Dans la lignée des décrets du concile Vatican II (Nostra Aetate), depuis plus de 40 ans, les autorités officielles de l’Église organisent des réunions dites « oecuméniques». Celles-ci rassemblent les principaux chefs des diverses religions du monde actuel. Ces réunions se proposent de résoudre les problèmes humains (guerre, écologie, immigration…) en appelant à une coopération et à la paix entre les différentes religions. Ces réunions sont organisées par les autorités romaines actuelles. Il semblerait que les fondations Bill Gates soient aussi impliquées financièrement dans ces réunions. Que faut-il en penser dans la mesure où les autorités romaines les avaient jadis condamnées ?
Nous allons parcourir les diverses objections sachant que la principale se résume à celle-ci : l’Église a reçu du Christ la mission d’annoncer l’unique vraie foi. Elle ne peut réunir publiquement des représentants de religions contradictoires pour des manifestations religieuses autour d’une cause commune sans entretenir une équivoque sur la vérité religieuse.
Voici quelques raisons qui amènent tout catholique à condamner et à ne jamais participer à ces réunions œcuméniques malgré les slogans pacifiques et humanitaires.
1. Mortalium Animos de Pie XI (1928)
Pie XI condamne les rassemblements religieux fondés sur l’idée que les religions seraient « toutes plus ou moins bonnes et louables ». Il rappelle que la véritable religion repose sur la Révélation divine. Une rencontre patronnée par le pape et accordant une visibilité publique à plusieurs religions risque de suggérer qu’elles constituent des voies spirituelles équivalentes. Face à cette condamnation, les défenseurs d’Assise osent prétendre ne pas vouloir établir une religion commune car leur intention affichée n’est pas le relativisme, mais la coopération pour la paix. Or les actes prouvent l’inverse de cette intention par l’organisation de prières.
2. Premier commandement et cultes non chrétiens
Ex 20, 3 ; Mt 4, 10 ; 1 Co 10, 20-21 rappellent l’exclusivité du culte dû à Dieu et le refus de l’idolâtrie. La théologie morale distingue présence civile, assistance passive et participation active à un rite. Or dans ces réunions, il y a une reconnaissance cérémonielle de rites incompatibles avec la foi catholique dans la mesure où les organisateurs prévoient et organisent un temps de prière pour chaque religion. Or il Il est théologiquement faux de laisser croire que les prières juives, musulmanes, hindoues ou bouddhistes soient agréables en soi à Dieu. Bien au contraire, ces prières attisent la colère de Dieu sur les hommes qui ne veulent pas Le prier comme Il le Veut.
3. Règne social du Christ et Quas Primas (1925)
Pie XI enseigne que la royauté du Christ concerne les individus, sociétés et gouvernants (Mt 28, 18 ; Col 1, 16-17 ; Jn 14, 6). Or une paix présentée principalement comme fruit du dialogue religieux universel ne remplace pas, dans l’expression publique, la paix fondée sur la reconnaissance du Christ-Roi. Les rencontres d’Assise mettent en avant coexistence, dialogue et solidarité. C’est un camouflage hypocrite qui suffit à prouver que toute omission du Christ dans un discours particulier équivaut à la négation virtuelle de sa royauté.
4. Risque d’indifférentisme religieux
Grégoire XVI (Mirari Vos, 1832) et Pie IX (Syllabus, 1864) condamnent l’idée que le choix d’une religion serait indifférent au salut. Des responsables de religions différentes priant successivement pour la paix donnent au spectateur l’impression d’une équivalence de leurs démarches spirituelles. Le problème porte ainsi sur la « pédagogie des gestes », même sans déclaration explicite d’égalité. Des déclarations comme celle du pape Jean-Paul II, Dominus Iesus (2000) qui réaffirme elle-même l’unicité du Christ et refuse de présenter les religions comme des voies équivalentes de salut, ne retire rien à ce scandale. Car ce sont les actes et les gestes qui comptent dans ces réunions.
5. Mission de conversion et d’évangélisation
Le mandat missionnaire (Mt 28, 19) ordonne d’enseigner les nations et de baptiser. La pratique missionnaire de l’Église subordonne donc le dialogue à l’annonce de la foi. Dans ces réunions, on privilégie fraternité et rencontre sans jamais appeler à la conversion. Les organisateurs soutiennent qu’une coopération ponctuelle pour la paix ne supprime ni l’évangélisation ni la profession de foi, et poursuit un objet distinct. Or la multiplication dans tous les diocèses du monde et la réitération de ces réunions prouvent au contraire qu’il ne s’agit pas d’une coopération ponctuelle mais d’une volonté de répandre cet esprit « d’Assise » chez tous les fidèles.
6. La paix du Christ et la paix humaine
C’est le Christ qui est la vraie et seule paix : « C’est lui qui est notre paix » (Ep 2, 14). Quas Primas lie la paix durable au règne du Christ. Or à Assise en 2026, les rencontres ont particulièrement souligné le dialogue et la paix « désarmée et désarmante ». Autrement dit sans le Christ. On peut faire un tableau pour illustrer les deux conceptions opposées de l’œcuménisme :
Doctrine mise en avant par Pie XI
- Paix du Christ par le règne du Christ
- Reconnaissance de la royauté du Christ
- Mission de conversion et christianisation
- Primauté de la vérité religieuse
Orientation publique des rencontres d’Assise
- Paix par le dialogue et le rapprochement
- Coopération entre traditions religieuses
- Rencontre et solidarité internationales
- Recherche de buts humains communs
Le tableau dégage une différence de langage et de finalité immédiate ; il démontre, à lui seul, une contradiction doctrinale formelle.
7. Le témoignage du pape et le scandale énorme
Jean-Paul II a réuni les représentants de grandes religions à Assise le 27 octobre 1986 pour une journée de prière pour la paix. Mgr Lefebvre estimait que cette réunion et les gestes interreligieux étaient un scandale terrifiant pour les fidèles. Le problème se formule ainsi : un acte public favorise l’idée d’équivalence religieuse même si son auteur réaffirme explicitement la doctrine catholique sur l’unité salvifique du Christ car les gestes sont bien plus parlants que les écrits.
8. Prier ensemble ou se réunir pour prier ?
Les organisateurs essayent d'expliquer qu'il y a une différence entre prière commune au sein d’un rite syncrétique et une réunion dans laquelle chaque confession prie séparément. Ils prétendent ne pas vouloir la constitution d’une religion universelle. Or la séparation purement matérielle des prières ne suffit pas à éviter une association symbolique entre cultes.
Conclusion : trois jugements distincts
- Ce qui est certain doctrinalement : l’équivalence de toutes les religions comme voies de salut est incompatible avec la foi catholique.
- Une critique théologique de ces réunions est fondée : ces cérémonies interreligieuses provoquent confusion et indifférentisme pratiques.
- Il est donc immoral de promouvoir, défendre ou assister à de telles réunions.
- Pie XI, Quas Primas (11 décembre 1925)
- Pie XI, Mortalium Animos (6 janvier 1928)
- Grégoire XVI, Mirari Vos (15 août 1832)
- Pie IX, Syllabus (8 décembre 1864)
- Congrégation pour la doctrine de la foi, Dominus Iesus (6 août 2000)
- Interventions de Jean-Paul II à Assise (27 octobre 1986)
- Rencontres pour la paix d’Assise (25–27 octobre 2026).
Abbé Matthieu Salenave

