vendredi 30 avril 2021

Miles Christi n°21 (partie 2)



LA MORT DU FRÈRE MICHEL



Et pour notre petit Frère, la Grâce a pris le visage de la fin de son pénible séjour sur terre. Malgré toute les nébulisations, oxygénations, administrations de vitamines et autres médications, sa constitution n’a pas tenu plus de cinq semaines. La veille de sa mort, après avoir communié pour la dernière fois, il nous a appelé tous autour de son lit d’agonie, nous remerciant pour tout, s’excusant auprès de Jane avec laquelle il s’était brouillé (il demanda aussi pardon pour le « trouble » qu’il pensait causer) ; puis il nous dit qu’il ne passerait pas le jour suivant, fête de saint Patrick, un de ses saints préférés.

Le jour arriva et à 1h48 de l’après-midi, son frère nous prévint. Je ne sentais plus le pouls, mais l’appareil détectait encore quelque chose. Puis plus rien, je lui fermai les yeux.

Nous lui lavâmes ensuite le visage, le revêtîmes de sa soutane, de sa ceinture et de son crucifix avant la rigidification, puis le plaçâmes dans la chambre du père John, à côté de la statue de saint Michel.

Élias partit au « bureau communal de santé » pour avoir les papiers. Trois heures de queue. Non pas qu’il y ait eu plus de morts que d’habitude, mais vous avez deviné : à cause du cupide Covid. La médecin en face de lui fut insistante, posant toutes sortes de questions complexes, durant une heure. Il lui passa finalement le Dr Dollera au téléphone, qui expliqua que dans la vraie vie, il existe d’autres maladies que le Covid, et qu’elle pouvait faire confiance à l’épais dossier médical du Frère Michel. Devenue ridicule à ses propres yeux, elle lui remit enfin à contrecœur le sésame bureaucratique.

Le jour suivant, nous célébrâmes la fête de saint Joseph, puis le 20, nous enterrâmes frère Michel au cimetière municipal de Labangon, section des Vétérans. Nous n’avons pas eu maître Suelo pour nous aider cette fois, mais dans cinq ans, nous placerons le frère Michel à côté de cet autre guerrier du Christ, l’abbé Suelo.

Nous ne sommes donc plus que six au séminaire, plus trois candidats à l’étranger, un en Corée, un en Inde, de Goa, et un au Texas. Ces trois derniers devront étudier par eux-mêmes pendant la période qui vient. J’ai confiance que Son Excellence comprend la situation, surtout pour la Corée, où le seul espoir est le futur abbé Andrew Kim.

Mais maintenant, nous avons notre petit frère Michel, tout là-haut.




MISSION SUPER IMPOSSIBLE

De nombreux mois sont passés depuis le déclenchement du canular Covid-19. Confinements et restrictions sont à l’ordre du jour. Chacun doit se plier aux exigences imposées pour se déplacer. C’est à la fois comme si vous deviez passer par le chas d’une aiguille pour entrer et sortir, et que vous voyagiez dans un pays étranger où la paperasserie a été pensée pour donner un maximum de travail à qui veut se déplacer. Les gens sont surveillés et paralysés comme nous n’avions jamais vu. Avant, chacun allait où il voulait. Toutes ces restrictions et ces systèmes de surveillance sont les indicateurs que le Nouvel Ordre Mondial continue de se construire.

Le serpent serre étroitement sa proie autant qu’il peut et ne relâche son étreinte qu’une fois que cette dernière ne peut plus bouger. À la mission, l’abbé June Mark et moi avons rencontré des difficultés pour donner les sacrements aux fidèles. Il doivent souffrir de soif pendant longtemps : c’est une peine à laquelle nous condamnent nos ennemis. 

Le 12 novembre dernier, nous avons remplis toutes les exigences pour nous déplacer dans les différents points de la mission. Un mois de démarches : mais par la grâce de Dieu et l’aide de la bien-aimée Vierge Marie, nous réussîmes. Début du voyage dans des régions où les restrictions sont drastiquement exécutées. Séjour d’à peine cinq jours sur Bohol dans la ville de Panglao, seul point d’entrée de l’île : les fidèles d’autres parties de Bohol vinrent pour recevoir les sacrements. Entre 15 et 20 fidèles reçurent les sacrements autant qu’ils le purent pour étancher leur soif spirituelle. L’abbé June Mark donna le baptême à des enfants et dit la messe tous les jours. Il est temps de se quitter et d’aller à la destination suivante. 

Direction Ubay (Boh
ol) pour prendre le ferry pour Leyte. Nouvelles démarches, nouveau jeu de papiers. Quand tout fut fait, nous voyageâmes pour Maasin (Leyte). Malheureusement, nous fûmes placés en quarantaine pendant deux semaines dans la maison d’un fidèle à Maasin. Ces deux semaines de quarantaine nous privèrent de la possibilité de voyager partout où nous l’avions envisagé. Après avoir supporté patiemment les peines et les épreuves, enfin l’oiseau s’envole librement des filets de l’ennemi. À un moment donné, l’abbé a dit les messes en quarantaine à l'intérieur de la maison. Et nous sommes finalement restés pour dire la messe une semaine à Maasin, après notre libération. Quel soulagement de pouvoir se déplacer librement, de revenir à la tâche en remplissant son devoir ! Nous en avons profité pour aller jeter un œil à notre chapelle en construction non loin de Combado. Avancement : les toits sont en place, les murs se montent, l’autel est prêt et il y a un minimum d’aménagement. C’est une bonne nouvelle. À l’inverse, en ce qui concerne les fidèles, si auparavant le groupe était fourni, il décroît lentement et une crise le divise. Un chef menteur s’est levé qui mène le groupe à la confusion. Ce chef était hier un fidèle mais maintenant il manipule les gens et les convainc de le suivre. C’est comme quelqu’un qui a mangé et qui vomit, dans un certain sens. Fin de notre séjour à Maasin le 11 décembre, après que l’abbé June Mark eut célébré la messe de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. 

Puis nouveau trousseau de documents pour la suite du voyage. À noter une innovation du gouvernement pour contrôler les voyages : les QR codes aux points de contrôle. Les QR codes sont des identifiants qui apparaissent grâce à une application sur votre téléphone et sont lus par des scanners pour détecter les personnes autorisées à voyager et détecter si c’est bien telle personne qui présente réellement son identifiant. Une impression de déjà vu ? C’est un nouveau moyen d’identification, à côté des passeports biométriques, des micropuces, des cartes d’identité nationales etc. Cet ID permet de vous suivre à la trace. Nous revînmes sur nos pas, à Hindang (Leyte). Hindang a une chapelle entièrement pourvue pour dire la messe, objets et ornements. C’est là où nous avons eu le plus de monde. L’abbé June Mark y a dit la messe pendant environ deux semaines et a réussi à dire la neuvaine complète de la missa de gallo. C’est une messe dite à l’aube, coutume venant d’Espagne, avec des luminaires pour les fidèles, du 16 au 24 décembre. Noël, où Notre Sauveur Jésus Christ est né, a été célébré joyeusement à Hindang. Cette coutume a été respectée pour la première fois par un prêtre philippin, dans un grand climat de paix, en ce temps de crise.


Après Hindang, l’abbé June Mark décida de se rendre à Ormoc. Mais nous éprouvâmes un retard dû à la réponse tardive des autorités locales. Retour à Maasin. Séjour sur place d’un peu moins de cinq jours. En arrivant nous apprîmes tristement qu’une fidèle était décédée : l’abbé Mark dit une messe de Requiem pour l’âme de Mme Nieves Lao. Le 31 décembre 2020 les papiers sont en règle pour Ormoc. Cinq jours à Ormoc. Mais il y eut peu de monde à cause des mesures de restriction. Nouveau test à Ormoc : un test rapide pour servir de preuve que nous n’étions pas suspects d’être des possibles cas de Covid. Les fidèles à Ormoc ont dû faire de gros efforts pour recevoir autant que possible les sacrements. Ce sont vraiment les restrictions qui les ont entravés. La patience et l’attente sont les rayons de l’Espérance qui nous ont permis de remplir notre mission.

Enfin, Baybay (Leyte) où l’abbé célébra un mariage.

Immense gratitude à Dieu Tout-Puissant et à Notre Dame pour nous avoir permis de remplir notre devoir en ces temps improbables. Cette mission super-impossible fut un succès.

Niño Cabigting