Note : Alors que Menzingen a remercié le Pape François pour son document concernant les mariages dans la FSSPX, nous portons à votre connaissance le document de certains doyens du district de France
Bien chers fidèles,
Le 4 avril dernier, la commission pontificale Ecclesia Dei
rendait publique une lettre de son président, le cardinal Müller,
relative aux mariages célébrés par les prêtres de la FSSPX.
Explicitement approuvé par le pape qui en a ordonné la publication, ce
document entend régir les mariages célébrés dans le cadre de la
Tradition catholique.
Suite à cette lettre, une vaste campagne
de communication, émanant d’horizons très différents, veut laisser
croire que par ce geste, le pape reconnaît purement et simplement les
mariages que nous célébrons, voire reconnaît la validité de tous les
mariages que nous avons pu célébrer jusque-là. La réalité est, hélas,
bien différente.
Parce que cette question vous touche au
plus près, qu’elle concerne votre foyer, vos enfants en âge de
contracter mariage, votre avenir, nous nous devons de vous éclairer tant
sur la portée réelle de ce document romain que sur notre attitude.
[L’évidente validité de nos mariages]
Vous le savez, depuis quarante ans
maintenant, les autorités romaines refusent de reconnaître la validité
des mariages que nous célébrons, et ce malgré le droit de l’Église
.
Certes, ce droit prévoit que le
sacrement de mariage soit célébré devant le curé de paroisse ou son
délégué, ainsi que devant au moins deux témoins[1].
C’est ce qu’on appelle la forme canonique du mariage, nécessaire à sa
validité. Or les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X n’étant ni curés
de paroisse ni délégués par eux, certains soutiennent que les mariages
qu’ils célèbrent sont invalides, par défaut de forme canonique. Sous ce
motif, les tribunaux tant romains que diocésains n’hésitent pas à
déclarer nuls ces mariages. Ce faisant, ils s’opposent pourtant au droit
le plus fondamental de l’Église[2].
En effet, ce même droit canon[3]
prévoit le cas où « il n’est pas possible d’avoir ou d’aller trouver
sans grave inconvénient un assistant compétent selon le droit ». Si une
telle situation était prévue durer trente jours, alors la loi
ecclésiastique reconnaît aux futurs le droit d’échanger validement et
licitement leurs consentements devant les seuls témoins laïcs ; sans
curé de paroisse donc, ni de prêtre délégué par lui. Cependant, pour la
licéité de l’acte, ces futurs mariés doivent faire appel si c’est
possible à n’importe quel prêtre. Un mariage ainsi célébré l’est selon
la forme appelée extraordinaire. C’est sous cette forme que, depuis
quarante ans, nous recevons validement et licitement l’échange de vos
consentements, sans qu’aucun doute soit possible.
[L’état de nécessité]
Car vous le savez, il n’existe hélas aucun doute sur la situation extraordinairement dramatique que traverse l’Église[4].
Celle-ci subit toujours plus aujourd’hui ce que Mgr Lefebvre appelait
“le coup de maître de Satan” : « Diffuser les principes révolutionnaires
par l’autorité de l’Église elle-même.[5] »
Nous voyons en effet les autorités de l’Église, depuis le siège de
Pierre jusqu’au curé de paroisse, porter directement atteinte à la foi
catholique par un humanisme dévoyé qui, plaçant au pinacle le culte de
la conscience, détrône d’autant Notre Seigneur Jésus-Christ. Ainsi, la
royauté du Christ sur les sociétés humaines est simplement ignorée,
voire combattue, et l’Église est saisie par cet esprit libéral qui se
manifeste spécialement dans la liberté religieuse, l’œcuménisme et la
collégialité. A travers cet esprit, c’est la nature même de la
Rédemption réalisée par le Christ qui est remise en cause, c’est l’Église catholique, unique arche du salut, qui est niée dans les faits.
La morale catholique elle-même, déjà ébranlée dans ses fondements, est
renversée par le pape François, par exemple lorsque celui-ci ouvre
explicitement la voie à la communion des divorcés « remariés » vivant
maritalement.
Cette attitude dramatique des autorités
ecclésiales entraine sans aucun doute un état de nécessité pour le
fidèle. En effet, il y a non seulement grave inconvénient, mais encore
réel danger à remettre son salut entre les mains de pasteurs imbus de
cet esprit « adultère[6] »,
délétère tant pour la foi que pour la morale. Nous n’avons d’autre
choix que de nous protéger d’une telle autorité, parce qu’elle « est
dans une situation d’incohérence et de contradiction permanente » et
que, « tant que cette équivoque ne sera pas dissipée, les désastres se
multiplieront dans l’Église.[7] » Nous vivons ces circonstances où la véritable obéissance réclame de désobéir[8], car « il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29).
Aussi longtemps que cette équivoque des
autorités ecclésiales ne sera pas dissipée, persistera également le
grave inconvénient prévu par le canon 1098, et sera donc justifiée la
célébration de mariages selon la forme extraordinaire.
De plus, le mariage impliquant comme
tout sacrement une profession de foi, on ne peut contrer le droit des
fidèles aux sacrements en leur imposant un ministre qui oriente
habituellement son ministère dans la direction adultère officialisée à
Vatican II, alors qu’ils ont la possibilité d’en référer à un prêtre
indemne de cette prévarication de la foi.
[La portée du document romain]
A la lumière de ces principes apparaît
la portée réelle du document romain. Persistant dans la ligne
désastreuse de Vatican II, les autorités romaines prétendent tout
simplement vous priver de la forme extraordinaire du mariage, par
négation de l’état de nécessité. Ce document veut donc vous obliger à
recourir pour votre mariage à un prêtre diocésain, ne laissant aux
prêtres de la FSSPX que la possibilité de célébrer la messe qui suit. La
Commission Ecclesia Dei prévoit en effet que, « dans la
mesure du possible, la délégation de l’Ordinaire pour assister au
mariage [des fidèles de la FSSPX] sera donnée à un prêtre du diocèse (ou
du moins à un prêtre pleinement régulier) pour qu’il reçoive le
consentement des parties […] ; suivra alors la célébration de la Sainte
Messe votive par un prêtre de la Fraternité. »
C’est seulement « en cas
d’impossibilité ou s’il n’existe pas de prêtre du diocèse qui puisse
recevoir le consentement des parties, [que] l’Ordinaire peut concéder
directement les facultés nécessaires au prêtre de la Fraternité. »
Autrement dit, c’est seulement et seulement si il existe un cas de
nécessité – dont on ignore la nature, puisqu’il ne s’agit plus du grave
dommage que l’esprit libéral cause à la foi catholique – que l’évêque
pourra donner délégation à un prêtre de la Fraternité Saint-Pie X. Tout
autre mariage célébré par un prêtre de la FSSPX sans délégation
explicite de l’Ordinaire continuera à être considéré invalide par les
actuels détenteurs de l’autorité suprême.
Outre qu’une telle décision est aussi injuste que nulle, elle fait une nouvelle entorse à l’esprit du droit. La commission Ecclesia Dei
s’y permet en effet ce que même le nouveau code de droit canonique
s’était interdit, à savoir mettre sous la coupe de l’Ordinaire la forme
extraordinaire du mariage, et ce au dépend du droit naturel au mariage[9].
[Nos mariages, très certainement valides hier, aujourd’hui et demain]
Aussi, tant que durera cet état
dramatique de l’Église et l’équivoque destructrice dans laquelle vivent
les plus hautes autorités de l’Église, nous continuerons pour notre part
à user de la forme extraordinaire du mariage, sans la laisser indûment
régenter par l’Ordinaire.
Nous continuerons donc à célébrer
validement et licitement vos mariages dans nos églises et chapelles,
comme nous l’avons toujours fait jusque-là, nous en référant pour cela
aux canons 1098 de l’ancien code et 1116 du nouveau, indépendamment de
toute entente préalable avec l’Ordinaire.
A ceux qui objecteraient qu’une telle
pratique serait désormais invalide puisque les autorités ecclésiastiques
offrent une possible délégation de l’Ordinaire, nous leur répondrons
que l’état de nécessité qui légitime notre façon de faire n’est pas
canonique mais dogmatique, que l’impossibilité de recourir aux autorités
en place n’est pas physique mais morale. Nous ne voulons tout
simplement pas abandonner les âmes qui, acculées par les circonstances,
se confient à notre ministère. Elles n’ont pas fui des autorités
prévaricatrices pour qu’on les leur impose au cours d’une des cérémonies
les plus importantes de leur vie. Par ailleurs ceux qui nous font une
telle objection montrent qu’ils connaissent bien peu le droit de l’Église, lequel raisonne inversement. Celui-ci permet en effet à des
fidèles de se placer volontairement dans le cas de nécessité pour
contracter validement et licitement un mariage selon la forme
extraordinaire, quand bien même ils auraient la possibilité de faire
autrement[10].
Dans le cas où certains fidèles
obtiendraient d’un curé la possibilité de voir leur mariage célébré dans
son église paroissiale, nous nous en tiendrons à nos sages coutumes
établies par le temps. Dans la mesure où ce curé serait habituellement
bien disposé vis-à-vis de la Tradition de l’Église et nous laisserait le
soin de la prédication, nous ne verrions pas d’objection à ce que
celui-ci reçoive les consentements selon le rituel traditionnel, tout en
laissant à un prêtre de notre Fraternité la célébration de la messe[11].
Mais nous refuserons cette célébration de la messe si, délégation
devant être donnée, celle-ci nous était refusée, au profit par exemple
d’un prêtre Ecclesia Dei.
Pour le bien du sacrement de mariage,
pour le bien de vos foyers, pour le bien de vos âmes, nous n’entendons
pas non plus soumettre la cause de vos mariages à une juridiction
ecclésiastique dont les tribunaux déclarent nuls des mariages
certainement valides, sous le faux prétexte du manque de maturité
psychologique des contractants. Nous savons en outre combien ces mêmes
tribunaux entérinent de fait le divorce catholique par le biais de la
procédure simplifiée de nullité de mariage promulguée par le pape
François. C’est pourquoi nous continuerons à ne reconnaître comme ultime
juge de ces questions que la commission Saint Charles Borromée, que la
Fraternité Saint Pie X a dû établir précisément en raison de ces
déclarations de nullité certainement invalides.
[Conclusion]
Enfin, qu’il nous soit permis d’exprimer
notre grand étonnement au sujet de cette décision romaine et de l’écho
qu’elle a reçu. La prélature personnelle que l’on fait miroiter à la
Fraternité Saint-Pie X était censée nous reconnaître tels que nous
sommes, et nous garder dans l’indépendance à l’endroit des Ordinaires du
lieu. Or les premières décisions prises consistent à soumettre
injustement nos mariages à ces Ordinaires, avant de conditionner demain
l’ouverture de nos nouvelles Maisons à leur approbation. C’est dire
combien la duplicité de langage ne règne pas seulement dans le domaine
de la foi et de la morale, mais encore dans ces questions canoniques.
Aussi, en cette année centenaire des
apparitions de Fatima, nous invoquons le Cœur Immaculé de Marie non pas
pour qu’Elle mette fin à notre situation canonique jugée irrégulière par
certains, mais afin que l’Église soit libérée de son occupation
moderniste et que ses plus hautes autorités retrouvent le chemin suivi
par l’Église jusqu’à Vatican II. C’est alors que nos évêques pourront
remettre leur épiscopat entre les mains du Souverain Pontife[12].
Le 7 mai 2017,
Abbé David ALDALUR, Doyen du doyenné de Bordeaux
Abbé Xavier BEAUVAIS, Doyen du doyenné de Marseille
Abbé François-Xavier CAMPER, Doyen du doyenné de Lyon
Abbé Bruno FRANCE, Doyen du doyenné de Nantes
Abbé Thierry GAUDRAY, Doyen du doyenné de Lille
Abbé Patrick de LA ROCQUE, Doyen du doyenné de Paris
Abbé Thierry LEGRAND, Doyen du doyenné de Saint-Malo
Ont également cosigné cette lettre :
R.P. JEAN-MARIE, Supérieur de la Fraternité de la Transfiguration
R.P. PLACIDE, Prieur du monastère bénédictin de Bellaigue
R.P. ANTOINE, Gardien du monastère capucin de Morgon
[1] Code de 1917, canon 1094; Code de 1983, canon 1108
[2] Ce sont en effet les axiomes fondamentaux du droit qui sont en jeu : La loi suprême est le salut des âmes, et Les sacrements sont pour les hommes bien disposés
[3] Code de 1917, canon 1098 ; Code de 1983, canon 1116
[4]
Quand bien même un doute aurait subsisté quant à l’existence de cette
situation d’exception autorisant l’usage de la forme extraordinaire du
mariage, il faut souligner que, selon le droit, l’Église suppléerait au
manque de juridiction (Code de 1917, canon 209 ; Code de 1983, canon
144), gardant donc à l’acte toute sa validité.
[5] Mgr Lefebvre, Le coup de maître de Satan, Editions saint Gabriel, 1977, p. 5-6
[6] Mgr Lefebvre, Déclaration publique à l’occasion de la consécration épiscopale de plusieurs prêtres de la FSSPX, in Fideliter, hors série des 29 et 30 juin 1988
[7] Mgr Lefebvre, Le coup de maître de Satan, Editions saint Gabriel, 1977, p. 5-6
[8] Mgr Lefebvre, L’obéissance peut-elle nous obliger à désobéir ?, note du 29/03/1988 in Fideliter, hors série des 29 et 30 juin 1988
[9] Cf. André Sale, La forma straodinaria e il ministro della celebrazione del matrimonio secondo il codice latino e orientale, éditions Pontificia Universita Gregoriana,
Rome 2003, pp. 142 à 154 : à la veille du concile Vatican II, plusieurs
évêques et cardinaux demandèrent une modification du canon 1098 relatif
à la forme extraordinaire du mariage. Pour éviter les abus dans l’usage
de cette forme, ils proposèrent qu’elle ne puisse être utilisée sans
que les époux aient tenté au moins un recours à l’Ordinaire, et jamais
contre l’avis de ce dernier. Aussi, un projet de modification dudit
canon fut proposé lors de la 4ème session du concile : « [Forma
extraordinaria celebrationis matrimonii] Ad valide contrahendum
matrimonium coram solis testibus extra periculum mortis, praeter
conditiones praescriptas in can. 1098 CIC, requiritur : a) ut petitio
Ordinario loci facienda, si fieri possit, omissa non fuerit, vel matrimonium non celebretur nisi post mensem ab interposita petitione sine responsione ; b) ut matrimonium non celebretur contra
ordinarii vetitum (Conc. Vatic. II ; Periodus III, in AS 3, pars 8,
1075) [La forme extraordinaire de la célébration du mariage] Pour
contracter validement un mariage en dehors du péril de mort et devant
les seuls témoins, et au-delà des conditions prescrites au can. 1098, il
est requis : a) que la demande à faire auprès de l’Ordinaire du lieu,
n’ait pas été omise, si possible, ou que le mariage ne soit pas célébré
avant une durée d’un mois postérieure à l’envoi de la demande et sans
avoir obtenu de réponse ; b, que le mariage ne soit pas célébré contre
l’interdiction de l’Ordinaire ».. Après une discussion difficile, les
pères conciliaires décidèrent majoritairement de laisser la décision
entre les mains du Pape et de la Commission pour la révision du droit
canonique. Cette Commission aborda plusieurs fois ce point (en 1970,
1975, 1977, 1978 et 1982), mais les discussions furent âpres.
Finalement, le canon 1116 du nouveau code reprenait substantiellement le
canon 1098, sans y introduire le moindre devoir de recourir à
l’ordinaire pour utiliser la forme extraordinaire du mariage. Le motif
en était que soit assuré le droit naturel au mariage en toutes
circonstances.
[10]
Le 13 mars 1910, la Sacrée Congrégation des Sacrements déclare valide
le mariage devant les seuls témoins de ceux qui se rendent, pour tourner la loi, dans une région où existe l’impossibilité commune. Cf. Naz, Traité de Droit Canonique in. can. 1098, T. II n° 426 p.377 note 2.
[11]
Ce faisant, nous n’entendrions pas pour autant entériner l’injustice
manifeste de la nouvelle décision romaine, laquelle rend inapte un
prêtre de la Fraternité Saint Pie X à recevoir juridiction d’un curé de
paroisse, et frustre ce dernier d’un pouvoir qui lui est pourtant
ordinaire.
[12] Mgr Lefebvre, Déclaration publique à l’occasion de la consécration épiscopale de plusieurs prêtres de la FSSPX, in Fideliter, hors série des 29 et 30 juin 1988