mercredi 4 octobre 2017

Le dernier Cor Unum : où en sommes nous ?

 "Où en sommes nous ?" Nous paraphrasons volontairement le titre du dernier éditorial de M. l'abbé Nansenet qui pensait nous donner des nouvelles sur l'état des lieux dans la tradition. Nous invitons nos lecteurs à aller à la source de la crise et à découvrir l'éditorial du  dernier "Cor Unum" qui donne les véritables nouvelles de l'actuelle FSSPX . Il s'agit en fait du bulletin interne à la FSSPX, qui donne les principales consignes aux prêtres de la FSSPX dans le monde entier (y compris la Normandie).
Outre les menaces non voilées contre ceux qui dénoncent clairement le ralliement, le lecteur appréciera aussi la naïveté de Mgr Fellay à l'égard de Rome et son infidélité personnelle à Mgr Lefebvre qui avait enjoint aux 4 évêques de ne remettre leur épiscopat qu'entre les mains d'un pape devenu parfaitement catholique. Le nœud du problème chez Mgr Fellay et tous ses amis libéraux réside essentiellement dans l'absence de distinctions (théologiques et pratiques) entre l’Église catholique et l'église conciliaire qui ne lui permet plus par conséquent de comprendre l'enjeu du combat de Mgr Lefebvre.

( En rouge, les passages importants


Juin/Juillet 2017 Cor Unum

Mot du Supérieur Général

Chers membres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X,

Quelques troubles ont vu le jour dans notre chère Fraternité ces derniers mois. Certains membres ont cru devoir prendre position publiquement pour exprimer leur point de vue, en utilisant pour cela la chaire de vérité ou leurs bulletins. En cela ils ont agi au mépris des règles élémentaires de toute société organisée, et aussi de nos statuts et règles internes qui veulent que les rapports avec Rome soient réservés au Supérieur général. C’est là une disposition de notre vénéré fondateur. Tout article sur ce sujet doit donc recevoir l’aval du Supérieur général, après avoir été présenté au jugement du Supérieur de district.

Nous réprouvons par conséquent ces initiatives intempestives dont les plus graves ont dû être sanctionnées. Faut-il rappeler que le Chapitre général de 2006 a prévu parmi les motifs de renvoi de la Fraternité la rébellion et la diffusion publique d’un différend avec l’autorité ? Que cet avertissement soit pris au sérieux.

Comme à chaque fois, ces confrères s’imaginent défendre la Tradition. Mais en fait, le moyen qu’ils utilisent l’affaiblissent en attaquant gravement l’unité de notre Fraternité, en semant la zizanie et en provoquant la confusion parmi les membres et les fidèles. De plus, ils prétendent dicter à l’autorité quelle doit être sa conduite. Qu’importe la bonne intention, ou la qualité des arguments, on ne saurait utiliser un moyen mauvais et illicite sans causer un dommage au bien commun.

Une fois encore, nous profitons de cette occasion pour rappeler la nature de nos relations avec Rome, puisque c’est bien de cela dont il s’agit.

1. L’Église vit une des crises les plus terribles de son histoire, tant par l’intensité que par l’ampleur des erreurs diffusées à tous les niveaux de la hiérarchie et de l’univers catholique. Cette crise interne a débuté bien avant le concile Vatican II ; elle remonte au moins au pontificat de Léon XIII et a été fortement dénoncée par saint Pie X sous le nom de modernisme. Elle connaît un développement fulgurant à l’occasion du dernier Concile qui a introduit un certain nombre de principes nouveaux et d’attitudes «pastorales » dans un but d’ouverture au monde. Celui-ci a pu diffuser son esprit à la faveur de textes complaisants qui en étaient pétris. Si aujourd’hui des voix se font entendre pour déplorer une fausse réception dudit Concile, en parlant d’un para-concile, d’un concile des médias, force est de constater que la porte ouverte à ces erreurs, qualifiées de fausses interprétations, se trouve bien dans les textes et l’ambiance même du Concile. S’il est difficile de définir exactement « l’esprit du Concile », cependant c’est bien en son nom que l’Église a été gravement blessée a planta pedis usque ad verticem capitis...

2. Face à cette terrible réalité, Mgr Lefebvre a réagi, en prenant les moyens qui devaient être utilisés pour en sortir. Il a pu former des prêtres, tout en refusant les nouvelles orientations, fidèle à l’ensemble des vérités et à tout ce qui avait été transmis par notre Mère la Sainte Église ;

3. C’est ce qui nous a sauvés ! Bien davantage, c’est cette fermeté qui nous a permis de nous développer et de manifester au monde et à l’Église que l’attachement à la Tradition n’est pas une nostalgie du passé ; mais au contraire une prodigieuse manifestation de l’action de la grâce aujourd’hui ;

4. Évidemment, cette manière de faire nous met en opposition avec l’esprit général qui règne dans l’Église. Les sanctions romaines ainsi que la volonté des autorités de nous imposer les réformes postconciliaires, nous ont obligés à vivre dans une certaine autarcie. C’est le sens de l’opération survie de la Tradition...

5. Monseigneur Lefebvre n’a cependant jamais voulu se séparer de l’Église. C’est avec beaucoup de précautions que, dans le sermon des sacres et dans d’autres écrits, il a manifesté notre attachement à l’Église en refusant tout esprit schismatique. Tant ses démarches avant les sacres que ses propos tenus après montrent bien que, pour lui, il n’y avait pas d’alternative : le pape reste le pape, les évêques des évêques, avec leurs prérogatives, même s’ils profèrent des erreurs, voire des hérésies. C’est pourquoi il a toujours exigé que nous les nommions au Canon de la messe.

Nous touchons là le nœud du problème qui nous affecte tous, car il met en jeu notre avenir, et même notre existence. Comment, concrètement, tenir le principe de l’obéissance envers l’Église alors qu’au nom même de l’obéissance nous devons tout rejeter des erreurs qui la démolissent ?

Une ligne de conduite a été définie, en particulier aux Chapitres de 2006 et 2012. Elle se dégage d’un ensemble de principes et d’applications pratiques. Les principes ne changent pas, mais les circonstances dans lesquelles ils doivent être appliqués se modifient et nécessitent des ajustements ou des précisions, ce qui a été fait en 2012 ou l’année dernière à Anzère.

Le principe fondamental que nous suivons depuis le début est celui de la fidélité à l’Église et à son enseignement pérenne. Car l’Église ne peut changer ni la foi ni les commandements de Dieu. Les modifications accidentelles, les nouvelles dispositions qu’elle applique prudemment à travers les siècles, doivent correspondre à ce principe premier : « nihil novi nisi quod traditum est ». C’est pourquoi nous crions haut et fort que nous restons catholiques, même si nous ne suivons pas les réformes des cinquante dernières années, et que nous refusons de suivre les autorités ecclésiastiques dès lors qu’elles voudraient nous les imposer. Pour rien au monde nous ne voulons nous éloigner de cette ligne de conduite.

Cela peut donner l’impression d’une certaine contradiction : nous affirmons notre soumission à l’autorité légitime et nous refusons quasi systématiquement de la suivre. Cependant, le temps aidant et la nature humaine étant ce qu’elle est, certains d’entre nous adoptent des attitudes erronées, soit par exagération, soit par simplisme, soit aussi par paresse intellectuelle. Si nous voulons rester dans la Vérité, nous devons aussi respecter la Réalité et vérifier que nos affirmations du moment correspondent réellement aux faits tels qu’ils se déroulent sous nos yeux.

Il est impératif que la justification de notre ligne de conduite respecte strictement tous les principes catholiques. Nous ne saurions nous en affranchir. Par exemple, ce sont des approximations fausses et très dangereuses que d’affirmer : « Nous n’avons pas besoin de délégation pour les mariages » ; « La juridiction de suppléance pour les confessions nous suffit... » ; « L’acceptation d’une délégation pour les mariages signifie l’acceptation des nouveautés du Concile », etc. Je crains que certains ne finissent par « dogmatiser » un agir prudentiel. Ce n’est pas parce que nous nous débattons dans une crise interminable que nous devrions refuser a priori toute avancée en faveur de la Tradition, nous affranchir de toute règle, fut-elle établie au concile de Trente, ou faire peu de cas du pouvoir des clés remis au successeur de Pierre. Nous n’avons jamais refusé par principe de reconnaître les actes du pape lorsqu’ils sont légitimes.

Beaucoup de bien, beaucoup de travail en vue de ramener des prêtres ou des fidèles à la Tradition, sont ainsi empêchés par des raisonnements cérébraux et abstraits qui ne correspondent pas à la réalité. Je me demande bien comment certains envisagent la « conversion de Rome », le retour de l’Église à sa Tradition, alors qu’ils évitent soigneusement toute action, tout contact avec l’Église officielle, sans parler de la mouvanceEcclesia Dei. Déjà saint François de Sales avait compris que l’on n’attrapait pas les mouches avec du vinaigre...

C’est une erreur de fond qui consiste à penser qu’il n’y a plus rien de bon à attendre de l’Église officielle, purement et simplement identifiée avec l’Église moderniste ou conciliaire. Alors que nous recevons tout de l’Église encore aujourd’hui. Tous les moyens de sanctification, tout ce que nous apportons aux fidèles, nous le tenons de cette Église avec sa hiérarchie, son pape, ses évêques, une Église bien réelle et concrète, celle que nous avons sous les yeux. Vouloir absolument l’identifier à l’Église conciliaire conduit inévitablement à un refus stérile de toute initiative, même bonne, sous le prétexte faux que cela corromprait notre œuvre. C’est comme vouloir convertir des pécheurs tout en les évitant !

Il faut maintenir le principe selon lequel nous recevons de la hiérarchie catholique, en particulier du pape, mais aussi des évêques, les moyens de sanctification. L’axiome Ecclesia supplet ne vaut qu’en cas de défaillance des autorités pour diverses raisons, dont la principale est le salus animarum, la transmission de la foi intègre, la communication de la grâce par des sacrements certainement valides. Même dans les cas où l’on se trouve en dehors de l’exercice normal de l’autorité, il faut néanmoins soigneusement conserver le principe de l’intention du législateur. Nous ne sommes pas libres de faire ce que nous voulons dans le régime de la suppléance de juridiction par l’Église - et je crains que nous n’ayons pris goût à cette fausse apparence de liberté.

Nous nous défions de l’Église officielle à cause des carences gravissimes de réformes désastreuses pour le bien des âmes, et avec raison. Mais en arriver à déclarer que « tout est mauvais » est forcément exagéré et faux. D’autant qu’il existe aujourd’hui, bien qu’imparfaitement, un mouvement de résistance et de réaction au désastre conciliaire.

Depuis plusieurs années déjà, nous assistons à une lente évolution dans les milieux conservateurs. Il existe aujourd’hui une réelle prise de conscience de la gravité des erreurs répandues, une mise en question de certaines réformes du Concile. En liturgie comme en théologie, il existe un désir réel d’un retour à beaucoup plus de sérieux. Le fait que la ligne dominante reste fortement progressiste et fait tout son possible pour neutraliser les efforts conservateurs n’autorise plus les affirmations trop universelles telles que : « tout est corrompu », « ils sont tous modernistes », etc.

Il en est de même des mouvements Ecclesia Dei, y compris dans la Fraternité Saint-Pierre, où l’on trouve un certain nombre de Nicodèmes, convaincus que l’analyse de Mgr Lefebvre sur Vatican II est la bonne.

Cela ne signifie pas pour autant que toutes les conditions préalables et nécessaires à une reconnaissance canonique soient déjà réunies. Néanmoins, les progrès en cette direction sont indéniables. Voici par exemple ce que m'écrivait Mgr Pozzo au mois de mars 2017 :

« J'ai souligné [auprès du pape François] que la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X désire ardemment conserver l'identité spirituelle, théologique, disciplinaire et pastorale voulue par Mgr Lefebvre, c'est-à-dire la possibilité de poursuivre l'expérience et la vie de la Tradition catholique antérieure aux réformes qui ont suivi le Concile Vatican II. Le pape n'a émis aucune réserve à ce sujet. De même, en ce qui concerne les deux points discutés (la possibilité de sacrer des évêques auxiliaires parmi les membres du clergé de la Prélature ainsi que la reconnaissance de l'état clérical à partir de la tonsure et de l'engagement au célibat dès le sous-diaconat), Sa Sainteté a déclaré n'y voir aucune objection ».

En conclusion, nous pensons qu'il est juste d'affirmer que nous assistons progressivement à une amélioration des conditions que Rome nous impose, que cela s'inscrit dans un mouvement plus général de réaction à une situation objectivement plus grave de l'Église dans son ensemble. Mais que tant du côté de Rome que de nous-même, cette situation n'est pas encore satisfaisante pour conclure. Après une courte période d'optimisme exagéré de la part de Mgr Pozzo, qui poussait en avançant même comme probable la date de la reconnaissance au 13 mai de cette année, nous avons entendu tour à tour et le pape François et le cardinal Müller annoncer que les choses prendraient encore du temps. « Cheminer, cheminer, et puis après on verra » manifeste la volonté papale de ne rien brusquer. De même le cardinal Müller : « Il faut prendre le temps, (...) il faut une conversion du cœur plus profonde ».

Dans la phase actuelle, nous avons donc besoin de savoir si les autorités romaines vont confirmer la « relativisation » du Concile malgré la pression des progressistes, et de voir si le pape est disposé à concrétiser dans des lois, soit particulières, soit universelles, ce qui nous a été rapporté par Mgr Pozzo.

Quant à nous, nous ne voyons pas d'autre option que de continuer à traiter avec beaucoup de prudence avec les autorités romaines qui, pour l'instant, ont montré de la bienveillance. Nous avons beaucoup à y gagner, tant la Tradition que l'Église tout entière. Le temps travaille pour nous, et nous y discernons chaque jour de manière évidente la main de la divine Providence.

Que l'on veuille bien regarder l'histoire de la Fraternité sub specie æternitatis. Et alors la protection sereine et toute puissante du Dieu de la paix dont elle a joui jusqu'ici, devrait rasséréner les esprits troublés par la situation catastrophique de l'Église.
Daigne Notre-Dame, son Cœur Immaculé, accorder à tous les membres de la Fraternité la paix des cœurs sous sa bienveillante protection.

En la fête de la Sainte Trinité, Menzingen, le 11 juin 2017


+ Bernard Fellay