpercé ou blessé par hasard, mes chers frères, mais il l’a ouvert, car le coeur de Jésus est la porte du Ciel. En ce Vendredi Saint, alors que le Seigneur achevait son sacrifice expiatoire et payait la dette de l’ancienne faute, ces portes du Ciel se sont à nouveau ouvertes pour nous.

C'est à juste titre que saint Jean l'Évangéliste utilise ce verbe pour exprimer la réalité surnaturelle : l’ouverture des portes du Ciel. Et il ajoute que de ce coeur sont sortis du sang et de l'eau. Cela n'a pas seulement coulé, cela est sorti. À travers une porte, on sort et on entre. Par la porte ouverte du coeur de Jésus, la grâce de Dieu est sortie sur ce monde.

1) Le sang et l'eau symbolisent les sacrements de l'Église

En premier lieu, le thème principal de cette liturgie du Samedi Saint : le sacrement du baptême. Le baptême qui lave l'âme du péché originel. Le baptême qui verse la grâce de Dieu dans l'âme.

Chers fidèles, nous célébrons cette nuit bénie, la seule nuit qui fut digne de connaître l'heure de la résurrection. Cette nuit où le Christ a anéanti la mort. Cette nuit qui est étroitement liée au Vendredi Saint. On ne peut séparer le Vendredi Saint du matin de la Résurrection. On ne peut séparer la croix du Christ, sa passion et sa souffrance, de la gloire et de l'éclat de sa résurrection.

2) Le Mystère de la Chapelle d'Adam

Ceux d'entre vous qui ont eu la chance de visiter la Terre Sainte et la basilique du Saint-Sépulcre ont peut-être vu deux endroits particuliers qui expriment le mystère de cette nuit : le Calvaire et la chapelle d'Adam. Il s’avère, mes chers, que la chapelle d'Adam se trouve au pied du Calvaire, exactement sous le lieu de la crucifixion du Christ. Nous nous souvenons tous que les Évangiles indiquent qu’au moment où le Christ a expiré, il y eut un puissant tremblement de terre. Le rocher du Calvaire, sur lequel le Christ fut crucifié, s'est fendu. Cette fissure est encore visible aujourd'hui à travers plusieurs mètres de roche.

Ce tremblement de terre n'était pas un hasard. Lorsque le rocher s'est fendu, le sang qui coulait des plaies de Jésus et de la croix a coulé à travers cette fissure jusqu'au tombeau d'Adam, lavant son crâne.

Ainsi, ce lieu exprime de manière unique le mystère de la Rédemption. Notre premier père Adam, par qui la mort est entrée dans le monde, reposait précisément là où, des millénaires plus tard, la rédemption devait être accomplie. Et en ce Vendredi  Saint, le sang du Christ, le "Nouvel Adam", le Sauveur qui apporte la vie au monde, a coulé sur les restes d'Adam.

3) L'Exsultet

C'est pourquoi la Sainte Église proclame aujourd'hui dans l'Exsultet ces paroles qui nous semblent parfois impénétrables :

"Ô nuit, où le Christ, brisant les liens de la mort, est remonté victorieux des enfers. Car notre naissance ne nous aurait servi de rien, si nous n'avions pas été rachetés... Ô l'inestimable tendresse de ton amour ! Pour racheter l'esclave, tu as livré le Fils ! Ô faute d'Adam, certainement nécessaire, qui fut effacée par la mort du Christ ! Ô bienheureuse faute, qui nous a mérité un tel et si grand Rédempteur !"

Chers fidèles, nous nous penchons aujourd'hui sur le mystère de la rédemption. La Sainte Église nous fait prendre conscience de ce à quoi la passion de Jésus doit nous conduire. Qu'est-ce que la Rédemption ? La rédemption signifie pour nous une nouvelle naissance. Le Christ paie la dette de nos péchés et les lave de son propre sang, tout comme il a lavé les restes d'Adam.

4) Méditons  sur la Grâce du Baptême. 

Elle sera liée à une ferme résolution de garder et de préserver la grâce que nous avons reçue par le Saint Baptême. Une grâce insondable : ce lavage des fautes, cette libération du péché.

Prenons conscience de ce qu'est le Saint Baptême et de ce qu'il accomplit en nous. En méditant cette nuit sainte, où le Christ est descendu aux enfers pour en faire sortir les âmes des justes de l'Ancienne Alliance qui attendaient depuis des millénaires,  réalisons quelle grande grâce c'est pour nous tous d'avoir été baptisés et d'être catholiques.

Rappelons nous de la valeur du Sacrement . C'est une grâce insondable que, mes chers, nous méprisons souvent, que nous n'apprécions pas assez et que nous traitons comme quelque chose d'ordinaire. Pourtant, le sacrement du Saint Baptême n'est rien d'ordinaire, de banal ou de commun. Car dans le sacrement du Saint Baptême se produit exactement ce qui s'est passé le Vendredi Saint au Calvaire : le rocher du péché et de la servitude dans lesquels tu es né se fend. Ce rocher se brise et le sang du Christ lui-même coule sur toi. Il te lave.

Si seulement nous réalisions quelle grâce nous a touchés, nous désirerions vivre de cette grâce de Dieu, de cette grâce sanctifiante, et ne jamais la perdre. Car qui d'entre nous peut avoir la garantie qu'il aura encore l'occasion de retrouver cette grâce ?

5) Un Appel dans des Temps Difficiles

Nous vivons des temps difficiles, et des temps encore plus difficiles nous attendent. Ce Samedi Saint doit être pour nous tous une occasion, un appel à la ferme résolution de vivre par la grâce du Saint Baptême et de demeurer dans la grâce sanctifiante.

Ce n'est pas une évidence : c'est un don immense que nous avons reçu de la Très Sainte Trinité. Vivre de la grâce sanctifiante est quelque chose d'inouï : avoir en soi la vie de Dieu lui-même, devenir participant à la vie surnaturelle de la Sainte Trinité.

Persévérance et repentir

Ayons cette résolution de demeurer dans cette grâce baptismale et d'y persévérer jusqu'à la mort. Que celui qui demeure encore dans le péché s'en détache au plus vite ; que celui qui demeure dans le péché se lave au plus tôt par le "petit baptême", le sacrement de la sainte confession, et qu'il demeure dans la vigilance. Car nous ne connaissons ni le jour, ni l'heure. Cet avertissement du Seigneur Jésus devient particulièrement actuel et terrifiant, suscitant la crainte en nos temps.

6) Conclusion

En ce Samedi Saint de l'an du Seigneur 2026, je vous en prie ardemment : méditez ce qu'est la grâce du Saint Baptême. Méditez l'histoire d'Adam. Ce n'est pas un hasard si ses restes reposaient exactement à cet endroit ; c'était le plan de la Providence Divine pour nous faire comprendre ce qui s'accomplit par le baptême, le premier sacrement de la Nouvelle et Éternelle Alliance.

Cette fissure dans le rocher du Calvaire devient le témoignage de l'immense amour de Dieu et de l'action de sa Providence. Dieu réveille chacun par son inspiration à la conversion, à la rupture avec le péché et à la vie dans la grâce sanctifiante.

Ce qui est commun et quotidien finit par devenir banal, et nous cessons de l'apprécier. C'est ce qui est arrivé à notre foi catholique, au très saint sacrifice de la Messe et aux sacrements. Nos pères et nos ancêtres n'ont pas assez estimé ce grand don et cette grande grâce que Dieu a donnés à l'homme. Alors Dieu punit l'homme en lui retirant ce que celui-ci n'apprécie pas.

Puissions-nous ne pas expérimenter cette amère punition. Puisqu'il nous a été donné de connaître, par la grâce de Dieu, l'immensité de son amour et de sa foi catholique, une grande obligation nous incombe : vivre de cette foi et la professer jusqu'à la mort. Une  foi non falsifiée, non diluée ou adaptée aux besoins de l'homme moderne, fier et libéral.

Cette foi dont l'un des dogmes est : Extra Ecclesiam nulla salus — Hors de l'Église, point de salut. Celui qui ne professera pas la foi catholique et ne se lavera pas dans le sang de l'Agneau ne pourra pas entrer dans le royaume des Cieux.

Gardons cela devant les yeux et prenons aujourd'hui cette ferme résolution de vivre dans la grâce sanctifiante. Et s'il nous arrive de pécher, hâtons-nous vers le trône de la miséricorde, vers le sacrement de la confession.

"Ô bienheureuse faute, qui nous a mérité un tel et si grand Rédempteur !" Heureux l'homme qui a connu ce Rédempteur et Sauveur. Heureux l'homme qui, par ce Sauveur, a été appelé à l'Église, arche du salut, hors de laquelle il n'y a pas de salut.


Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il .