dimanche 1 novembre 2020

Cinquante ans après sa fondation, la Fraternité Saint-Pie X a-t-elle changé ?

A l'occasion des 50 ans de la fondation de la FSSPX, l'abbé Brüwhiler dresse un bref bilan spirituel et doctrinal  de l'état de la FSSPX en 2020. Cette œuvre aurait dû être, à la suite de son fondateur, Mgr Lefebvre, le phare spirituel et pastoral de beaucoup de catholiques déboussolés par la révolution moderniste au sein de l'Eglise. L'abbé Brüwhiler, ancien membre de la FSSPX,  est obligé de constater que les principaux piliers de l'œuvre ont été minés par des manœuvres libérales. La FSSPX a-t-elle sombré ? Sans doute mais l'héritage de Mgr Lefebvre ne périra pas : des évêques et des prêtres Fidèles le transmettront avec la grâce de Dieu !  


En 2007, lors de la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum, la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) manifestait, à travers son supérieur, une nouvelle orientation spirituelle. Ce fut un évènement qui tendait à prouver que l'œuvre de Mgr Lefebvre ne menait plus que "le combat de la messe" comme la Fraternité Saint-Pierre depuis 1988.

Mais cet évènement fut précédé et accompagné par bien d'autres : en détail, voici les nouvelles positions de la FSSPX :

- Depuis 2000, la FSSPX officielle ne parle plus de "l’Église conciliaire".

- "Le concile Vatican II est à 95% compatible avec la tradition de l’Église" (Mgr Fellay, Interview Basler Zeitung, mai 2001).

- "La nouvelle messe de 1969 est légitime" (Mgr Fellay, 14 avril 2012).

- À la Pentecôte 2017, le Supérieur général de la FSSPX disait dans le sermon : " Il n’y a qu’une Église", alors que Mgr Lefebvre avait toujours distingué l’Église conciliaire de l’Église de toujours.

- L'état de nécessité selon la FSSPX n’existe plus. La tradition est dite "normalisée" ou en voie de l'être.

- Les différences doctrinales entre Rome et Menzingen ( "Il ne s’agit que de 5% du concile Vatican II ") seront le sujet de futures discussions écrites à caractère privé quand l'opportunité se présentera. 

- Pour le Vatican, les sacrements de la FSSPX sont légitimes et valables ; la FSSPX de son côté reconnaît la validité de tous les sacrements post-conciliaires (inclus le mariage et les ordinations des prêtres/évêques).

- La FSSPX reconnaît le code de Droit Canon moderniste de 1983. Ce qui est de soi l'élément le plus grave puisque le code contient en lui-même tout l'esprit du concile. 

- Les ordinations dans les séminaires de la FSSPX ont lieu avec l’accord tacite de Rome. Tous les prêtres de la FSSPX sont considérés par l’Église conciliaire comme légitimes sur le plan canonique. La phrase du pape Benoît XVI du 10 mars 2009 : "Tant que la Fraternité n’a pas une position canonique dans l’Église, ses ministres non plus n’exercent pas de ministères légitimes dans l’Église" est devenue désormais obsolète.

- L’affirmation "la FSSPX n’a pas encore fait un accord avec Rome" est plus hypocrite que vraie, parce que, depuis 2013, le pape François et Mgr Fellay ont le même plan : "lentement et pas à pas, la normalisation de la FSSPX se fait par la pratique" (sans un accord formel, sans signature).

- Par la publication des Actes de son Chapitre de 2018, la FSSPX a officialisé son abandon de la position de Mgr Lefebvre vis-à-vis de l’Église conciliaire.

Les principes de la nouvelle orientation de la FSSPX sont clairement exposés dans la lettre des trois évêques Tissier de Mallerais, Williamson et de Galarreta du 7 avril 2012. Mais cette bonne lettre conforme à l’esprit et aux positions du fondateur de la FSSPX fut sévèrement refusée par une réponse du Supérieur général du 14 avril 2012.

Alors, la FSSPX d’aujourd’hui a quitté le combat de la foi du fondateur de la FSSPX, Mgr Marcel Lefebvre.

Abbé Alois Brühwiler, SAJM

Riddes, le 1er novembre 2020